EDOUARD, HENRIETTE
HENRIETTE
Mon bon Edouard , mon cher frère , je te revols donc enfin pour deux mois I
EDOUARD
Oui , je Tiens passer toutes mes vacances avec toi , chez mon père, dans ceue maison où nous avons été élevés, et qui me rappelle de si doux souvenirs.
HENRIETTE
Te voilà revenu ! le bonheur aussi ! nous allons recommencer nos promenades, nos lectures; tu verras comme j'ai an*angé ton appartement; tes livres de droit, ton herbier, tes pmceaux, tu retrouveras tout ce que tu aimais.
EDOUARD , lui prenant la main.
C'est déjà fait!...
HENRIETTE
Mon bon frère!... comme je vais te soigner, te donner de bons petits repas !... car, depuis la mort de notre pauvre mère , c'est moi qui suis à la tête de la maison , et mon père dit que je ne m'en tire pas trop mal.
EDOUARD
Tu es bien modeste !.,. il m'écrit que tu es un
ange ; que , grâce à ton ordre , réconomie et l'opulence régnent dans son petit domaine, et qu*avec sa modique fortune, il se croit on richard.
HENRIETTE
En province, il est si- aisé d'être riche à peu de frais! et puis, te voilà avocat, tu ne lui coûtes plus rien ; au contrafre , tu commences à plaider, à gagner quelque argent !...
EDOUARD
C'est si peu de chose !... et depuis dix ans que mon père se gêne pour m'élcver à Paris...
Air de Voltaire ehet Ninon.
Ses bontés, dés mes jeunes ans.
Des succès m'ont ouvert la roule !
Ah ! quand rendrai-Je h nos parents L'or e,t les soins que je leur coûte ? Et lorsque avide de renom , Je rêve honneur, gloire, opulence.
Ce n'est point par ambition , Ce D'est que par reconnaissance.
HENRIETTE
Cela viendra , j'en suis sûre ; ce n'est pas ceii qui m'inquiète, c'est autre chose !...
EDOUARD
Et quoi donc?...
La tristesse qui règne dans tes lettres...
EDOUARD
Quelle idée !•••
HENRIETTE
l4on , vraiment; et la dernière encore que î^
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LES MALHEURS D'UN AMANT HEUREUX
reçue de toi, et qae j*ai là... (prenant une lettre
duuM poche.) Non, ce n'est pas elle... (EUe u remet. ) C'est de madame de Simiane, une ancienne amie, une comtesse!
ÉDOUABD , avec émotion.
Madame de Simiane !... tu es donc toujours hkn liée afec eUe ?...
HENRIETTE
Autrefois, à la pension, c'était pour moi une sœur, une sœur aînée ! mais depuis , tant d*évésements nous ont séparées... elle a fait un beau mariage ; et puis , elle est devenue veuve ; et puis , elle habite Paris... je ne la vois plus, mais je Taime toiyours.
EDOUARD
Je le crois bien I elle est si bonne , si aimable... et, je le vois maintenant, c'est à l'amitié qtfelle a pour toi que j'ai dû celle qu'elle m'a témoignée cet hiver à Paris...
HENRIETTE
Oui , oui , tu cherches à changer la conversation... il ne s'agit pas d'elle , mais de toi. Voyons, regarde-moi; si je n'ai pas perdu l'habitude de lire dans tes yeux, comme toi dans les miens... quoique tu ne m'aies rien dit , il me semble que ttas un secret
EDOUARD
C'est vr»!...
HENRIETTE , arec expanaion.
£h Uen , tlors !... tu dois avoir besoin de me le confier.
EDOUARD
Tu as raison, je suis bien malheureux... malheureux de mon obscurité , car j'aime una perionne à qui sa position dans le moade , soa r^g et sa fortune ne me permettent pas d'aspirer... madame de Simiane, dent tu me parlais tout à l'heure.
HENRIETTE
Est-ce qu'elle te repousserait ?...
EDOUARD
Jamais Je ne lui al dit que je l'aimais... Je n'ai pas osé...
HENRIETTE
Et pourquoi donc?.»< n'as-tu pas gagné pour elle un procès considérable?... Quand on a du mérite, il faut être hardi; et si j'étais à ta place...
EDOUARD
Ah ! ma pauvre sœur, tu n*as jamais aloié...
HENRIETTE
Qu'en sais-tu^ Nous autres jeunes filles, nous avons toujours au fond du cœur une pensée , un commencement de tendresse pour quelqu'un, dont les brillantes qualités n'existent souvent que dans notre imagination !... rêves de jeunesse', qui rarement se réalisent ! mai^ qu'importe ? ce
lont dans la vie quelques semaines, quelques jours de bonheur, c'est toujours cela de sauvé !
AïK du vaudeville du Colonel.
Que mon exeqaple ici te gagne, Par l'avenir charmons les jours présents ! Lorsqu'on bâtit des châteaux en Espagne, On ne saurait les faire trop brillants ! Et quand le sort, trompant ma prévoyance,
Vient de renverser mes plus beaux..*
EDOUARD
Que le reste-t-il ?
HENRIETTE
L'espérance
Pour en élever de nouveaux.
Et voici ceux que je forme pour toi : tu t« feras un beau nom au barreau ; tu acquerrai de la fortune, tu l'ofiriras à madame de Simiane.
EDOUARD
Et quand cela?...
HENRIETTE
Écoute donc, il faut le temps; et en attendant que mon inconnu, à moi, se présente aussi, ce qui probablement n'arrivera jamais, notre amitié nous aidera à prendre patience , je redoublerai pour toi de soins, de tendresse, et tous tes chagrins...
EDOUARD
Des chagrins... Ah ! je sens qu'avec toi il ne peut y en avoir de durables.
HENRIEITE.
r^'est-ce pas? cela va déjà mieux. Ah! que je suis contente !
(SibrembrMse.)