TOINON, DUBOIS
TOINON 9 avec one serviette derant elle , et rematnt U pâte des crèpet avec une cuiller.
La pâte Yient très-bien.
( Elle pose le saladier tur la table.) DUBOIS.
Eh bien! arrange cela, car je n'y entends rien; je ne suis pas bien fort.
TOINON , toujours remuant la pâte.
Vous ne savez pas une histoire?
DUBOIS
Quoi donc?
TOINON , I mi-Toix.
Je viens de rapprendre à la cuisine. 11 y a une grande dame , déguisée , au numéro U.
( Elle montre la porte de }a duchesse.) Air : De sommeiller encor, ma chère.
Elle est là, dit-on, en cachette.
DUBOIS
C'est quelque dame de la cour.
Qui vient sans doute à la guinguette Pour quelque aventure d'amour.
TOINON
Ces dames si grandes, si belles.
Donnent ici leur rendez-vous...
Eh mais !... nous n'allons pas chez elles, Pourquoi viennent-elles chez nous?
DUBOIS
G*est amusant! Et comment sais-tu que c'est une grande dame?
TOINON
Le petit Fritot, Taide de cuisine , a vu , près du petit bois , une voiture , et puis , autour de la maison , cinq ou six hommes à cheval , enveloppés de larges manteaux.
DUBOIS
Cinq ou six?
TOINON
Peut-être plus ; et comme l'un d*eux est venu respectueusement recevoh* ses ordres, il a pensé que c'étaient des gens de sa suite.
DUBOIS
C'est juste : mais c'est original , cette dame qui ne va en partie fine qu'avec un piquet de cavalerie. Qui diable ça peut-il être? Si je regardais par le trou de la serrure...
Gomment! Monsieur...
DUBOIS
Pendant que tu fais les crêpes, (u va & u porte
du numéro 4 , et regarde par le trou de la istnire.) TaÎB-
toidonc , eue est en face de la porte.
TOINON , 4 la table , et remuant U pile.
Les hommes sont-ils curieux !
DUBOIS, à part.
Quevois-je! la duchesse du Maine, déguisée! c'est impayable ! et voilà une aventure dont Je réjouirai le régent et toute la cour.
TOINON
Est-ce que vous connaissez la dame ?
DUBOIS
Justement, et beaucoup, (n Toînon, qm vnt aUer à lui.) Mais, silcnco donc, que je sacbe avec qui elle est ; avec le beau garde du corps Ancenis ou le prieur de Saint-Martin... Hein !... (regaidant) Porto-Carrcro, le secrétaire d'ambassade ! Ah ! madame la duchesse, des liaisons secrètes avec l'Espagne, (roinon traverse le théitre, et vient auprès de Dubois.) Et moi, qui leS CTOyaiS OC-
cupés d'uitrigues galantes.
TOINON
A mon tour, que je regarde.
( Elle regarde par le trou de U serrure.)
Non , elle n'est pas curieuse ! Eh bien I vois4B le monsieur?
TOINON
Le monsieur ! j'en vois deux.
DUBOIS
Pas possible!
TOINON , s*éloignant de U porte.
Quel luxe ! on voit bien que c'est une duchesse; car, nous autres bourgeoises...
DUBOIS, qui t pendant ce temps, a regardé aniai.
Le duc du Maine, le mari , et tous trois réunis en secret et déguisés. Damnation ! c'est ce que Je croyais, complot, conspiration; et moi qui donnais dans le piège comme un benêL
TOINON , qui est revenue auprèa de la table*
Eh bien ! Monsieur, qu'avez-vous donc? comne vous voilà troublé.
DUBOIS
Moi , du tout.
TOINON , «^approchant de Dubois.
Si , vraiment , vous m'avez dit que vous bi connaissiez, et c'est peut-être une ancienne à vous?
DUBOIS
Quelle idée !
Et vous êtes jaloux!
DUBOIS, à demi-voix.
Pas le moins du monde ; mais je voulais seulement savoir...
TOINON
Et moi , je ne le souffrirai pas, et si vous approchez seulement de cette porte.. .
LE MOULIN DE JAVELLE
DUBOIS 9 à d«mi-foi2.
Silence , aa Dom da del !
TOINON
Je ferai on tel brait qu'il faudra bien qu'elle sorte.
DUBOIS
C'est ce qu'il ne faut pas; et Je t'en prie , je t'en supplie , ma petite Toinon, laisse-moi écouter.
TOINON
Non, Monsieur, retournez à vos crêpes, c'est moi seule qui dois savoir...
DUBOIS , qui a été prendre sur la table le saladier où est la pâte, et qui passe an miliea do théâtre, pendant que Toinon regarde à la porte du numéro 4.
Ah I si j'osais éclater ! mais ce serait tout perdre ; et , dans un moment pareil , être dans les crêpes ! crêpes funèbres que le diable emporte ! Eh bien ! Toinon, eh bien!
TOINON , écoutant.
Us parlent d'un nommé Dubois, un de leurs domestiques , sans doute.
DUBOIS , s'efforçant de rire.
Ah! ah! Dubois!
TOINON
Us ont dit : « Un coquin, un scélérat, un infâme! »
DUBOIS , à paru
Plus de doute , il s'agit de moi ; les traîtres !
TOINON , écoutant, et répétant ce qu*elle entend.
0 Lui et son mattre , nous les tenons. »
DUBOIS, sUpprochant toujours, et tenant le saladier.
Vraiment!
TOINON
« Ils ne peuvent plus nous échapper. »
DUBOIS
Dieu! le piquet de cavalerie! je comprends BMdntenant; piège, embuscade, on sait que le Régent est id, la maison est cernée...
( Oubliant qu'U tient le saladier, il baisse la main et répand
toute la pâte.)
TOINON
Eh bien ! que faites-vous donc? les crêpes que vous renversez...
DUBOIS
C'est ma foi vraL ( a part. ) On serait retourné à moins, et comment prévenir le prince? comment le sauver surtout? Ah ! Dieu soit loué , le void.