SCENE XV
CLOTILDE, BOlîNIVET, SAUVIGNY.
Air : L'amour de la patrie ( Wallace).
ENSEMBLE
CLOTILDE
0 ciel ! terreur soudaine !
Est-ce un rêve imposteur?
Je me soutiens à peine.
Et tremble de frayeur.
BONNIVBT et SAUVIONY.
Quelle terreur soudaine S'empare de son cœur!
Elle respire à peine Et tremble de frayeur.
SAUVIGNY
Qu'ici T«tr9 eœar se rassure.
CLOTILDE, Non, Je ne puis y croire encor.
SAUVIGNY
Cest moi, c'est bien moi , je le jure... Je veux mourir, si je sub mort!
REPRISE DE l'ensemble.
CLOTILDB.
O ciel ! terreur soudaine !
Etê.,ete.
BONNIVBT et SAUVIGNY.
Quelle terrf or soudaine !
Etc., etc.
SAUVIGNY, à part.
Quel bonheur qu'Hortense n'ait pas été là !
CLOTILDB , encore troublée.
C'est bien vous... vous qui existez encore ?...
SAUVIGNY, d*un air honteux et balbutiant.
le... Je voudrais en vain le nier.
BONNIVBT.
Il est même très-bien portant.
CLOTILDE , d'un ton de reprocke.
Et comment. Monsieur, n*étes-vous pas mort ?...
SAUVIGNY
Je vous en demande bien pardon... Ce n'est pas ma faute.
BONNIVBT.
Oui , tu sauras tout., nous te le conterons en détail, ça t'amusera... car, moi, ce matin, m'a fait bien rire.
SAUVIGNY, d'un air aufpliant.
Monsieur !
BONNIVBT, TiremenU
Vous avez raison... ce n'est pas la ce qui nous amène... n s'agit en ce moment de lui sauver la vie.
GLOTILDË , étoDuée.
Encore !..•
BONNIVET, vivement.
Il y a ici quelqu'un qu'il aime et qu'il va épouser.
CLOTILDE , indignée.
Lui! grand Dieu!
SAUVIGNY, balMint les yeux.
Hélas! oui.
BONMVET.
Ta bonne amie Hortense , madame de Varennes.
CLOTILDE , stupéfaite.
O ciel!... ce prétendu, ce jeune homme du Havre dont elle me parlait ce matin ?
G*estiui.
CLOTILDE
Cet amant à qui elle ne reprochait qu'un excès de passion?
BONNIVET
G*estlui.
CLOTILDE
Ce cœur qui n'avait jamais aimé qu'elle , et qui devait l'aimer toujours ?
BONNIVET
C'est lui.
CLOTILDE
Quelle horreur!.., elle saura tout., elle connaîtra la vérité !
BONNIVET
Voilà justement ce qu'il ne faut pas faire.
SAUVIGNY
Oui, Madame, je vous en conjure...
BONNIVET
Nous te prions en grâce de garder le silence.
CLOTILDE
Je laisserais tromper ma meilleure amie !
BONNIVET
Mais il ne la trompe pas... il l'aime réellement, il en perd la raison.
CLOTILDE , en hésitant.
Et l'autre?... et la personne de Bagnères?...
BONNIVET
H ne l'aime plus... il ne l'a jamais aimée... il me l'a dit.
SAUVIGNY , vivement.
Je n'ai pas dit cela!
BONNIVET
A peu près.
SAtVIGNY.
Je vous ai avoué qu'elle méritait toute ma tendresse, et que je l'avais réellement adorée...
BONNIVET
Oui , un jour... une matinée... Il se fait là plus coupable qu'il n'était... Une passipn de jeune homme, un caprice, une plaisanterie...
CLOTILDE
Une plaisanterie !... quand il voulait se tuer!...
SAUVIGNY, vivenaenU
Oui, Madame, j'y étais bien décidé , Je vous le jure , et la seule considération qui m'en ait eflH
péché...
BONNIVET
C'est un déjeuner qu'on lui a offert... des amis et du vin de Champagne qu'il a rencontrés... et une demi-heure après , il n'y pensait plus... U m^a tout raconté.
SAUVIGNY
Monsieur!...
BONNIVET
Et vous avez bien fait, et je vous approuve.
CLOTILDE
C'est une indignité!...
