SCÈNE V
Les PBÉCÉDENTS; MALZEN, entrant; SIDLER ET LES AUTRES, l'entourant.
hepbise du choeur.
Dés qu'un ami nous appelle , Nous accourons à sa voix, Prêts à célébrer la belle Qui l'enchaîne sous ses lois.
Cest l'amitié fidèle De célébrer à la fois L'amour, l'hymen et ses lois.
MALZEN.
Que vois-je 1 comment, vous êtes ici ! qui vous y amène ?
SIDLEB.
Et lui aussi 1 c'est aimable. Il parait que c'est le Joiu* aux réceptions gracieuses. Ingrat I nous venons assister à ton bonheur.
MALZEN, à part.
Que le diable les emporte ! ( Haut. ) Je suis bien reconnaissant ; mais , de grâce , qui a daigné vous prévenir P
SIDLER , lui présentant une lellre.
Toi-même ; vois plutôt , la circulaire de rigueur.
LOUISE
M ALZBN , prcnaot la lettre.
Hein 1 plalt-il ! ( La parcourant des yeux. ) « Le
» baron de Malzen toqs prie de lui faire Fbon- » neur, et cœtera. » Allons^ encore un tour de ceue vieille folie. Décidément , c'est une guerre à mort.
8IDLEB.
Est-ce que ce n^est pas toi qui nous as invités ?
MALZEN.
Je m*en serais bien gardé; non pas que je ne sois cbarmé... mais dans la position où je me trouve...
SIDLBB.
Je me doutais bien qu'il y avait quelque chose ; tu n*es pas très-bien avec la famille ?
MALZEIf.
On ne peut pas plus mal.
SIDLBR.
Je comprends. La jeune personne.., une passion...
MALZEN,
Du tout, elle ne peut pas me soufiirir.
SIDLER.
Bahl alors c'est donc toL..
MAUEN.
Moi! je la déteste,
SIDLER,
J'y suis. C'est tout à fait un mariage de convenance.
MALZEN,
Il n'y en a aucune.
SIDLER.
Et tu réponses?
MALZEN.
Peut-être,
SIDLER.
Ah çà ! mais à mobs d'y être condamné...
MALZfN,
Précisément, Je le suis.
TOUS
Qnedls-tn?
SIDLER.
Oh 1 pour le coup , je m'y perds ; explique-toi.
MALZEN.
C'est bien l'aventure la plus maussade et la plus comique en même temps ; car si elle était arrivée à l*un de vous , j'en rirais de bon cœur , parce qu'au ibnd le malheur ne me rend pas injuste. Au fait, le commencement était assez agréable: une jeune fille, jolie et fraîche comme les amours, seize ans an plus, simple comme au village, du moins je le croyais ; car maintenant je suis sûr que j'avais aflaire à la coquette la plus adroite I C'était dans un bal. Ehl mais, Sidler, tu y étais aussi, il y a trois ans?
SIDLER.
Chez le grand bailli I parbleu Je m'en souviens; je faillis étouffer quand le feu prit à la salle; tout le monde courait.
MALZEN.
C'est cela. Tremblant pour les jours de ma jolie danseuse , je l'enlevai dans mes bras , et la portai au bout du jardin, dans un pavillon isolé, où, vu la distance, il était impossible que le feu arrivât. Mais je n'avais pas prévu un autre danger, la petite s'était évanouie pendant le trajet ; j'étais fort embarrassé pour avoir du secours ; je n'osais la quitter. ( souriant. ) Et puis, entre nous , j'ai le malheur de ne pas croire aux évanouissements ! Bref, je ne sais, mais je n'appelai personne... et... enfin, c'est trois mois apr^, lorsque j'étais au fond de l'Italie , que j'apprends qu'on me suscite le procès le plus ridicule.
SIDLER.
C'est drôle , cette histoire-là; tu aurais dû nous l'écrire.
MALZEN.
Oui, autant la mettre dans la gazette , et puis cela a été si vite. Se trouver tout de suite époux et père , par arrêt de la cour, et avec dépens,
AiR de VArtiite.
IVan fils on me menace, J'ignorais qu'il fût né ; El, père conlumace.
Me voilà condamné.
J'arrive par prudence, El sans retard aucun, De peur que mon absence Ne m'en coûte encore un.
SIDLER.
C'est donc une famille qui a du crédit, une famille noble?
MALZEN.
£h ! non , de la bonne bourgeoisie , et voilà tout.
SIDLER.
n fallait en appeler.
MALZEN.
Nous n'y avons pas manqué; et nous avons encore perdu.
SIDLER.
C'est une horreur 1 mais cela ne me surprend pas , la justice à présent est si bourgeoise ! eUe est pour tout le monde. Mais elle a beau faire, nous sommes au-dessus d'elle, et à ta place...
MALZEN,
Qu^est-ce que tu ferais ?
SIDLER,
Je m'en irais , je me moquerais de l'arrêt,
(Les jeunes gens remontent la scène, Malien et Sidler seuls
se trouvent sor le devant. )
MALZEN,
Et si je ne Texécute pas, je suis privé de mon
grade , déshonoré , je ne pois plus servir, ma carrière est perdue.
8IDLEB.
Il fallait alors f adresser an prince , dont ton père a été ministre ; il t'aime » et si tu loi présentais requéte...
MALZEN.
C'est ce que j'ai fait inutilement Hier encore je lui en ai adressé une nouvelle. La réponse n'arrive pas , l'heure s'avance , et pour la mémoire de mon père, pour ma propre dignité, il ne me reste plus qu'un moyen, que j'aurais dû peut-être tenter
plus tôt Chut ! (Regardant par U porte à gauclM. ) Quelqu'un paraît au bout de cette galerie.
SIDLBB,
Est-ce la mariée?
IfALZBN.
Ehl non, c'est la tante.
SIDLEB.
Dieu! quelle toilette!
MALIEN
Et quel port majestueux! un vrai portrait de famille. Décidément il n'est pas permis d'avoir une tante comme ça. Laissez-moi, j'ai à lui parler.
SIDLBR.
Veux-tu que nons restions là pour te soutenir ?
IIALZEN.
Dn tout
SIDLEB.
Mais tu ne seras pas en force.
IfALZBN.
Ain du Siège de Corinihe, Laissex-moi seul avec ma tante.
SIDLEB.
Vous laisser ainsi tous les deuxl Avec Temme si séduisante, Le téte-à-téte est dangereux.
Si dans tes bras en pâmoison soudaine , Comme sa nièce , elle allait se trouver! Crains sa faiblesse.
IIALZEN.
Ah ! crains plutôt la mienne.
Je ne pourrais à coup sûr l'enlever.
BHSKMBLB.
MALZEN.
Oui, morbleu ! je brave la tante, Laissex-nous ici tous les deux ; L'entretien qui vous épouvante N'a rien pour moi de dangereux.
SIDLEB et LE GHOBUR.
Allons, puisqu'il brave la tante.
Laissons-les ici tous les deux ; Mais pour lui cela m'épouvante ; Le téte-à-téte est dangereux.
( Sidler et lu jeunes gens entrent dans rappartemenl à droite.)