‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 652 sur 756 · SCÈNE VL · texte numérisé non relu

SCÈNE VL

SALVOISY , .eol.

( li rentre avec précaution en les voyant •*éloign«r. )

Il n'est plus là ; il s'est éloigné ! Me voilà seul » seul , dans Tappartement de la reine ! Je sais à quoi je m'expose si Ton m'y surprend ; que m'importe ? pourvu que je la revoie une fois encore ; non plus confondu dans la foule, non plus posté pendant des heures entières près du portique ou du perron où elle doit monter en voiture , et où mes yeux , pendant qu'elle s'élance , la voient passer comme une apparition ; mais seule , là ! devant moi ! Ses regards s'arrêteront sur les miens , je l'entendrai , j'entendrai le son de cette Toix qui m'a perdu, qui a changé ma vie , bouleversé toutes mes idées, qui m'a entraîné jusqu'ici... Moi dont le cœur battait d'indignation au seul nom de la cour , qui aurais rougi de détourner la tête pour voir passer une reine; malmenant ma vie entière , comme celle de ces vils courtisans , se passera peut-être à épier un regard. Ah ! je les hais de toute la haine que je ne puis plus avoir pour elle. (Écoutant.) Ne vient-on pas? Serait-ce encore ce M. de Vassan ? non , je suis débarrassé de lui , et je peux rendre à son neveu le nom que je lui ai emprunté. Ce matin , devant moi, à mon hôtel , il se vantait de son oncle le marquis , dont la protection devait l'introduire dans le château ; je l'ai devancé , je suis venu chercher à sa place. .. quoi ? un indigne affront , un juste châtiment ! la Bastille peut-être ! car à ma vue, à la vue d'un homme au milieu de son appartement, elle aura peur ; ses paroles n'exprimeront que la colère et l'indignation; elle ne daignera plus, bonne et indulgente, comme sur le banc de la terrasse, écouter mes discours, y répondre comme mon égale; non, elle sera reine, reine irritée... Eh bien 1 j'aurai vécu un jour. ( s^arrèuat. ) Et ma mère ! ma pauvre vieille mère ! d'autres encore qui m'aimaient tant, et que je ne reverrai plus. Ah ! sans cette flèvre qui me dévore , sans ce dé<

lire, oui , oui , c'est du délire , je suis fou , je ne me reconnais plus , et quand je reviens à moi, je me dis : Retournons près de ma mère, fuyons ces

lieux... ( Regardant autour de loi et arec exaltation. )

Mais ces lieux, ce sont ceux qu'elle habite. (Allant k la fenêtre.) Oui, je ue me trompais pas, c'est sur cette croisée que mes yeux sont attachés chaque jour... Oui , d'après la description exacte que je m'en suis fait donner , ce doit être id, en sortant de ses petits appartements , qu'elle reçoit à sa toilette les hommages de la foule indifférente des courtisans. Un duc de Lauzun , pour la remercier de quelque faveur nouvelle , pourra tomber à ses genoux et lui baiser la main , tandis que moi qui ne demande rien , qui ne veux rien ,

que m'enivrer de sa vue... ( Regardant wen la droite du théâtre et pooisant nn cri. ) Ah ! SOU portrait 1 Ah !

oui , le seul , le seul encore qui l'ait reproduite à mes yeux comme je l'ai vue , comme elle est en réalité. (Avec transport.) Ma fortuuc ! ma fortune tout entière pour cette image 1...

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