SCÈNE XI
THÉMINE, Madame de SIMUNE.
THÉMINE.
Ah ! Madame , la honte m'empêche de lever les yeux sur vous... je ne puis... je n'ose même vous exprimer ma reconnaissance...
MADAME DE SIMIANE
Vous ne m'en devez aucune. Si j'avais écouté mon juste ressentiment, je vous aurais fui sans retour ; car vous m'avez trompée , et il n'y a plus de confiance , plus d'avenir pour nous... mais la rupture de ce mariage eût réveillé la jalousie du général.
Air d'ÂrUtippe. Aux noirs soupçons dont son esprit s^nflamme
C'était donner un libre cours ;
C'était compromettre sa femme.
Et peut-être exposer vos jours.
Oui , c'était exposer tos jours.
Il fallait donc, je le sent en mon Amti 11 fallait faira, en cette extrémité»
Vptfa malhf nr ou la mltn«
THEMINE f avec reproche.
Ah! Madame!
MADAME DE SIMIÂNE , lui tendant la main. Vous le voyez , je n'ai point hésité !
THÉMINE.
Vous, Amélie!... vous malheureuse!...
MADAME DE SIMIANE
Oui, je doisTêire.... je le sens, je le vois.... ma raison me dit qu'avec un pareil caractère , il n*y a pas en ménage de bonheur possible.
THÉMINE.
Et poïulant je vous aime... je n'aime que vous an monde... vous, qui avez éloigné de moi tous les dangers, dissipé tous les nuages... Ah! que vous seriez vengée , si vous saviez ce que j'ai souffert... si vous connaissiez quels tourments Ton éprouve à mentir , à tromper ce qu*onaime , à se sentir indigne de sa tendresse , et à rougir chaque jour à ses yeux!...
MADAME DE SIMIANE
Et malgré tout cela , vous me trompiez !...
THÉMINE.
Dans la crainte de perdre cette tendresse qui faisait tout mon bien... et mon amour seul m'empêchait de vous avouer à quel point j'étais coupable.
MADAME DE SIMIANE
C'était donc là ce secret que vous me cachiez , et qui faisait couler vos larmes ; et moi qui vous plaignais, qui vous consolais! ( s^ioterrompant ) J'ai pardonné, je ne ferai plus de reproche. Voyez cette lettre, dont on attend peut-être la réponse.
THÉMINE.
Qu'importe!... je n'en connais seulement pas l'écriture.
MADAME DE SIMIANE
Lisez, Monsieur, lisez...
THÉMINE, la décachetant avec empressement.
Vous le voulez, hâtons-nous, (a part.) Je suis si heureux de respirer... d'être libre... libre de n'aimer qu'elle ! voilà le premier moment de calme et de bonheur que j'aie éprouvé depuis longtemps.
(JeUnt le* yeux sur la lettre.) Ah ! mOD DicU ! tOUt
mon sang s'est glacé...
MADAME DE SIMIANE
Qu'avez-vous?
THÉMINE.
Bien.
MADAME DE SIMIANE
Si vraiment., vous tremblez... vous vous soutenez à peine.
THÉMINE , hors de lui , et cherchant à se remettre.
Une nouvelle, un événement inattendu... (a part.) Ah! c'est l'enfer lui-même qui me poursuit et me punit!
(il passe à gauche du théâtre. )
MADAME DE SIMIANE
Qu'est-ce donc? confiez-le-moL
THÉMINE.
Jamais... jamais... plutôt mourir...
MADAME DE SIMIANE
Et qui donc partagera vos chagrins... vos souf^ franccs, si ce n'est moi. Monsieur, moi, votre amie?
AiB : FUs imprudent! époux rebelle !
Je sais mes droits... je les réclame!
THÉMINE, Ipart.
Ah: Je succombe au regret, au remord !
MADAME DE SIMIANE
Eh! ne suis-je pas votre femme?
Oui, je le suis... je l'ai dit : c'est mon sort! A vous choisir si j'hésitais encor. Je le ferais en un moment semblable !
