‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 634 sur 756 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Mmif BOURGACHARD.

B0URGACP4RP, entrant par le fond.

Maudits cbevaux L, maudits postiUoqs I

UKNai, i)lM»Mlui.

Mon cher oncle !

B0UBGÀCUA9B«

Maudit pays Im*

HENRI

La plus belle contrée du monde , le jardin de te France...

BOURGACHARD.

Maudit pays I... que je n'avais pas revu depuis le jour OÙ moi , général Bourgacbard . je commandais une partie de l'armée de la Loire... qu'est-ce que je dis?.,, des brigands de 1» Loiret*, comme on nous appelait alors...

HBURI.

Ypensea-vousl

BOUROAGHARD.

Oui , morbleu !... c'était bien la peine de 8^ex«poser aux coups de fusil... à la fatigue... à l'exil... de se battre pendant trente ans... pourquoi P

( Il a'aMied auprès de la t«ble, ) HBNRI.

Pour gagner de la gloire...

BOURGACDARD.

Dis donc un brevet de réforme et des rhumatismes... c'est la seule chose qu*on ne nous conteste pas , à nous autres vieux soldats de la garde , car j'ai vu le moment où , par ordonnance royale, on allait supprimer la batidlle d'Austerlits... il en a été question...

Bonne plaisanterie!

BOURGACHARD.

Ça m'est bien égal... je ne tiens plus à tout cela... je ne tiens plus à la gloriole... En fUt de fumée , je n'aime plus que celle de la pipe... le coin du feu , le dgare et le piquet.. Voilà !...

HENRI

Oui!... voilà comme je vous ai trouvé Tautre jour dans votre château de |a Brie, en téte-à-téte avec votre curé.

BOURGACHARD.

Un brave boipme«.« un ancien militaire « qui

tous les soirs me parle de nos campagnes... et puis du ciel.., et puis de ma goutte , qui quelque jour pourrait bien m'emporter; et il m'a dit là-dessus des choses...

HENRI

0uiV0U3 ont effrayé..,

BOURGACHARD.

Moi ! morbleu,., je n'ai jamais eu peur... ni de lui, ni de personne, mais vois-tu, mon garçon, quand on a couru bravement toute l'Europe, tuant, pillant , se faisant tuer... que sais-je I... ça va bien... on ne pense à rien.,, on est jeune. Air du Piège.

Point de remords , point de chagrin, Et Ton se repasse sans peine Amour, fillettes et bon vin, Sans compter mainte autre fredaine...

Nous nous disions, nous autres chenapans : Ces péchés-là , Je puis me les permettre ; Pour m'en repentir, j'ai le temps Où Je n'en pourrai pim commettre:

Bh bien ! ce temps-là est venu,..

HENRI

Est^il possible I...

BOURGACHARD*

Oui » flu>n garçon , depuis que je suis à la re^ traite, et que je ne me lîats plus, je pense quelquefois... je n*ai que cela à faire.. . et si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire de mal... aussi je m disais ] Bi mon neveu ne faisait pas la bêtise de se marier, il resterait avec moi, nous ferions ménage ensemble, nous ne nous quitterions pas; ça me ferait du bien : et avec lui qui a des principes, nous serions deux... à penser,., et à manger ma fortune !...

HENRI

Eh bien ! mon oncle, nous serons trois... ma femme vous fera une société charmante,

BOURGACHARD , te l«Tant.

Laisse- moi donc tranquille... ce sera une gône, un ennui !... est-ce que j'oserai jurer ou fumer devant elle ? est-ce que j'entends rien à la galanterie?... la garde impériale ne s*est jamais piquée deçà... £tsi au dessertj'ai quelque bonne histoire à raconter, il faudra donc m'en priver, parce que j^aurai là devant moi une jeune fille innocente et naïve qui ne sa doute de rien ?...

HENRI

Mais si, mon oncle... et c'est justement ce qui vous trompe.

BOURGACHARD.

Qu*est-ce que tu me dis là?

Que vous allez être ravi... enchanté... c'est une veuve !

BOURGACHARD.

Une veuve ! et depuis quand ?

OEUVRES GOBIPLËTES DE SCRIBE

HENRI

Depuis ce matiii... non, Je veux dire que Je Tai appris ce matin... tout à l'heore... une surprise que Je tous ménageais.. •

BOURGACHARD.

Elle est Jolie I... a-t-on Jamais vu une absurdité pareille?...

Air da yauderUle de fivare.

Oai , yentrebleu , l'idée est neare !

Aller, au printemps de ses jours.

Pour femme choisir une veure!

HENRI

Qu'importe , si J'ai ses amours?

BOURGACHARD.

Veuve qui fera tous les jours Des comparaisons en ménage De vous et du premier mari.

Eh ! qu'importe , mon oncle , ti Elles sont à mon avantage?

( Avec embarras. ) Et puis il y CU a eUCOre UU

pour vous... un avantage 1... vous que Je voyais Fautre Jour faire faire Texercice au petit garçon de votre intendant, car vous aimez, vous adorez les enfants I.. . Eh bien ! vous n^aurez pas la peine d'attendre» vous en aurez un tout de suite...

BOURGACHARD.

Qu'est-ce que J*entends là ?

HENRL

Elle a , de son premier mariage , un petit garçon qui est, dit-on , charmant..

BOURGACHARD.

Va.t*en au diable ! Un demi-siècle à présent, une femme de cinquante ans ! Je les déteste.

HENRI

Mais non, mon onde.

BOURGACHARD.

Enfin c'est toujours une mère de famille, que cette Jeune vierge que tu me peignais si pure et si candide 1

HENRI

Ça n'empêche pas, mon oncle ; c'est une grâce si naïve , un charme auquel on ne peut résister... et puis elle m'aime tantl

BOURGACHARD.

Laisse-moi donc tranquille 1 tu ne vois pas que l'on te prend pour dupe , que Ton se moque de toi.

HENRI

Que dites-vous, mon oncle ?

BOURGACHARD.

La vérité !... et Je te le prouverai , car Je suis là, et nous allons voir.

HENRI

0 del ! que voulez-vous faire?... Lui montrer la moindre défiance ! gardez-vous-en bien : J'aime mieux être trompé. Je le désire. Je le demande, c'est mon bonheur.

BOURGACHARD.

Alors sois henreuxl et fus comme ta voudras. Je ne me mêle de rien.

HENRL

Ahl mon onde , mon bon onde , quel service vous me rendez! Silence! car void ces dames!

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