SCÈNE VI
MALZEN; MADAMB BARNEGK, en grande pamn.
If ADAIIB BARNEGK.
Monsieur, on me prévient à l'instant...
IfALZBN.
Madame , vous voyez un ennemi que le sort des armes n'a pas favorisé , et qui se rend à l'invitation que vous avez eu la bonté de lui faire signifier.
MADAME BARNECK.
C'est un peu tard. Monsieur le baron; mais quand on y met autant de grâce et de bonne volonté, (a part.) U étouffe. Oh! que cela faîx du bien!
MALZEN.
J'aurais pourtant quelques reproches à vous fah*e.
Air du Premier prix.
Pourquoi ces gens, cet étalage?
Nous étions convenus...
MADAME BARNECK.
Pardon , Vous savex qu'en un mariage...
MALZEN.
Ah ! ne lui donnez pas ce nom.
Cest un combat, c'est une guerre.
MADAME BARNECK.
Rendez alors grâce à mes soins ; Cardans un combat, d'ordinaire, Vous savez qu'il faut des témoins.
Tout est prêt, Monsieur, et si vous voulez me suivre..,
MALZEN.
Permettez , Madame , je désirerais avant tout un moment d'entretien.
MADAME BARNECK.
Gomme ce n'est pas moi qui suis la fiancée , Je vais faire appeler ma nièce, (appuyant) madame la baronne de Malzen.
MALZEN.
La baronne! (Froidement.) Non, Madame, la présence de mademoiselle votre nièce est inatÛe; c'est avec vous seule que je veux causer un instant , si vous consentez à m'entendre.
MADAME BARNECK.
Oui , Monsieur, avec calme, et sans vous interrompre : dût-il m'en coûter, je vous le promets.
( Ht «'aMeyent.) MALZEN , après un court silence.
Ce qui s'est passé , Madame, a pu vous donner de moi une opinion assez défavorable; mais j'ose croire que , lorsque vous me connaîtrez , voos me jugerez mieux. J'ai eu des torts, j'en conviens, et je ne les ai que trop expiés. C'est votre obstination qui a causé la mort de mon père.
MADAME BARNEGK.
Quoi! Monsieur.,,
LOUISE
MALZEN.
Oni , Madame , voilà ce que je ne pardonnerai Jamais. Jogez alors si je pois entrer dans votre fomille , et si ce mariage n'est pas impossible.
IliLDAIIE BARNBGK.
Impossible , Monsieor I si c'est pour cela...
MALZEN.
Ah I Madame, vous m'avez promis de ne pas minterrompre : oui , on mariage impossible ; car il ferait mon malheur, celui de votre nièce ; et vous ne voudriez pas la punir aussi, en la forçant à épouser quelqu'un qu'elle n'aime point, et qui n'aura jamais d'amour pour elle.
MADAME BARNEGK.
SU y avait eu d'autres moyens...
MALZEN.
n en est un , Madame; je vous dois un aveu, et je le ferai, quelque pénible qu'il puisse être pour moL Vous me croyez riche , vous vous trompez; je ne le suis pas. Mon père ne m'a rien laissé que son nom et ses titres. Tout ce que je puis donc faire pour réparer mes torts, c'est de reconnaître mon fils, de lui donner ce nom, ces titres désormais mon seul bien. Et pour que vous soyez sûre que personne au monde ne pourra les lui disputer« je promets dès aujourd'hui de ne jamais me marier, de renoncer à toute alliance, et je suis prêt à en donner toutes les garanties que vous désirerez.
Air du Baiser au porteur.
Ma parole n'est pas trompeuse ^
Je Toas le Jare sur l'honneur!
Que votre nièce soit heureuse ;
Pour moi, Je renonce au bonheur.
Ainsi , Madame, et sans vaine chicane.
Mon crime peut être effacé , Et ravenir auquel je me condamne
Expira les torts du passé.
ViHlày Madame, la satisfaction que je vous ofire.
MADAME BARNECK, te levtnt.
Et moi 9 Monâeur , je la refuse..,
MALZEN, M levant.
Madame!
MADAME BARNEGK.
Mais, Monsieur, la famille Barneck est riche, très-riche. Ce n'est ni la fortune, ni le titre d'un baron qui peut la satisfaire dans son honneur; il loi faut mieux que cela.
MALZEN.
Oui , le baron lui-même.
MADAME BABNEGK.
Un bon mariage , bien public , bien solennel.
MALZEN.
Un mariage I toujours ce maudit mariage !
MADAME BABNECK.
Etilse fera aujourd'hui, dans une heure.
MALZEN.
Mais je vous répète que je n^aime point votre nièce.
MADAME BABNECR.
Quand on se marie à l'amiable, cela peut être nécessaire ; mais dans les mariages par arrêt de la cour , on peut s'en passer.
MALZEN.
Eh bienl Madame, apprenez donc la vérité: je l'abhorre , je la déteste.
MADAME BABNECR.
Nous en avons autant à vous offrir; mais quand la loi est là, il faut bien s'y soumettre.
MALZEN.
C'est ce que nous verrons.
MADAME BABNEGK.
L'arrêt vous condamne à épouser, et vous épouserez.
MALZEN , hors de lui-même.
Plutôt VOUS épouser vous-même.
MADAME BABNEGK.
Eh mais! sll y avait jugement, il le faudrait bien.
MALZEN.
Je ne sais oik j'en suis , et je serais capable de tout. Eh bien! Madame, puisque votre absurde tyrannie m'y contraint, il faudra bien devenir votre neveu; mais je vous préviens qu'aujourd'hui même, aussitôt le mariage célébré , je forme ma demande en séparation.
MADAME BABNEGK.
La nôtre est déjà prête. La loi permet en pareil cas de se séparer au bout de vingt-quatre heures ; et nous comptons bien profiter du bénéfice de la loL
MALZEN.
Moi aussi.
Air : iVof», non, vous ne partirez pat. Ah ! j'y consens, je suis tout prêt.
MADAME BABNEGK.
Cett combler mon plus cher souhait.
MALZEN.
D'avance mon cœur s'y soumet.
MADAME BABNEGK.
Cest un bonheur.
MALZEN.
C'est un bienfait.
MADAME BARNEGK, vivement.
Alors plus de querelle.
MALZEN , de même.
Car enfln , grâce au sort, La rencontre est nouvelle, Nous voilà donc d'accord.
TOUS DEUX , avec ironie.
Toujours d'accord , toujours d'accord.
( à part , avec colère. ) Quel caractère! ah! c'est trop fort.
Je lui jure une guerre à mort.