‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 505 sur 756 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Les Précédents, BO^INEVAL.

BONNEVAl , en dehors.

Il est arrivé !... est-il possible !...

EDOUARD, bas.

C'est mot père, ne lui dis rien!...

HENRIETTE

Sois tranquille , je garderai bien ton secret... il est là, comme le mien !...

BONNEVAL , entrant par le fond.

Mon cher Edouard, mon cher enfant!... j'étais allé au-devant de toi, sur la grande route; en passant par nos vignes qui m'ont paru superbes... à un propriétaire de la Côtc-d'Or , c'est tout naturel ; et pendant que je m'arrêtais à admirer notre récolte, la diligence où tu étais aura passé !...

HENRIETTE

Et c'est moi qui l'ai reçu à son arrivée !...

BONNEVAL

Que je te regarde encore , monsieur l'avocat ;

car tu es avocat... ( Lc moulraul i HeorkHr. ) C'pSt

mon lils, iMoaar 1 Bonno,vul , avor.u. Si lu savais

quel plaisir f ai éprouvé la première fois qae j%î TU ton nom dans le journal ! c*est pour cela que je me suis abonné à la Gazette des Tribunaux , au lieu du Journal des Connaissances utiles, qui me donnait le moyen de détruire les chenilles, et à ta sœur la recette pour la gelée de pommes. Mais je ne le regrette pas ; j^oublle tout , quand je vois imprimé en gros caractères : « La cause a » été défendue avec succès et avec le plus grand » talent par M* Bonneval. .. » Ce jour-là , c'est fête à la maison , ta sœur déploie tous ses talents; nous invitons tous nos amis à dîner. Ah ! c'est un grand bonheur, mais il y en a un que je regretterai toate ma vie, c'est de n'avoir pu assister à ton début, à ta première cause... Hein! comme le cosur devait te battre 1

ÉDOUAED.

Air : Ah! ti ma dam» me toyait!

Ah ! si raon père m'entendait * Me di8ai4-|e, et par cette idée Ma voix soutenue et guidée Avec force retentissait !

Un feu tout nouveau m'animait :

Et quand , 0 moment plein de charme!

Un bravo flatteur m'arrivait.

Je me disais, essuyant une larme :

Ah ! si mon père l'entendait !

BONNEVAL

If on cher Edouard !

EDOUARD

Mon bon père I...

BONNEVAL

Dis un heureux père ; car je le suis , mes enfants, je contemple avec orgueil toutes mes richesses. Toi, Edouard, je suis tranquille sur ton compte; te voilà lancé, tu as plaidé quatre belles causes cette année, cela ne fera qu'augmenter, et ton avenir est certain. Tu feras quelque beau mariage!... mais c'est ta, sœur, ma pauvre Hen* nette l je crains toujours de mourir avant qu'elle n*ait un mari ; aussi je lui en cherche de tous côtés: je lui en avais déjà trouvé d^ux, mais ils avaient cinquante ans.

HENRIETTE

Et celui que j'ai rêvé est plus jeune que cela I

BONNEVAL

Up établissement est difficile quand on n'a pas de dot, et elle n'en a pas...

HENRIETTE

Tant mieux I... je ne vous quitterai pas.

BONNEVAL

Voilà de ses raisonnements...

Air du vaudeville de l'£cu de iix francs. Ah! mon cher ami, quel dommage De n'avoir pas de coffre-fort !

Si bonne ! si douce et si sage !

Par malheur, elle n'a pas d'or!

Elle n'a rien ! mais quel trésor De vertu , d'honneur, d'innocence :...

Si pareille dot s'estimait f>evant notaire... ce serait Le plus riche parti de France !

Ma pauvre Henriette serait Le plus riche parti de France.

Soyez tranquille , les partis ne manqueront pas ; cela me regarde , c'est à moi de songera sa dot.

HENRIETTE

Du to«t; c'est à toi qu'il faut songer d'abord. As-tu donc déjà oublié ce que nous disions tosti l'heure?...

BONNEVAL

Quoi!... qu'est-ce que c'est?

HENRIETTE

Quelque chose qu'il sait bien ; enfin €eâ m secret.

BONN^EVAL.

Ah ! vous avez un secret ?•••

HENRIETTE

Oui , mon père , à nous deux.

BONNEVAI..

C'est différent , ça ne me regarde pas ; je fo« demande bien pardon... (a Édoaani.) Mais dlMni un peu comment il se faft que tu arrives seul ? ti m'avais annoncé pour aujourd'hui cet ami lutine, dont tu me parles dans toutes tes lettres : M. de Thémine.

HENRIETTE , avec émotion.

M. de Thémine !... comment t mon frère, il doit venir ici?

É90UARD.

Oui , mais pas avec moi ; j'arrive de Paris , et lui ies eaux de Bagnères, où il était allé pour» santé.

HENRIITTE.

Il serait floaflnrant?.%.

EDOUARD

Ah ! cela va mieux , et il m'a promis, en passant , de rester quelques jours avec nous.

BONNEVAL

A la bonne heure !... tm ami à toi sera reçv comme le fils de la maison.

HENRIETTE

Ah î certainement , nmis ferons de notre miwxî mais on grand seigneur, un élégant td qoe loi» se trouvera peut-être bien mal chez nous.

BONNEVAL

Tu le connais donc aussi?

HENRIETTE

Oui , mon père ; lors de mon voyage à Paris. Je l'ai vu deux fois l'hiver dernier chez madaiHÉ de Simiane , oii il allait souvent ; et ^l^^ su que j'étais la sœur d'Edouard, son ami de collège, tt a été pour moi , pauvre provinciale»

LES MALHEURS D UN AMANT HEUBEUX

kei

d'une bonté etd'une prévenance que je n'oublierai jamais.

BONNEVAL , A Edouard.

Et tu dis qu'il est jeune , qu*il a un grand nom ?...

EDOUARD

Oui , mon père.

BONNBVAL.

Et qu^il est riche?...

ÊDOtJARD.

Tonte sa famille l'est beaucoup ; il a des oncles , des cousins , dont lui et son frère doivent hériter UQ Jour ; mais, en attendant, il a des affaires fort embrouûlées , où je tâche de mettre de Tordre.

BONNBVAL.

n a donc confiance en toi?...

EDOUARD

Gopiance entière...

BONNEVAL

Eh bien ! dis donc, si adroitement tu lui ▼antais les qualités de ta sœur...

HENRIETTE

Y pensez-Yons ?... quelle folie I...

BONNEVAL

Et pourquoi pas?... voilà comment se font les mariages ; et puis, celui-là est Jeune , il n'a pas cinquante ans , tu ne le refuserais pas. Et décidément , mon ami , voilà le gendre qu*il me faut!...

EDOUARD

C'est bien !... c'est bien , mon père ; ne parlons pas de cela.

BONNEVAL

Au contraire, parlons-en...

EDOUARD

Gomme vous voudrez; mais il me semble qu'auparavant il faudrait songer à le recevoir de notre

mieW^. (P«»ant eutTA Boonetal et HeorieUa.) Et C'eSt

toi , Henriette , que ce soin regarde ; vois si son appartement.. enOn, va donc... va donc...

HENRIETTE

Oui , mon frère... (a p<rt.) Je vous demande pourquoi il me renvoie dans ce moment-là l...

(Elle regarde son père comme pour lui demander ce que cela signifie. Bonneral lui fait entendre qu'il n*en sait rien. Elle sort par la porte ft droite.)

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