SCÈNE XI
DANIEL ; AURËLIE , entrant par la gaoche. AURÊLIE , tenant on éaùu
C'est bien; je n'ai plus besoin de vous... Ah! Daniel I
(Elle pane à la droite da tbéAtre, et le met devant U p^cU.) DANIEL.
Madame... jenem'attendais pas... cette parure...
AURÉLIE
Eh bien ! comment hi trouvez-vous?
DANIEL
Très-belle assurément ; surtout pour quelqu^n qui refuse d'aller au baL
AURÉLIE
J'ai changé d'avis. Vous qui êtes un sage , vous ne concevez pas qu'on ait des caprices ; vous aUez encore me gronder ?...
DANIEL
C'est un droit que je n'ai pas , Madame...
AURÉLIE
Mais que vous prenez qudqnefois*
DANIEL
Je ne le prendrai plus...
Et pourquoi donc ceki?... Pauvre Danid!... le voilà tout ému. Voyons, parlez, parles... fen profite souvent., pas aujourd'hui !... ( Avec bomé.) Mais, que voulez-vous P... un IkiI, c'est bien séduisant l... le moyen de résister?...
DANIEL
C'est imposable , je le vois bien; et d'aillears, madame est libre.
AURÉLIE
Libre... pas toujours; mais du mdns jusqu'au retour de mon maître... (Mouvement de Daniel.) Oui, de mon maître... Oh ! ce mot vous déplaît, je le ssôs ; et pourtant il est si juste!... Quand M. de Bussières est ici , ce ne sont pas mes caprices qui gouvernent, mais les siens; et ils sont rarement aimables... Forcée de me conformer à ses goûts bizarres , à son humeur fantasque ; bien me prend alors de ne pas résister !... U faut donc que ses plaisirs soient les miens, que je le suive en esclave, couronnée de fleurs , couverte de dia-
LE GARDIEN
niants, doDt sa vanité, à défaut d^amonr, se platt à me parer I... Ah ! Yoilà une Tie bien henrense , n'est-ce pas?... et j'ai tort de profiter des derniers jours qu'il me laisse ?...
Ahl ce bonheur qui s'offre à vous, je n'ai pas dit qu'il fallût le laisser échapper. Je regrette de vous voir sortir seule...
AVBÉLIE,
Seule... mais non.
DANIEL
Ahl Madame... et ce soir... un cavalier... En effet, M. de Varades m'a dit d'un air de triomphe...
AURÉLIE
Quoi donc?... que j'accepte son bras?... mais il n'y a là de triomphe pour personne.
DANIEL
Pas même pour lui ?...
AUaÉLIB.
Daniel I... ah! Daniel, ce n'est pas bien!... vous le jugez mal : M. de Varades est un ami sincère , dévoué; et mon estime pour lui devrait le justifier à vos yeux.
DANIEL
Aux miens, soit; mais à ceux du monde qui vous entoure... de ce monde où il y a tant d'indiscrets qui, lorsqu'ils ne voient plus rien... mventent..
AURÉLIE
Eh ! que m'importe?... A vous croU*e , à vous entendre, il fauchait m'interdh*e tous les pkiishii, toutes les distractions de mon âge... une soh*ée, un baL.. éloigner mes amis, les fuir, comme si leur amitié était un piège, leur dévouement un danger !... Bientôt je ne pourrais faire un pas sans éveiller une curiosité, une défiance, qui finiraient par me blesser !... Oh! non pas vous, Daniel , je ne vous en veux pas... Mais c'est assez, je vous remerde... Voyez , veuillez donner des ordres pour ma voiture.
DANIEL
Oui, Madame... (AaréUe ou?re ion écrin et Tt mettre ton collier derant la glace. — Il a'arréte. ) POU-
bliais... cette lettre de M. de Bussières dont vous me parliez ce matin.
AURÉLIE
Une lettre d'affaires qui ne s'adresse qu'à vous.
DANIEL
La voilà , Madame.
AURÉLIE, attachant aon collier.
Merci... vous m'avez dit ce qu'elle contient*, à peu près...
DANIEL, liMnU
« Qu'il me tarde, mon pauvre Daniel, de me re- »• trouver près de toi ! »
AURÉUB. ,
Il ne vous oublie pas, vous !
DANIEL , continuant.
« Près de ma femme, qui doit se plaindre de » monsilence... Ah! qu'elle en ignore la cause !... n qu'elle ne sache pas que ma santé , qui s'affaiblit » tous les jours, me fait défendre jusqu'à l'émo- » tion d'une correspondance que son esprit et sa » bonté me rendent si chère! »
Ah!,..
(Elle eenede t'occoper de ta toilette. ) DANIEL , continuant.
« Hélas! dans mes crises, des caprices, des » impatiences, que mes douleurs excusent peut- » être... tout cela, je le sais , je l'avoue, doit ren firoidir, froisser souvent le cœur d'une jeune » femme que le monde et le plaisir réclament; » mais, un peu de patience encore, et bientôt, » tout me le dit, tout me l'annonce , je ne serai » plus là pour troubler son bonheur ! »
AURÉLIE, tres-émue.
Daniel !•••
DANIEL , loi tendant la lettre.
Ajr du Baiser ouporUur, Si cet écrit, que tous deviei connaître. Fut un secret, me pardonnerez-fous?...
Mais J'afais fait des lettres de mon maître. Sans TOUS le dire , un partage entre nous ; J'en af ais fait un partage entre nous. Quand de bonheur pour vous elles sont pleines, Je TOUS les donne et n'y prétends Jamais ; Dans celle^i Je n'ai vu que des peines , Et c'est ma part que je gardais.
Cet amour dont vous doutiez, y croyez-vous maintenant? Le punirez-vous des fautes dont il s'accuse ainsi?.... et, lorsqu'il reviendra, voulez-vous que des mots indiscrets , un éclat , peutêtre...
AURÉLIE
Oh! non ; car son cœur est soupçonneux , jaloux...
DANIEL , avec abandon.
Jaloux! et comment ne le serait-il pas d'un bien, d'un bonheur que tant d'autres lui envient?... Mais n ne vous aimerait pas, il n'aurait jamais aimé , celui qui verrait de pareils hommages sans éprouver au fond de l'âme...
AURÉLIE
Si vous croyez que ces plaisirs aient un danger pour moi... pour lui... eh bien ! j'y renonceraL.. Ce bal, auquel je tiens beaucoup pourtant., eh bien! je n'irai pas... étes-vous content?
DANIEL
Ah! Madame!... c'est trop, c'est trop; qui pourrait exiger un pareil sacrifice?... M. de Bussières?... sllétait ici, M nelevoudraitpas;etlui,si sévère sur les convenances, vous dirait tout le
soi
(KUYRES COHPLÈTBS DB SCRIBE.
premier : « Allez à €6 bal où Ton ?ous attend... » Mais en l'absence de votre mari , de Totre protecteur naturel, D*accordez à aucun autre un droit qui n^appartient qu*à lui...
AURÊLIE.
J*entends... et vous remercie, Daniel; J*irai seule... Ce bal, du moins, sera le dernier... je n'y resterai qu'un instant, je vous le promets; et de là , ce n'est pas ici que je reviendrai; non , j*ai besoin de quitter Paris... C'est à Bièvre que j'attendrai M. de Bussières; il le faut, je le veux abisi I...
DANIEL
Ah ! Madame ! vous êtes un ange de vertu , de bonté !... Pardon , si je vous ai causé un instant de peine , que je voudrais racheter au prix de ma vie entière !...
AUBÉLIE.
M. deVaradesl
DANIEL , & pirt.
Ah 1 n peut venir à présent !...