Que tout s'oublie et s'efface à mes yeux. J'excuse tout... vous êtes malheureux;
Pour moi , c'est n'être plus coupable !
THÉMINE.
Amélie!...
MADAME DE SIMIANE
Oui, je VOUS aime plus que jamais, vonsâ» mon amant, mon mari... mais je veux vos dMgrins... je les veux!... ils m'appartienneet ; vo» ne pouvez me refuser...
THÉMINE.
Et c'est dans un pareil moment qu'il faudrait la perdre!...
MADAME DE SIMIANE
Eh bien ! parlez donc !...
THÉMINE.
Ce secret n'est pas le mien , c'est cdiii dHm ami...
MADAME DE SIMIANE
Votre frère!...
THÉMINE.
Je ne peux ni l'excuser , ni le justifier; nais dans sa douleur, dans son désespoir , il s'adresse à moi, il me demande conseil.
MADAME DE SIMIANE, avec iisnneté.
Eh bien 1 il faut le lui donner.
Et comment?
MADAME DE SIMIANE, avec doUcm.
En honnête homme , en lui conseillant ce qœ vous feriez vous-même...
THÉMINE.
Mais vous ne savez pas que , méconnaissant les droits de l'amitié et de l'hospitalité, une erreur 6tale , dont ses sens , sa raison , ont été la victime..*
MADAME DE SIMIANE
Eh bien!
THÉMINE.
Eh bien!... c'est la sœur de son ami, cde même qu'il a outragéCt qui implore sa pitié.
LES MALHEURS DUN AMANT HELTIÊUX
MADAVB DE SIIIUNE , arec indignaUon.
Sa pitié , dites-vous ? il lui doit Justice , réparation ; il lui doit sa fortune et sa main.
THÊMINE.
Et si cela est impossible, s'il ne Taime pas , s^il en aime... s'il en adore une autre ?
MADAME DE SIMIANE
Qu*importe? pense-t-il qu'un tel crime ne lui coûterai rien à expier?... qu'il soit malheureux s'il l'a mérité... mais qall ne soit point déshonoré... et il le serait 1...
Air : Au tempi heureux de la ehevaierie, Oai, maintenant, chez nous où tout s'estime, Tout s'apprécie à ta juste valeur.
L'opinion , qui flétrit la victime, h'épargne pas non plus le séducteur!
Et celui-IA qui dans son cœur hésite A réparer les torts qu'il a commis , Aux yeux du monde, à mes yeux , ne mérite Qu'un sentiment, c'est celui du mépris.
Aux yeux du monde, aux miens, il ne mérite Qu'un sentiment , c'est celui du mépris.
THÉMINE.
Le mépris!... tenez... tenez... c'est tous qui avez porté son arrêt, lisez !...
MADAME DE SIMIANE, lisant avec émotion.
« La malheureuse sœur de votre ami est perdue, » déshonorée , et pourtant vous savez si elle est » coupable I... Elle n'a rien exigé de vous... vous B ne lui avez rien promis, et pourtant, si vous » l'abandonnez , n'aurez-vous rien à vous repro- » cher ? J'ai profité de l'absence de mon père , Je B suis partie... je suis à la porte de ce parc , dé- » sirant votre réponse. Si elle n'adoucit point ma B situation , Je n'attendrai pas que ma honte pa- » raisse à tous les yeux... Le seul moyen qui peut » m'en faire éviter Téclat s'est déjà pr^enté à » mon esprit; J'ensevelirai avec moi ce funeste » secret, et personne ne vous reprochera Jamais » le malheur ni la mort de la pauvre Henriette. «
Henriette!... malheureuse enfant!...
THÊMINE , qui pendant la lecture de la lettre est resté auprès de la porte à droite, venant auprès de madame de Simiaoe.
Silence !... c'est son père , c'est Edouard.
MADAME DE SIMIANE
O ciel !... et cet ami, ce perfide... (Elle retourne
vivement la letUe et Ut TadresM^. ) GuStave Thémlue l... (EUt pousse un cri.) Ah!...
(Elle s*élance par la porte à gauche et disparaît.)