BONNIVET
Du tout... et tu aurais tort de lui en vouloir... C'est tout simple, tout naturel... celui qui jore d'être toujours amoureux est un fou , un insensée qui s'abuse lui-méDic... Est-ce que ça dépend de lui? est-ce qu'il en est le maître?... Autant vaudrait jurer de toujours se bien porter.
CLOTILDE
A la bonne heure... mais menacer de se donner la mort ?
BONNIVET
Laisse -moi donc tranquille... est-ce que ta
crois à ça ?
CLOTILDE, regardant Sauvigny.
Mais. .. jusqu'à présent , j'y croyais.
BONNIVET, rianU
Ma pauvre femme I
Vous riez de moi?...
BONNIVBT.
Sans doute... tout le monde le dit et personne ne le fait... Témoin monsieur , qui était de bonne foi... à plus forte raison , quand ils ne le sont pas, quand ils jouent la comédie.
CLOTILDE , poussant on cri d*indignation.
Ah!...
BONNIVET
Qu'as-tu donc?
CLOTILDE , paasant fc gauche.
Bien.... ( a part. ) Et moi qui tout à llieure , id
même !... (Regardant la porte de la chambre oh Feraand
ft*est enfenné. Haut. ) La préseuce de moDsieoT me rend un grand service, et je le reconnaîtrai, en gardant le silence qu'il me demande.
SAUVIGNY
Est-il possible!...
BONNIVET
Quand je vous disais que c'était la bonté même*..
ÊTRE AIMÉ OU MOURIR
6tô
GLOTILDE , regardant U porte fc gauche.
OoL.. une bonté.. • ( & part, avec dépit) dont on ne se sera pas joué impunément... (Haut.) Mais Hortense, où donc est-elle?
BONNIVET
Nous l^avons laissée faisant des emplettes.
GLOTILDE , qui t'est mise I la table et qui écrit.
Eh bien ! mon ami , il faut tâcher de la rejoindre , et de lui donner ou de lui faire parvenir ce petit mot., (a sauviguy.) Ne craignez rien... je ne veux pas vous trahû*... au contraire. ( a Bonnivet. ) Mais il est nécessaire que ce billet lui soit remis sur-le-champ... ou du moins avant dîner.
BONNIVET
Sois tranquille... Il y a un magasin de nouveautés par lequel elle devait finir ses courses... Je vais y envoyer un des comimissionnaires de Thôtel.
GLOTILDE , lui remettant la lettre quVUe vient de cacheter.
A la bonne heure.
BONNIVET
Et , en attendant son retour , veux-tu que nous fassions une promenade sur les quais?...
CLOTILUE.
Je préfère rester.
Gomme tu voudras... Je reste aussi.
GLOTILDE.
Non , il vaudrait mieux sortir quelques instants, vous promener un peu.
• BONNIVET
C'est juste, avec ma fille... Il fait un soleil superbe... et cette pauvre petite Ninie qui n*a pas pris Vm d'aujourd'hui...
SAUVIGNY , & part.
Ah ! mon Dieul elle veut l'éloigner... Serait-ce pourFernand?...
BONNIVET
Venez-vous , mon jeune ami ?.. .
SAT3VIGNY, à paru
Ah! l'honnête homme !... Et comment le prévenir?... (Haut.) Non, non; j'ai des lettres à écrire, et je reste... («part) pour veiller sur lui.
(u entre, sans être vu, dans le cabinet à droite. ) BONNIVET.
Adieu, femme.
GLOTILDE , l'embrassant.
Adieu, mon ami.
BONNIVET
Cest gentil... Il y a longtemps que tu ne m'as embrassé ainsi.
(il son par le fond.)
GLOTILDE, FERNAND.
GLOTILDE, après avoir fermé la porte du fond, allant à la porte à gauche.
Vous pouvez sortir... tout le monde est parti.
(Elle prend une chaise et son ouvrage, et s'assied au milieu du théâtre.
FERNAND
Ah ! Madame, qu'elles m'ont paru longues, ces minutes d'attente!... Mon cœur battait avec tant de violence , que je sentais s'épuiser en moi les sources de la vie... et dans ce moment encore, je me soutiens à peine.
GLOTILDE, froidemenU
Eh bien... il faut vous asseoir.
