SCÈNE XIV
Le Comte ALBERT, •ortantdapaviUon;
REYNOLDS
Arrivez donc, noble étranger! vous qui savez tout, vous ne vous doutiez pas, j'en suis sûr, qu'au nombre de ses brillantes qualités, notre ami Alcée possédait une prudence si grande qu'elle Tempéche...
LE COMTE , froidement et prenant une prise de talMc.
De vous foire sauter la cervelle...
REYNOLDS, étonné.
Heinl... que dites-vous là?
LE COMTE , de même.
Que je le blâme comme vous, et qu'il a eu grand tort ; car dans ce moment vous ne pourriez plus dire de mal de lui.
REYNOLDS, «ooriant à moitié.
Vous croyez?...
LE COMTE
Comme si je le voyais. Vous l'auriez manqué , et lui vous aurait touché ici , à la tempe gauche , d'une balle qui aurait enlevé à vos créanciers leur seule hypothèque.
REYNOLDS
Monsieur plaisante toujours...
LE COMTE
Pas plus que ce matin, quand je vous ai annoncé la chute de cheval de votre ami Henri... Je crois vous avoir précisé...
Très-bien... la troisième côte...
LE COMTE
Aussi à gauche...
REYNOLDS , »*efforçant de tonrire.
C'était d'une exactitude parfaite ; et pour ce qui me regarde , vous pensez que c'est..
LE COMTE
^ Aussi réel , aussi vrai que le papier cacheté que l'on vous a remis il y a un quart d'heure , et que vous avez encore là , dans votre poche.
REYNOLDS, fouiUant dins ft poche.
C'est juste; ce maudit duel me l'avait fait oublier.
LE COMTE
Papier qui vient de votre notaire, et qui vous apprend la mort de votre grand-onde, décédé sans testament
REYNOLDS , irec joie.
Vous croyez !... Ma main tremble en brisant ce bienheureux cachet noir... Oui, vraiment., nous héritons 1 ma sœur et moi!... nous héritons! Ah 1 Monsieur, mon cher Monsieur !... vous aviez raison... queUe folie c'eût été à moi de me battre , de me faire tuer!
LE COMTE, «TOC ttng-froid.
Eh! mais, il n'est pas dit que cela n'arrivera pas.
REYNOLDS, tremblant.
0 ciel f qu'est-ce que cela signifie?...
LE COMTE
Que , méconnaissant la générosité d'Alcée , vous l'avez traité de lâche, vous l'avez déshonoré aux yeux de tous ; et que , poussé à bout , il pourrait bien... aujourd'hui même...
REYNOLDS
Je nepnis le croire...
LE COMTB.
Da reste , si tous y tenez , Je puis exanuoer et vous dire au juste.
REYNOLDS , avec effroi.
Non, non, n'achevez pas... Certainement, je ne suis pas plus timide qu'un autre : et ce matin , quand je n'avais rien, je me serais battu comme un enragé; mais maintenant, songez donc, un héritage, une belle fortune, c'est bien différent; ' et j'espère que mon ami Alcée continuera à être bon enfant , et ne se fâchera pas. .. ( Regardant ven le fond, à droite.) C'cst lul que j'apcrçtis au bout de cette allée... il a l'air furieux I
LE COMTE
Il vous cherche sans doute,
REYNOLDS, effrayé.
Je ne veux pas alors , dans le premier moment . . VOUS tâcherez de le calmer, de l'apaiser... vous êtes son ami , vous êtes le mien.. . car je vous aime , je vous estime...
LE COMTE , secouant la tète.
Je ne crois pas.
REYNOLDS
Ehbien !.. .je VOUS crains. .. je VOUS crains comme le feu... ( A part. ) Ce diable d'homme , on ne peut Jamais le tromper... (au comte.) Tâchez d'arranger cela à l'amiable... Le voilà. Je m'en vais.
( 11 entre dana le paTÎUon, )