SCÈNE X
JOSEPH, Madame DERMILLY.
MADAME DEBMILLY.
Ah! te voilà, Joseph!
JOSEPH
Je serais resté jusqu'à ce soir à la regarder.
MADAME DEAMILLT.
Eh ! qui donc ?
JOSEPH , posant son plateau sur la table.
Mademoiselle Mathilde... En entrant dans le salon , elle a eu un succès... tous les regards se , sont fiïés sur elle; et puis on entendait une espèce de bourdonnement très-agréable.
MADAME DERMILLY
Et mon fils était là?...
Non, Madame.
. MADAME DEBMILLY.
Est-ce qu*il n'est pas au salon ?
JOSEPH
^ Pas encore.
MADAME DERMILLY
Enes4u8ûr?
JOSEPH
Je crains même qu'il n'y paraisse pas de la soû^
MADAME DERMILLY
Et pourquoi?
JOSEPH
Tenez , Madame , il y a quelque chose sur quoi j'ai promis le secret, de peur de vous inquiéter;... nais il me semble maintenant qu'il y aurait plus de danger à ne rien dire.
MADAME DERMILLY
Tu as raison ; je veux tout savoir.
JOSEPH
11 y a quelques instants , en descendant à l'office , chercher ce plateau , je me rencontre nez à nez aTec M. Armand, qui se glissait dans la cour, par le petit escalier... « Quoi! Monsieur, à cette heure , pas encore habillé !... » Car il n'était pas en costume de baL.. <(--Nop,j'aià sortir.-' Et
pourquoi donc? et où allez-vous? — Tais-toi, tais-toi... que ma mère n*en sache riai ; je pense, Joseph , qu'on peut se fier à toi. — Vous jugez de ce que je lui répondis.— « Eh bien! ne dis rien à ma mère, que cela inquiéterait; et si, à onze heures, je n'étais pas rentré, remets ce billet à mademoiselle Clarisse, à elle seule, entendstu?... à elle seule, et en secret. »
MADAME DERMILLY
Qn*est-ce que cela signifie?
JOSEPH
J'ai pensé d'abord que c'était quelque aflaire, quelque duel., que sais-je ?
MADAME DERMILLY
O del! à ime pareille heure!... ce n'est pas possible ; car la nuit s'avance... 1^ ce billet à Clarisse?
JOSEPH
Le void.
( Madame Dermilly le prend.) MADAME DERMILLY.
Tal le droit , j'espère , de lire ce qu'on adresse à mon andenne pupille... à une jeune personne qui m'est encore confiée... et fût-ce de mon fils
lui-même... (EUe décacbète la lettre « et après en avoir lu quelques lignes , eUe dit : ) Ah ! mOU DicU ! JOSEPH, eiïtêjé.
Qu'est-ce donc?
MADAME DERMILLY
Rien... rienl... je suis tranquille... je sais maintenant 6ù il est.. Que cela net'inquiète pas.
(EUe relit encore.) JOSEPH.
C'est diflérent, si madame est tranquille... (a part.) Elle a cependant l'air bien agité... (Haut.) Madame n'a pas besoin de moi?... je puis rentrer au salon?
MADAME DERMILLY
Oui, Joseph... oui, mon ami... Mais je ne sais... prie Clarisse de continuer à faire les honneurs... mais rassure-toi, tout va bien.
JOSEPH
Oui, Madame... (a part.) Pauvre femme!... Il y a de mauvaises nouvelles.
(il emporte le plateau et sort par le fond.)
SCËNE XI.
Madame DERMILLY, seule.
(Lisant u lettre.) «Je voulais te fuir, obéir à ma » mère , im de tes regards m'a retenu... c'est » l'honneur qui maintenant me lie à toi , et tes
» droits sont les plus sacrés... » (SVrètant, et avec
douleur.) Ah! mon fils!... (Lisant.) « Mais ce ma- » nage , que désormais rien ne peut rompre , ma p mère n'y consentira jamais... après la promesse
» que je loi ai faite, je n^ même plus le droit de » le loi demander... et ta as raison , il faot partir, » il faut nous éloigner ; mais si je rentrais ce soir, » si je voyais seulement ma mère , toute ma ré- » solution m^abandonnerait , je ne partirais pas ; » ne sois donc pas inquiète , si tu ne me vois pas » à ce bal, je m'occupe de tout préparer pour » notre fuite ; et dès que tout le monde sera parti, » qoand tout reposera dans la maison , descends » ao petit salon , ta m'y trouveras. »
(BUe \ùme tomber m tète lur m poitrioe, et garde an instant le tileoce.)
Je Ta! la !... je ne puis le croire encore... un enlèvement I... c'est mon fils qoi m'abandonne , qui enaconçaleprojet... oh! non... (Avec douleur.) Mais il y consent du moins ; et comment l'en empêcher? il ne tient qu'à moi , je le sais , de m'armer de tous mes droits... d'éloigner Clarisse, et de dire à mon fils : « Je veux que vous épousiez » Matbikie. » Je veux... Ets'il me résiste, il faudra donc le maudire !... Et s'il m'obéit , il ne l'aimera pas^ cette pauvre enfant !... il la rendra malheureuse t.. . il adorera Clarisse encore davantage !... car, à son âge , loin d'arrêter une passion , les obstacles ne font que l'exciter et l'accroître. Allons 1 il n'y a qu'un moyen , bien hardi, peutêtre... mais c'est le seul qui me reste; et si je connais bien le caractère de mon fils... oui, dès demain et sans le voir, Mathilde retournera à sa pension. (Regardant au fond.) Je ne vois plus personne au salon... personne... que Joseph qui éteint les bougies et remet tout en ordre... oui , j'ai entendu le bruit des dernières voitures, et
tout le monde est parti... (EUe ferme U porte du
fond.) Je suis seule, attendons mon fils... (Eiie écoute.) On monte par le petit escalier I... ah! le cœor me bat de frayeur !... et c'est lui qui en est cause!.. • qui me l'aurait jamais dit!...