‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 49 sur 756 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Précédents, Madame DESPERRIERS, ESTELLE.

PIFFABT.

Mes belles et aimables voisines, qui me procure une pareille visite?... André, des sièges.

MADAME desperriers.

Non, je ne m'assois pas; mes chevaux sont mis, nous allons sortir. Quand on fait ses affaires soi-même , et qu'on est lancé dans vingt entreprises... Je n'ai qu'un mot à vous dire ; et c'est pour cela qu'en descendant j'ai voulu...

ESTELLE, lerant les yeux, et apercerant GiutaTe qui la salue.

Ah! mon Dieu!

MADAME DESPERRIERS, TaperceTant aoui.

Monsieur Gustave , ce jeune avocat de Rennes que j'ai eu l'honneur d'y voir l'année dernière. Comment vous trouvez-vous en ce pays? comment se porte mon frère? nous arrive-t-il bientôt ?

ESTELLE

Nous apportez-vous de ses nouvelles?

Oui, Mademoiselle, oui. Madame; j'allais me présenter chez vous; mais retenu ici par un ami...

PIFFART.

Par un parent

MADAME DESPERRIERS.

Monsieur est votre parent ? Je ne croyais pas que sa famille fût aussi riche. «

ESTELLE , irec joie.

NI moi non plus.

LES ACTIONNAIRES

lAJSTATB.

Mais vous sortiez , je ne veux point tous retenir. Void une lettre dont j'étais chargé, et qui vous serait parvenue huit jours plus tôt...

PIFFART.

Si on Pavait mise à la poste. C'est toujours conune cela; c'est l'avantage des occasions et des exprès.

MADAME DESPEREIERS , qui pendant ce tempt a la la lettre.

Ton père m'écrit, il y a huit jours, qu'il sera à Pans à la fin de la semaine.

ESTELLE

Vraiment!

MADAME DESPERRIER8.

Et qu'il vient décidément s'y établir.

ESTELLE

Ah! mon Dieu!

MADAME DESPERRIERS.

J'en étais sûre, quelle folie! Lui , un campagnard, abandonner sa terre, son château; une exploitation magnifique qu'il veut vendre , pour faire comme moi , pour briller ici , pour m'y éclipser. Mon frère a toujours été jaloux de moi.

ESTELLE

Ah ! ma tante , quelle idée !

MADAME DESPERRIERS.

Oui, ma chère enfant, c'est là son véritable motif; ton mariage n'est que le prétexte.

Gl'STAVfi, troublé.

Un mariage !

MADAME DESPERRIERS.

Oui, a va falloir l'établir. Mais je me flatte qu'on me consultera ; car une tante à succession

a voix délibérative. ( Regardant U montre qu'elle porte

à >oo cou. ) Ah ! mon Dieu ! une heure : il faut que je me rende chez mon homme d'affaires, chez mon agent de change. On nous promet une baisse pour aujourd'hui ; je veux en profiter. ( EUe fait un

pas pour sortir; mais elle revient, et l'adressant à Piffart qui passe auprès d'elle. ) £t le bUt de ma Visite, j'OU-

bliais... l'appartement du rez-de-chaussée est vacant ces jours-ci; et comme vous vous plaigniez dernièrement de n'avoir point de place pour les bureaux que vous voulez créer...

PIFFART.

Il est vrai, et j'accepte avec grand plaisir... combien?

MADAME DESPERRIERS.

Ait da vaadeville du Printemps, Mais je le louais, toai compris, Douie mUle francs par année.

PIFFART.

Cest bien... peu m'importe le prlx^ Cal une affaire terminée.

MADAME DI8PERRIBBS.

Les six mois d'avance, en entrant.

Cest rasage.

PIFFART.

Il est des plus sages.

MADAME DESPERRIERS.

Non pas que je tienne à l'argent.

PIFFART.

Mais madame tient aux usages.

Vous dites : six mois d'avance ; c'est six mille francs; mon caissier va vous les donner. Gustave, payez madame.

MADAME DESPERRIERS.

Gomment , monsieur est votre caissier ?

Mieux que cela , un de mes associés dans ma nouvelle opération.

ESTELLE

n serait possible !

MADAME DESPERRIERS.

M. Gustave que je connais si siige , si prudent, qui même dans les affaires de mon frère n'osait rien risquer. 11 faut donc que l'entreprise oflre des avantages si évidents...

PIFFART.

J'ose m'en flatter.

MADAME DESPERRIERS.

Et j'ai, à ce sujet, des reproches à vous faire. Vous savez que j'ai des fonds, des capitaux que je fais valoir : et vous ne me dites rien ; vous êtes d'une discrétion...

PIFFART.

Nécessaire au succès : et puis l'affaire peut offrir des chances.

MADAME DESPERRIERS.

Aucune , j'en suis sûre » et ce sera comme votre dernière , tout bénéfice.

PIFFART.

Je le crois; aussi je veux bien m'y exposer; mais exposer les autres I à moins que ce ne soit des amis intimes; et puis toutes nos actions, qui n'étaient que de deux mille francs , sont déjà retenues.

MADAME DESPERRIERS.

Sont-elles livrées?

PIFFART.

Pas encore , puisque l'assemblée préparatoire n'a pas même eu lieu.

MADAME DESPERRIERS.

Eh bien! il m'en faut; j'en veux, je l'exige, dussiez-vousm'en donner des vôtres ! sinon, nous nous fâcherons ; j'en prends vingt-cinq. D^autres les ont retenues, moi je les paye. Monsieur, votre caissier peut garder les deux mille écus. { Ence œo.

ment Gustave passe auprès d*£sleHe et se trouve placé entre

elle et Piffart. ) Et daus Une heure vous aurez le surplus , les quarante-quatre mille francs qui restent, et que je vais ûire à mon agent de change de vous envoyer.

PIFFART.

Si VOUS le voulez absolument» je vais préparer la quittance.

MADAME DESPERRIEBS.

A la bonne heure.

PIFFART.

Et, à votre retour, nous causerons de rafifaire avec nos actionnaires.

MADAME DESPERRIBRS.

Adieu , Monsieur; adieu , mon cher caissier.

Air de la valse de Robin des bois.

Souvent nous nous verrons , j'espère.

PIFFART.

Toujours , car il loge avec moi.

ESTELLE

Monsieur est aussi locataire?

PIFFART.

Il le faut bien; par son emploi, C'est trop juste.

GUSTAVE

J'y crois k peine.

PIFFART.

Parfois un caissier peut partir Au moment où sa caisse est pleine.

Jamais quand elle va s'emplir.

ENSEMBLE

PIFFART.

Souvent vous le verrez , j'espère, Dès ce jour il loge avec moi ; Oui, prés de votre locataire 11 est filé par son emploi.

GUSTAVE

Souvent je vous verrai , j'espère.

Madame, quel bonheur pour moi Que près de votre locataire Je sois filé par mon emploi !...

MADAME DESPERRIERS, ESTELLE.

Souvent nous nous verrons, j'espère.

Puisque dés aujourd'hui je voi Que prés de notre locataire Vouii allez remplir un emploi.

( Plffart doDDe la main à madame Deaperriers , Guatave à Eatelle, et ila lea reconduiaeot juaqu*à la porte.)

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