FEHNAND , avec chaleur.
M'asseoirl... quand je suis près de vous!.., quand je vous contemple avec ivresse !.. .
GLOTILDE, s*occupant de son ouvrage.
Je vois que les forces vous reviennent.
FERNAND
Elles me reviennent pour souffrir... pour souffrir plus que jamais.
GLOTILDE , faisant de la tapisserie.
Cela serait fâcheux... car enfin, après tout ce que nous avons fait, vous et moi... s'il n'y avait pas de mieux, il faudrait y renoncer.
FERNAND, étonné.
Que voulez-vous dh*e?...
GLOTILDE.
Que par intérêt pour votre sœur, qui est ma meilleure amie... j'ai voulu sauver son frère.
FERNAND
Quoi î ce n'était pas pour moi ?
GLOTILDE.
En aucune façon... Je ne vous connaissais pas... Mais dès qu'il s'agit de la vie de quelqu'un... vous, ou tout autre... qu'importe la personne? C'est une question d'humanité.
FERNAND
Quoi ! nulle affection , nulle tendresse?... Ah ! ce n'est pas possible... Et cette tranquillité, ce sang-froid... quand vous voyez auprès de vous le plus malheureux des hommes !... (a part.) Allons, c'est une scène à recommencer... Ce que c'est aussi que d'être interrompu au meilleur moment. (Hauu) Oui, Madame, vous daignerez m'écouter... Vos yeux ne resteront pas éternellement attachés sur votre ouvrage , sur cette tapisserie qui me désespère ; vous jetterez sur moi un regard de pitié... ou ces paroles que vous entendez seront les dernières de moi qui frapperont vos oreilles... et cette croisée, qui donne sur le lleuve... cette croisée élevée!... (il fait quelques
pas vers le balcon, Glotilde reste assise et sans remuer. A
paru) Eh bien! eDe reste tranquille ?••• (Haat.) Cette croisée, d*où je vais me précipiter !••• ( a
part.) Elle ne ne retient pas ?••• (Haut et revenant
TîTement.) Non, cc n'cst pas loin de yoqs... c^est 80!» Tos yeux , c*est à tos pieds qne Je yeux Jeter une existence que tous dédaignez.
CLOTILDB V froidement*
Ten serais désolée ; mais Je ne peux pas tous en empêcher.
FBBNAND.
Ah I TOUS parlez ainsi , cruelle , parce qne tous saTez bien que mon bras est désarmé « et que Je n*ai d*autre aide que mon désespoir.... Mais si Je pouTais trouTer une arme !...
CLOTILDB.
Ifest-ce que cela, Monsieur? (Détachant froUUme&t
la daf qui ert fc aa ceinture.) Teuez..* FBBNAND.
Qu'est-ce que c'est?
CLOTILDB, at lerant.
OuTrez ce secrétaire... (Toyaat qii*u bMie.) On- Trez... TOUS trourerez là une botte.
FBRlf AND, I part.
Ah! mon Dieu! (Haut.) Où donc?
CLOTILDB.
Sou^TOtremain.
FBBff AND, prenant la botte.
Ah!... ces pistolets...
CLOTILDB.
Us sont à TOUS.
FEENAND, atnpéfaiu 0 Ctell... (fiant, ourrant la botta, prenant nn pistolet et jouant le dé^ipoir.) VoUS le TOUlCZ douC !... VoUS
teToulezi...
CLOTILDB, froidemenu
Puisque n'y a pas d'autre moyen de tous guérir... C'est pour tous... cela tous regarde.
FBHNAND.
Dites plutôt que c'est pour Tous-même, qui êtes trop heureuse de tous déllTrer ainsi d'un amour qui TOUS est odieux , qui tous importune, qui tous gène peut-être... Car J'ai un riTaL.. J'en ai on» J'en suis sûr.
CLOTILDB.
Raison de plus pour...
FBBNAND.
Ah ! c'est trop fort !••• (Édatinu) Eh bien ! non, Madame, Je ne me tuerai pas 1.*^ Je tous rendrais trop contente, trop Joyeuse... Voua osa rire encore !.<* dans un pareil instant 1.4.
CLOTILDB, rianU
Oui, Traimem... ADez donc. Monsieur, altez donc... Je n'attendais que ce moment-là pour vous adorer.