SCÈNE IV
SALVOISY, pui< LOUISE.
(U entre par la porte latérale , à droite ; il marche leatoDeit, •^arrête, et a l'air de regarder d'un air étonné : il salue t droite, 4 gauche, comme s'il y arait beaucoup de moade, donnant une poignée de main adroite, àgancbe.)
SALVOIST.
Air de la FoUe ( Musique de M. Grisard ). Que de monde aujourd'hui ! quels courtisaot nomtoeu ' Pour contempler la reine ils viennent en cas lieux.^ Ils l'admirent tout haut... moi je l'aime tout bas; Mon âme est tout entière attachée à ses pas! Mais je la cherche en vain , et je ne la toîs pas ! Pour moi plus de bonheur quand je ne la toîs pas : (Apercerant Louise qui rentre par la p<Mleda fond.)
La voilà, c'est la reine, elle sort de son appartement
(u la salue etie tient dans une attitude respectoeua».) LOUISE, ipart.
Je n'ose l'approcher. (Haut.) Monsieur...
SALVOISY.
Votre Majesté daigne donc accorder un instant d'entretien à son serviteur.
LOUISE
Toujours elle ! et jamais moi.
SALVOISY.
Quelle diflérence ! depuis ce jour où vous avez
SALVQISY.
dit : « Sortei, qii^oii le chaiBe ! » Ah ! Je me l rappelle, vous Tavez dit; et alors je ne sais ce qui s'est passé en moi, Thumiliation, la rage, la haine ! Oh ! od , je toos haïssais plus que jamais...
LOUISE, iTêcjoie.
Serait-il vrai?
SILVOISY.
Pois tout à coup, un changement... ah! un changement bien grand; dédaigneuse et hautaine , vous êtes devenue si bonne, si aimable, vos yeux me regardaient avec une expression si douce. .. tenez, conmie en ce moment.
Vous croyez?
SALVOISY.
Oh ! que je vous trouve ainsi et plus touchante et plus belle 1 et ces riches habits de soie, ces perles dans vos cheveux, vous les avez Otés; vous avez bien fait, vous n'en avez pas besoin; je vous aime bien mieux comme cela.
LOUISE , avec joie.
Vraiment 1
SALVOIST.
Sans comparaison! Ah! si vous pouviez rester toujours comme vous êtes, ne plus être reine...
LOUISE
Je ne demande pas mieux.
SàLVOISY.
Vous n*y tenez donc pas ?
LOUISE
Du tout, du tout; Versailles, la cour et les majestés, si vous pouviez comme moi oublier tout cela!
SA.LVOIST, arec force.
Vous oublier.... Oh I non , je ne le peux pas! vous êtes tout pour moi !
LOUISE , cberchant à le calmer.
On m'avait parlé d'une amie de votre enfonce.
Attendez... Ah ! oui , la reine.
LOUISE
Eh! non. Une jeune fille qui vous était si attachée.
SALVOISY.
Attendez... oui, Louise...
LOUISE
n sait encore mon nom.
SALVOISY, trictemenU
Pauvre enfant! elle est morte.
LOUISE
Eh bien! par exemple, qui vous a dit cela?
SALVOISY.
Ah! elle est morte; elle ne vient plus, plus
du tout; et si elle vivait... (n U prend parla main, et u condoit dam un coin du théâtre, A droite. A demi-
voix.) Vous ne savez pas ? ce Ait mon premier amour. Oui , je l'aimais avant d'aller à la cour.
LOUISE
La ! ce que c'est que de venir à la cour! Voyez comme tout s*y perd !
SALVOISY.
liais ma mère n'aurait jamais voulu, (u vaa^aiwuir
anprèt de la table.) Ah ! elle était bien jolie. ( Louise s^approche. La regardant.) MolusqUC VOUS Cependant;
bien moins que Votre Majesté.
LOUISE
C'est fini , il est dit qull n'y a que moi qu'il ne reconnaîtra jamais.
SALVOISY , prenant la guitare qui est sur la table , et jouant pendant la ritournelle.
Air du CattilUm à Parti (d'Edouard Brugnières). S«n8 vous, hélas! ma vie était si triste! Votre aspect seul la charme et rembeilil ; Par votre aspect Je respire et J'eiiste... LOUISE , à part , avec joie.
Ah ! pour le coup c'est de moi qu'il s'agit! SALVOISY.
Oui , sans l'éclat du diadème.
Tout céderait à votre loi...
LOUISE
Ah! qu' c'est erael!.. mém' quand il m'aime. Cet amour-là...
(Pleurant.)
Ah ! ah ! n'est pas pour moi !
SALVOISY, M levant et allant à Loniie.
En vous voyant, se glisse dans mes veines Un feu brûlant et rapide et soudain...
Et cette main que Je presse en les miennes...
LOUISE, à part, avec joie.
Oh ! cette fois, c'est bien moi! c'est ma main ! SALVOISY, avec puûon.
Reine chérie :... ah ! tant de grâce Fait oublier qu'on n'est pas roi!
(UrembraiM.) LOUISE , à part, et pleurant.
El même, hélas! quand il m'embrassa.
Ces baisers-là, ah ! ah ! n'sont pas pour moi ! (Elle le repouMe.)
Ah! VOUS êtes fâchée!
LOUISE
Il n'y a peut-être pas de quoi ?
SALVOISY.
Je vous ai offensée 1
LOUISE
Ce n'est pas tant la chose, mais les idées qu'on
y attache. (Salvoisylatalne respectueusement) AllOUS,
des respects mamtenant
(U fait un second talut respectueux, la regarde, puis il sort brusquement par la porte latérale à droite.) LOUISE , le regardant.
Air : Pour le trouver, je court en Allemagne (d'YiLVA). Toujours la reine ! hélas ! quelle est ma peine , Et que not' sort est étrange aujourd'hui ! Il est trop loin de moi quand je suis reine, Et paysann' je suis trop loin de lui!
ŒUVRES COMPLànS DE SCRIBE.
U guérirait da délir* qui l'éf «?• ^
Que tous mes vœux seraient encor déçus!
La folie, hélas! nous sépare, Et la raison nous sépare encor plus.