SCÈNE V
BABET » D*AUBIGNT.
D*AUBi6inr.
Je ne reTieDS pas de masurprise, chèreBabet !
BABET
Vous ignoriez que j'étais à Paris ?
d'aubigny.
Je savais sealement que vous aviez quitté Dijon. Sans confier à personne les motifs de ce bmsqae départ ; et j'allais y retourner , pour tâcher de découvrir vos traces !
BABET
Gomment ! vous ne m'aviez pas oubliée ? d'aubigny.
Vous oublier , Babet 1 le ciel m'est témoin que , pendant cette longue absence , mon amour s'est encore augmenté ; et je vous aime plus que jamais!
BABET f tristement.
Vraiment! Ah ! que vous m'affligez, et que je regrette maintenant de vous avoir revu !
D'aUBIGNY, torpris.
Qu'entends-je?
BABET
Écoutez-moi, monsieur d'Aubigny, et surtontne vous emportez pas , ne vous mettez pas en colère ; car cela me trouble , et j'ai tant de choses à vous dire ! Nous étions bien enfants, bien peu raisonnables, lorsque nous nous jurions une tendresse éternelle ! Élevée près de vous, par les bontés de votre Êimille, je vous aimai dès que je me connos, sans me douter que c'était mal, que votre rang, votre naissance me le défendaient! (En «oopirant.) On me l'apprit plus tard. A peine étiez-vous parti pour votre régiment, à peine avions-nous perdu votre bonne mère, ma seule protectrice, que votre oncle , le conseiller au pariement , effrayé de votre attachement pour moi , et craignant votre retour à Dijon, me reprocha mon ingratitude, m'accusa de coquetterie, de séduction, et me menaça de vous déshériter, si je ne m'éloignais sur-lechamp!
D'AUBIGNY
Et vous avez consenti ?
BABET
Je le devais à la mémoire de votre mère! à tous! je me résignai, je partis pour Paris, où j'espérais trouver un parent, le seul qui me restait; mais hélas ! quand j'arrivai » il n'était plus!
D'AUBIGNY
Odel!
BABET
C'est alors que je me vis sans ressource, sans appui, an milieu de cette ville immense! exposée à des dangers que je soupçonnais sans les connaître , et que je redouuiis plus que la misère et l'abandon ! je n'avais qu'un moyen de m'y soustraire , le travaU ! je suivis les conseils d'une bonne femme qui m'avait recueillie ; j'entrai dans un magasin , persuadée que partout, quand on le veut bien, on peut rester honnête, et je ne me suis pas trompée ; car, sans blâmer celles de mes compagnes qui pensent autrement , j'ai mérité l'estime des autres et conservé la mienne.
D'AUBIGNY, attendri.
Chère Babet, et c'est moi qui suis cause!... que de torts à vous faire oublier !... mais maintenant vous avez un ami, un défenseur près vous; je reprends tous mes droits... (semarquant •on trouble.) £h mais! vous tremblez? vous détournez les yeux !
BABET, afec enibarras.
C'est que je ne vous ai pas tout dit
D'AUBIGNY , étonné.
Comment?
BABET, timidemnt.
Vous ne vous fâcherez pas ?
D'AUBIGNY , inquiet.
Non ; mais...
BABET , de même.
Vous me le promettez !
D'AUBIGNY, cherchant.
Qu'est-ce donc? (Comme frappé d^une idée aubite.)
Dieux ! vous en aimez un autre !
BABET
Monsieur d'Aubigny !•;•
D'AUBIGNY, trèaH«ilé.
Vous en aimez un autre ?
BABET , baiiaant les yeax.
Eh bien ! s'il était vrai ?...
D'AUBIGNY
S'il était vrai!...
BABET
Pourquoi ne l'avouerai-je pas sans rougir, mon frère, à mon ami.
D'AUBIGNY
Votre frère !...
BABET
Je ne pouvais être à vous, monsieur d'Aubigny, votre naissance , les menaces de votre oncle...
D'aUBIGNY, arec empoHemeut.
Que m'importe sa fortune! j'aurais tout bravé pour vous donner mon nom !
BABET
A moi ! vous vous en seriez bientôt repenti ; et jamais je n'entrerai dans une famille qui me mépriserait! J'ai aussi quelque fierté; je suis bien
OEUVRES COMPLÈTES m SGBIBE.
jeime ; je connais pea le monde ; mais j*ai compris qu'une pauvre fille , pour être heureuse , ne detait pas avoir d'ambition, ne devait aimer que son mari; et ce mari» je l'ai trouvé, un honnête homme, de mon rang, de mon état, en qui j'ai placé ma confiance...
Air i Voilà trois am qu^en e$ tiUagê (de LfocADiB). Il m'aime de toute son âme.
Il m'époase sans en rougir; Et moi sans redouter le blâme , Gomme époux je peut le chérir; II tiut que dans un bon ménage , Tout soit égal, et, Dieu merci !
Je n'ai rien... lui pas davantage!
Voilà (bit) pourquoi je l'ai choisi !
Jugez-moi, maintenant, suis-je donc si coupable?
D'AUBIGIVT, ittéré.
Ah ! Babet ! et voflà ma récompense ! quand je n^étais occupé que de vous, quand, pour m'af> franchir de ma famille, pour m'assurer un sort indépendant, je m'expose peut-être...
BABBT , iTec intérêt.
Vous vous exposez! et h quoi?
D*AUBIGNY , 8*trrêtam.
- Vous le saurez! il fout que je m^éloigne, un devoir sacré... mais je reviendrai bientôt; je verrai ce rival
BABET
O ciel ! que prétendez-vous?
d'AUBIGNY , lui serrant la main arec eipreauoo.
Faire valoir mes droits ! souvenez-vous que j'ai vos premiers serments, que nulle puissance humaine ne peut vous enlever à mon amour, et malheur à celui qui oserait le tenter.
(n sort par la seconde couliaie I droite. ) BABET , le suivant.
Monsieur d'Aubigny! monsieur d'Aubignyl (EUe t'arrête.) Il ne m'cuteud plus ! Ah 1 que je le plains, il méritaitd'étre aimé ! mais un moment de réflexion le calmera, j'en suis sâre ; il me rendra son amitié, il est si généreux , si bon , si aimable ! pas tant que
M. François, cependant.. (Avec joie, et regardant de
côté.) Ah! c'est lui! quel bonheur qu'ils ne se soient pas rencontrés !