‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 435 sur 756 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

CLICQUOT, SUBREGONDI, NELVILLE.

CLICQUOT, entrant par la porte à droite. Il est ea veste de cuisinier.

Le déjeuner de ces mesûeurs sera pr6C dans un quart d'heure.

StBEEGONDI.

Tant mieux ! car j'ai une faim !.«. Faites venir pour moi un barbier , en attendant*

CLICQUOT

Voilà, voilà!

( Il Ote «a veste de cuisinier , et paraît en costume de barbier. ) SUBREGO!fni.

Gomment! vous exercez donc?...

CLICQUOT

Je dirai même , avec une certaine adresse ; ce

n'est pas étonnant; ancim élève en chirurgie, je n'ai consenti à prendre le rasoir que par éprd pour le menton de mes compatriotes : il n'y tvik dan^ lUe que des massacres.

SUBEBQONDI*

Je vous préviens que je soit trèMliffidle**.

CLICQUOT

Tant mieui!... je suis charmé d'avoir affaire à

an connaisseur. (U va prendre un raidir eur la uMe de fond et U aontre à Subregondi.) Void UD raSOlr al-

glais qui a eu l'honaeur de fidre la birbe an dac de Wellington ; une fkmeufe lame, va pea^réchée.

SUBREGONDI.

Dépéchons !••. (a NeiviUe.) VouspavettetP

HELVILLB.

J'ai moi-même quelques notes à écrire.

CLICQUOT , à Nelville, lui montrant U tafate & gaoebe.

Vous avez là tout ce qu'il vous faut; même les

journaux. (Ncivilles'iaited auprès de la table, et prend un journal quUl lit. Subregondi se place sur une cbaîse an milieu du tbé&tre. Ciicquot lui passe au cou noe aeisktie , ensuite il verse de Teau dans le plat à barbe, «1 ae dispose à

le raser.) Âvcz-vous, à minuit, efilNMluronige?-

SUMBOONDI, assis.

Je crois bien , je ne dormais pas.

CLICQUOT, allant et venant.

Alors, ça n'a pas pu vous réveiller.. • Quels éclairs ! et quels coups de tonnerre ! ça me rappelait une nuit oii je n'étais pas à la noce... Il est vrai qu'en Italie les orages sont bien plus terribles.

NELVILLE , vivement et sans quitter sa place.

Vous avez été en Italie ?

CLICQUOT

Certainement; parti en 1813, à la suite d'un général de division , qui m^admettait dans son intimité ; c'était moi qui l'accommodais.

ÂïK de la Vieille, J'étais avid' de renommée, El j'escortais nos gr«nadiers.

NELVILLE.

Quoi ! vous aTes luifl l'année?

CLICQUOT

Oui, J'étais parmi nos guerriers.

SUBREGONDI.

Mais, diîes-moi, datis celte armée A quoi servaient les perruquiers?

CLICQUOT

A quoi servaient les perruquiers?

Ah ! c'est pour eux qu' cell'carapagn' fut oUle, Je regardais, et devenais habile...

Oui , d' nos soldau la v«l«ur m' fot mile. En les r'gardant je devenais habile , El j'apprenais de mes concitoyens A fair' la barbe aux Autrichiens.

Aussi , et pour me reposer de mes fodgues. Je m'étais , après la campagne , établi à Florence.

NELVILLE, de mémo.

A Florence?

LA GRANDE AVENTURE

GLICQUOT,

Oui ; est-ce que vous avez été dans ce pays-là?

JIBLVILLE.

Jamais.

CLIGQUOT 9 saTOonant la figure ft Subregoodi , et suinter* rompant pour parler à NelviUe.

Tant pis , c'est une des plus belles villes du monde ; des mes larges , un ciel pur ; et un luxe... ah!

( Parlant toujours I NelTllIe , «ans regarder Subregoodi, dont

il barbouille la figure jnsqo*aox yeux.)

SUBRB4I0NDI, I Oicquot.

Prenez donc garde. <

GLICQUOT.

Pardon , je sais bien que ce n'est pas le front

qu^l iaat raser, (Lui aaToonant le menton.) Je VOUS

disais que je m'étais établi à Florence, où j'avais de la peine à me produire , (aute de savoir Htalien, car le mérite qui n'a pas la langue, n'a rien qui parle en sa faveur ; je n'avais que mon enseigne , une enseigne superbe.,,.

« CUcquot, docteur de la faculté de Paris, chirurgien-accoucheur» dentiste, orthopédiste, méthodiste , etc. »

Je m'étais fait un grand nom , avec des lettres

de deux pieds... ( II va poM^ le pUl k hvU êw U table

à droite. ) U ne me manquait rien que des pratiques. U y avait quinze jours que j'en auendais,., subrkgoudi.

Et il n'en arrivait pas?

CLIGQIJOT, toujours «uprèa delà table.

Non; mais une nuit , on frappe à ma porte ; je me dis : Voilà quelqu'un qui veut se faire raser, il est un peu tard, c'est égal... J'ouvre... un homme masqué se présente, je crus que c'était pour me voler , j'allais crier; mais il m'offre une bourse, ça me rassure ; il ajoute, à voix basse : « Voulezvous gagner dix louis? — Gertaiacment. — On a besoin de votre ministère. — Disposez de moi. » lii-dessus , il me bande les yeux, me prend par la mam, et je le suis en aveugle.

