II. DE VABADES
Eh quoi ! Zoé... vous avez peur?
Certainement: depuis une heure que Je vous attends. Je ne fais que cela. Mais ça n'est pas pénible, au contraire.
M. DE VABADES, loi prenant la main.
Comme ta main est froide !
ZOÉ
C'est que , pendant cette nuit, Je vous savais en route.
M. DE VABADES.
Et tu tremblais?...
ZOÉ
Oui , J'avais froid pour vous.
u. DE VABADES.
Ma chère Zoé 1
ZOÉ
Ne vous occupez pas de moi. Monsieur, mais de vous. Approchez-vous du feu; quittez ce manteau... et puis donnez-moi ce diapean qui vous embarrasse.
(EUe piead son chapeau et le met lor le canapé. M. de
Yaradea 6te aon manteau, et le met aor on fanteoU prte delà porte & droite.)
H. DE VABADES, & part.
Insensé que Je suis ! Je quitte Paris pour me venger de ses caprices, pour lui laisser des regrets. Je Jure de ne plus la voir qu'elle ne m'ait rappelé!... Et son image est là!... Et vingt fois J'ai été près de retourner près d^eUe, à ce baL.. Non ; c'eût été perdre le fruit de mon sacrifice...
(Pendant ce tempe, Zoé ert allée à la ports an feod, et a
regardé on instant an dekocs.)
ZOÉ , revenant.
Eh bien 1 si c'est ainsi que vous vous chauflèi !... Vous trouvez-vous mieux?
M. DE VABADES.
Certainement. Mais où sommes-nous, Zoé?
est-ce chez vous?...
ZOÉ
Non, ma chambre à moi est là. (Moatmtu porte adroite.) Cest id lo boudoir de madame,
(Montrant la porte à gauche.) et là, Sa Cfaambre à
coucher...
M. DE VABADES.
Que dis-tu?... madame de Bnssières!... (a part.) Je suis chez elle, voilà les lieux qu'elle habite... Ah! J'éprouve une émotion...
ZOÉ
rai pensé que vous m'aimeriez Hiieiix id.
u. DE VABADES , distrait.
OuL.. oui , sans doute... ( a part. ) Pauvre fille !...
Êtes-vons bien sûr, au moks, quid, dans la maison , personne ne vous ait vu?...
M. DE VABADES.
Personne... Tai laissé mes chevaux de l'antre côté du parc
ZOÉ
Et c'est pour moi que, cette nuit, vous avez renoncé à cette brillante soirée , à ces belles dames si élégantes?...
M. DE VABADES.
OuL.. oui. J'avais besoin d'éloigner toutes ces idées , J'avais besoin de vous voir, Zoé...
ZOÉ
Et moi donc!...
M. DE VABADES.
Vous, si franche, si naïve, et ce n'est pas vous qui voudriez vous faire un Jeu de mes tourmenis , me repousser... me dédaigner...
ZOÉ
Oh!... bien au contraire. Mais yow devez avoir faim... est-ce que vous ne voulez pas vous mettre à table?
M. DE VABADES,
Si vraiment.
LE GARDIEN
ZOÉ
Attende! ; Je Tais vous chercher do vin de Xérès.,. Ce doit être du bon yin , n'est-ce pas ? et ça vous fera plaisir.
M. DE YABADBS.
Oui, Zoé.
ZOÉ
La clef est là... dans la chambre de madame...
M. DE VABAPES.
Là 9 sa chambre?
ZOÉ
Non... Monsieur... ne me suivez pas... Je vous prie...
( Elle entre Tivement dam la chambre à gauche. ) M. DE VARADES.
Quel supplice! quelle existence!.,, pour oublier la maîtresse , venir tromper la femme de chambre ! et quand Je crois me consoler, m'étourdir, je me retrouve chez elle... Ahl si elle était ici! si Je pouvais la revoir un instant.. Mais non , elle est au bal , plus jolie , plus séduisante que Jamais. Entourée d'hommages, elle pense à moi, peutêtre ; et moi , Je viens profaner ces lieux , où tout me rappelle ses charmes et mon amour. Ah ! plutôt fuyons.
Z0É« rentrant et portant une bouteille.
Eh bien ! me voici... Où allez-vous donc ? (Loi
montrant la table.) TCUCZ, MoUSieur, mettCZ-VOUS
là , auprès du feu. Je vais vous servir.
M. DE VARADES
Y penses-tu? U, près de moi...
ZOÉ
Oh I non... Je n'oserai Jamais...
M. DE VABADES , la forçant de t^aaeoir.
Et moi , Je le veux , Je l'exige.
ZOÉ, «aÎM.
Ah! que Je suis contente 1 II est donc vrai, VOUS le voulez bien, vous me regardez comme Totre femme , comme votre égale.
H. DE VARADES
Comme ce qu'il y a de plus Joli au monde... et comme tout ce que J'aime...
ZOÉ , à part.
Ah! si M. Daniel l'entendait , lui qui ne veut pas croire...
M. DE VARADES
Eh bien ! tu ne manges pas ?...
ZOÉ
Oh ! Je n'ai pas faim... je n'ai pas le temps ; Je suis si heureuse!... Vous vous rappelez donc vos promesses , celle que vous m'aviez écrite , et que J*ai toujours là...
Peux-tu penserque J'aie rien oublié ?... (a part.) Allons, tâchons de nous faire illusion; et persuadons-nous que Je suis auprès de sa maltresse...
ZOÉ
Ah! ne me regardez pas comme ça. n y a dans vos yeux quelque chose de si tendrie...