‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 509 sur 756 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Précédents, BONNEVAL.

bonneval.

Eh bien ! notre cher hôte , étes-voi» on pea reposé? vous trouvez-vous mieux?... Et vous, jeunes gens... avons -nous renoué comais-

sance?...

LES MALHEURS DTJN AMANT HEUREUX

EDOUARD

Oui vraiment! il est si doux de retrouver on ami véritable, un ami sur qui Ton puisse compter !...

BONNBVAL.

Il a raison , mon fils doit s*estimer heureux d*étre votre ami. Moi qui vous parle , je suis fier de vous connaître l Oui, jeune homme, je vous regarde avec admiration , comme je regarderais un homme célèbre, un conquérant! Il me fait reflet de Napoléon, dans son genre.

THÉIIINB.

Vous êtes trop bon.

ÊDOUABD , Mariant.

Mon père, vois-tu, est comme la multitude, qui se laisse éblouir par Téclat des conquêtes , et n*en voit pas les inconvénients , les nuits que Ton passe à veiller dans les bals, et les rendez-vous quand il iaut, au mois de janvier, attendre une heure entière en plein air...

BONNEVAL

ATespagnole...

TfliMINB.

Ou dans une voiture de place , mal fermée , au risque d*un rhume ou d'une fluxion de poitrine.

BONNBVAL.

Voilà ce que j*aimerais le moins ; mais le reste doit être si agréable... les intrigues, les belles dames voilées, les lettres mystérieuses ; et à propos de cela, en voilà une qui arrive par la poste.

THÉIfINB.

Pour moi?...

BONNBVAU

Non, Monsieur, celle-là n*est pas pour vous, elle est adressée à M. BonnevaL Mais comme noaintenant, grâce au ciel, nous sommes deux dans la maison, je ne sais pas si c'est pour mon ils ou pour moi... ( a Edouard. ) Ticus, regarde, c'est timbré de Mâcon, et je n'y connais personne.

EDOUARD

Ni moi non plus!...

THÉUINE, ooDchalaounent.

Mftcon! je sais ce que c'est». (AÊdooaid.) Comptant passer ici quelques jours, je m'étais permis, mon cher ami, de me faire adresser mes lettres chez ton père. ( a BoDoevai. ) Et , comme je vous le disais bien , la lettre est pour moi.

BONNBVAL , 6UDt la première enveloppe qu^il jette à terre.

C>st, ma fbl, vrai... ( Lisant.) « Pour remettre à M. Gustave de Thémine. » Est-il étonnant ! (Lui remettait la lettre. ) C'est uu billet de femme... ça ne se demande pas... papier satiné, (thémioe

prend la lettre et la net dana ta poche. ) £h blcU ! VOUS

ne Usez pas?

THÉIfINB.

rai le temps, et puis, je me doute de ce qu'il contient : c'est toiyoors la même chose.

BONNBVAL.

Pour vous, qui en avez l'habitude, mais pour moi , si toutefois il n'y a pas d'indiscrétion...

THÉMINE , reprenant la lettre de aa poche.

Aucune... (Lisant. ) a Ne vcucz poiut dans mon » immense et gothique château , vous ne m'y trou- » veriez plus, je pars; c'est à Paris que l'amour » ira vous attendre. Venez ! mon ami , vene2... »

BONNBVAL , A Edouard.

Est-il heureux ! un billet pareil... 11 y a de quoi fôlre tourner la tête... et à votre place... de mon temps...

THÉUINB.

Qu'auriez-vousfait?

BONNEVAL

Je serais déjà en route.

TttÉllINB , s^Mseyant à droite do théAtre.

Vous êtes si bon! moi, je reste.

BONNBVAL.

Est-il possible ! vous n'irez pas ?

THÉMINE , donnant la main A Édoaard qui s*eit approché de lai.

Non , certes, ces huit jours étaient ceux que je destinais à l'amitié , et au lien du calme , du repos que je trouve ici, j'irais faire soixante lienes..* pour un rendez-vous P le ciel m'en préserve !

Tu as raison... Ihis comme moL.. prends des vacances...

THÉMINB.

Et puis , tu sais bien que je veux me retirer du monde.

BONNBVAL.

Quel dommage!...

THÉMINB, aelerant.

Et cette personne-là est justement celle dont la tête ardente et les inconséquences pourraient le plus me compromettre.

BONNBVAU

Une petite madame de LignoUe ?

THÉMINB.

A peu près... et de plus un mari jaloux.., soupçonneux à l'excès...

BONNEVAL

Qu'on ne saurait tromper...

THÉMINB , aourianU

Oh ! cela n'empêche pas... et ce vieux château, où elle est en ce moment , me rappelle l'aventure la plus plaisante...

BONNEVAL

Oh ! dites-la-nous, de grâce , j'adore les aventures.

THÊMINE, sérieuiemeot.

Du tout, je n'en conte jamais.

EDOUARD

C'est vrai. .. il est d'une discrétion... nécessaire peut-être dans sa position... mais ici, entre nous...

BONNEVAL

Avant le sonper et pendant qne ma fille n'y est pas... eh bien , donc ?

THÉMINB.

Eh bien ! il y a quelques mois, en allant aux eaux, je m'arrêtai une journée dans cet antique manoir, un parc magnifique, ancien jardin français , que le maître du logis venait de faire dessiner à l'anglaise , et qu'il nous faisait admirer en détail... car, soit jalousie de mari, soit amourpropre de propriétaire , il ne nous quittait pas d'un seul instant. Je partais après le dîner , pas moyen d'adresser un seul mot de regret à sa femme, une femme de dix-huit ans. .. jeune... vive • charmante ; c'était désolant ••

BONNEVAL

Je conçois...

Enfin , ennuyés de nous promener, je m'écrie avec impatience : «Rentrons au château, car, dans ce bosquet où nous sommes , nous ne pourrions pas entendre la cloche du dîner. — C'est ce qui vous trompe , dit le maître de la maison, le vent porte de ce côté , et on entendrait parfaitement. — Vous êtes dans l'erreur. — Non, vraiment — Je parie que si. — Je parie que non. — Vingtcinq louis... » La dispute s'engage; et pour savoir au juste qui de nous deux gagnera , il est convenu que nous resterions où nous étions , tandis que le mari retournerait au château sonner le tocsin... Ce qu'il fit bravement et très-longtemps. Et quand il revint d*un air victorieux nous demander : «Eh bien! avez- vous entendu?...» nous fûmes obligés de convenir qu'il avait gagné , ce dont 11 fut très-content., et moi aussi I

TOUS CHOIS , riant.

Ai» : Profilez du tempi ( romance de Roroagnési. ) C'est vraiment charmant!

Ce mari qui sonne !

Qui sonne en personne; Quel soin complaisant!

Tableau plein de charme.

Dont je vois rcITel; Grâce à ce vacarme, Grâce â lui, cVtait Le tocsin d'alaime

gui

i vous ) ( noui )

rassurait

Vivent les conquêtes !

Vivent les amours!

ENSEMBLE

Tableau plein de charme , Dont je vois TelTet ; Grâce à ce vacarme.

Grâce h lui, c'était Le tocsin d'alarme

Qui } ^•"^ l ^ ( noua f

rassurait!

EDOUARD, roonlrant Thcmine.

pour lui tous les jours Sont des jours de félos »

Page 1