‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 623 sur 756 · ALCÉE, LE COMTE · texte numérisé non relu

ALCÉE, LE COMTE

ALCÉE , entrant en colère.

Morbleu!... c'est à faire abhorrer l'espèce humabie, c^estàse détester poi*mémeMt c'est à rougir d^étre homme.

LE COMTE

• Eb! mon Dieu ! qu*y a-t-il ?

ALCÉB.

Je viens de la ville, dont je n*ai fait que tra-^ verser la grande rue... mais J*avais ce lorgnon, que je tenais à la main.

LE COMTE

Je comprends alors.

ALGÉE.

Et si vous saviez tout ce que j'ai lu à découvert sur toutes ces physionomies... pas un sourire qui ne cachât une fousseté , pas un regard d'amitié qui ne fût une trahison. Ces gens qui me serraient la main me détestent; ces Jeunes dames qui me saluent d'un air enchanté me trouvent sot, maniéré, prétentieux... les grand'mamans ellesmêmes, les grand'mamans, que Je croyais désin-

téressées , songent à ma fortune pour leurs petitesfilles ! Et jusqu'à mon cousin Bluvsbal. qui . ne voyant tout ému et tout bouleversé de tant d'horreurs, vient à moi les bras ouverts, et s'écrie avec un air d'intérêt : « Qu'as^u donc > CQQfiin ?..• » ta pâleur m'effraye... » tandis qu'en lui-même, k traître se disait avecjoie : « Dieq \ s'il ^t lOlaqné » de la poitrine ! »

LE COMTE

Et cela te surprend P...

ALCÉB.

Oui, cela m'indigne, cela me rend furieux contre moi-même, qui les aimais tous, qui ks aimais de confiance, et qui étais si heureux d'être leur dupe!... Enfin, croiriez-vousque depuis que je possède ce maudit lorgnon , de tous ceux que J'ai aperçus, parents, amis, connaissances, je n'ai rencontré qu'une personne qui m^aimât réellement*, une seule ?...

LE COMTB , vWement.

Tu en as rencontré une 1... et tu te plains des hommes et de la Providence , mgrat que tu es !... J'ai cherché pendant quarante ans... et J^àHends encore.

ALGÉE , avec joie.

EsMl possible ! Et moi dès le premier jov! C'est cette petite Mina... ma sorar de lait, qui toitf à l'heure , me voyant de retour , dierdiait à cacher sa joie et sa tendresse. Mais je lisais dans son cœur ; Je voyais quel amour naïf, pur , désintéressé. Ah ! quel malheur que Je aois noble , que je sois baron , et qu'elle ne soit que la ifle de mon intendant I U n'y a pas moyen de jamab songer à l'épouser, mais son souvenir da moins me consolera de toutes mes peipea... SépÊté d'elle... je me dirai : « Il y a un cœur qui m'est dévoué, qui m'aimera toujours... »

LL COMTE

Tu le crois! alors rends-moi ce talismaii.,.

ALGÉE.

Et pourquoi ?

LE COMTE

Pour conserver encore une illusion. Car qui sait, non pas maintenant, mais si demain... après-demain , Mina elle-même ?...

ALCÉE

Tais-toi... tais-toi, tu me désenchantes de tout..

LE COMTE

Eh bien ! que te disais-Je ? comprends-tn maintenant pourquoi Je suis le plus malheureux des hommes? Tu n'as pas voulu me croire; et un qui ce matin avais tous les biens en partage, ta viens de perdre, en quelques heiu'es, serviteur» ami, maltresse, réputation... et plus encore, il confiance, le repos de l'âme.

LE LORGNON

G'e$t pourtant yrai s et comment désorqiais retrouver tout celu ?

LE COMTB.

Gomment?

Air : Quand l'Amour naquit à Cythère.

En retrouvant l'illution première.

Qui fit U joie et U sécurité; Car ici-bas, Tois-lu bien, sur la terre, On est heureux, non par la vérité, Hais par l'erreur... C'est elle qui, saut poiiie« Te fit rêver constance , amour, plaisir... Que ton sommeil un seul instant revienne, Et tes rêves vont revenir.

ALCllEy

Vraiment !

LE COMTE

Mais pour cela, je te l'ai dit, rends-moi ce que Je t*ai imprudemment confié.

ALCÉE , héùtant I lui rendre le lorgnoo.

Vous croyez ?

LE COMTE

Xen suis sûr.

ALCÉE , prêt à le lui rendre.

Eh bien !... ( ll voit Mina qui vient piv le fond I

gauche. ) Dieu ! c*est Mina 1 ( Au comte. ) Encore un instant, un seul , et J*y renonce avec Joie et pour toujours.

( niioa entre et t'arrête un instant ; le comte regarde Alcée , ainsi que Mina, avec attention, puis il sourit et sort par le fond.-» Musique. )

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