( n commence à raser Subregondi. ) SUBREGONPI,

Quel était cet homme ?

CLIGQUOT, rasant Subregondi.

Un inconnu,

jvbimoudi.

Et TOUS vous ém risqué ?

CUGQUOT.

Le barbier français est naturellement aventureux; nous montons ea voiture» mon compagnon ne dit mot, oi moi non pluk

IfBLVILLS* àp«l.

Maudit bavard I

GLIGQUOT,

Au bout de quelques imutes , je n'entends plus

retentir les roues sur le pavé : nous roulions sur un terrain uni. Je dis : Nous ne sommes plus dans b ville, nous allons à la campagne»

SUBaSGONDL

De quel côté?

GLICQUOT.

Je n'en sais rien. La voiture s'arrête , un certain bruissement m'indique que nous sommes près de la rivière ; je me dis ; C'est l'Amo,

SUBREGONDI , à part.

Une maison de campagne sur l'Amo !

GLICQUOT.

Nous franchissons une allée de sable; nous montons un perron de six marches ; et je traverse trois chambres , dont les portes s'ouvrent successivement devant mou

SUBBEGONDI.

C'est bien cela.

NELVILLE , cbercbani k rintarrompre.j

Si monsieur Clicquot avait fini !

GLICQUOT.

Pas encore.

SUBREGONDL

Continues (lonc.

GLICQUOT,

C'est monsieur qui me fait couper,,.

SUBREGONDI.

Beinl...

GLICQUOT.

Qui me fait couper dans mon récit ( ii eonUoue à raser. ) On m'Ote mon bandeau, et l'on me laisse seul dans un cabinet étroit et sans lumière , où je m'attendais à être victime , et résigné à mourir, je m'empare d'une espèce de bonbonnière , pour mettre la Justice sur les traces de mes assassins 1 Je Fai toujours gardée , j'en ai fait une tabatière.

(La tirant de sa pocbe.) En USeZ-VOUS?

SUBREGONDI, la regardant.

Giell mon chiffre!... plus de doute.,, c*était chez moi.

GLICQUOT.

Qu'avez-vousdonc?

SUBREGONDI.

Rien , c*est que votre récit m'a tout retourné.

GLICQUOT.

Vous n'y êtes pas encore.

NELVILLE , à part, et cherchant I lui (aire des signes.

Et impossible de l'arrêter en chemin !

GLICQUOT.

J*étais dans les transes ; un autre homme masqué vient me prendre , il m'introduit dans une pièce élégamment meublée, et faiblement éclairée par une lampe d'albâtre suspendue à une chaîne argentée,

SUBRÇqONDI, I part.

Précisément,..

CLICQUOT , qui i mit de Teau fraîche daoa le plat à barbe , Tient laver la figore à Sabregoodi.

Là , sur an lit de douleur, une femme dont les traits étaient cachés par un voile...

SUBREGONDI.

Eh bien?

CLICQUOT

Eh bien!... yous comprenez... grâce à mon ministère, elle donna le Jour à un enfant bien, très-bien constitué...

(n te retire et va reporter ton baisin tor la table. ) SUBREGONDI , te levant.

Voilà donc mes soupçons confirmés.

CLICQUOT, ferrant ion plat à barbe et aon rasoir.

On m'emmène avec les mêmes précautions.

Après avoir marché pendant trois heures , Je me retrouve sur kl grande place de Florence. (Uw

tronve en ce moment à la gauche de Subregondi. ) MOU

conducteur me glisse dans les mains un rouleau de cent louis, en murmurant à mon oreille, et d\me voix que je crois encore entendre...

NELVILL£, qui »*e»t levé, et a*eat approché de Clicquott lui dit à demi-Toix.

Si tu dis un mot de plus, tu es mort!

CLICQUOT, tremblanU

Ah mon Dieu !... la même phrase... et presque la même...

SUBBEGONDI, qui s*éuit retourné un instant pour se débarrasser de sa serriette, revient à lui, et lui dit avec impatience.

Eh bien 1 voyons, achève cette aventure.

CLICQUOT, tout troublé, balbutiant et regardant Nelville , qui est pMsé à la droite de Subregondi, et qui est alors en face de lui.

Mais il me semble qu'elle est déjà assez longue comme ça , et c'est abuser de fe patience de ces messieurs. (Regardant Neivuie.) D'autant plus que moi, Je croyais que depuis... dix-huit ans... Je pouvais... sans danger...

SUBREGONDI, avec colère.

Et qui te dît qu'il y en a ?... Allons, la suite de cette aventure ; il y a une suite?

CLICQUOT, de même et tout tremblant.

Tespère bien que ça n'en aura pas... d'autant que J'ai oublié le reste.

SUBBEGONDI.

Ce n'est pas possible.

CLICQUOT

Je vous Jure sur l'honneur...

SUBREGONDI , à demi-voix.

Parle, ou tu es mort!

CLICQUOT

Juste comme l'autre, si encore ils pouvaient s'entendre!

( Nelville , après les avoir un moment observés tous les deux, sort par la porte à droite , en recommandant le silence h Clicqaot par on signe menaçant.)

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