‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 717 sur 756 · SCÈNE tl · texte numérisé non relu

SCÈNE tl

BOLINGBROKE; MASHAM, endormi.

BOLINGBROEE.

O chances de la guerre et destinée des rois conquérants 1 l'ambassadeur de Louis XIV ne peavoir obtenir dans le palais Saint-James une audience de la reine Anne !.». et, pour hd fiedre parvenir une note diplomatique, employer autant d'adresse et de mystère que s'il s'agissait d'une galante mi«ive.». Pauvre marquis de Torqr... si sa négociation ne réussit pas... il en mourra I... tant il aime son vieux souverain... qui se iatie encore d'une paix honorable et gloiieuse^.. La vieiHease est l'âge des mécomptes...

MASHAM, dornudil.

Ah 1 qu'elle est belle!

BOLINGBROKE

Et la jeunesse.** llige des illusions... Voilà un Jeune officier à qui le bien vient en dormant!

OEUVRES GOMFLJËTES DE SCRIBE

MASHAII , da même.

Oui, Je faime... Je f aimerai toujours 1

BOUNGBEO&B.

U rêve , le pauvre Jeune homme ! Eh 1 mais c^est le petit M asham , et Je me trouve id en pays de connaissance...

IIASHAMf dormant toajoon.

Quel bonheur !••• quelle brillante fortune 1»t. c'est trop pour moi 1

BOLINGBRO&E , loi frappant «or répaule.

En ce cas, mon cher, partageons!

M ASHAM , at levant et se frottant le» jeux.

Hehi!... qu'est-ce que c^est.. monsieur de Saint- Jean qui m*éveille 1

BOLINGBBOKB, rianU

Et qui VOUS ruine !...

IIASHAII.

Vous, à qui je dois tout!... Pauvre écolier pauvre gentilhomme de province, perdu dans la ville de Londres, Je voulais, il y a deux ans , me Jeter dans la Tamise, faute de vingt-cinq guinées , et vous m*en avez donné deux cents que Je vous dois toujours!...

BOLINGBROK.E.

Pardieu, mon cher. Je voudrais bien être à vo« tre place, et Je changerais volontiers avec vous...

UASHAM.

Pourquoi cela?

BOLINGBROK.B.

Parce que J*en dois cent fois davantage.

IIASHAII.

0 del ! vous êtes malheureux 1

BOUNGBROKB.

Kon pas!... Je suis ruiné, voilà tout!... mais Jamais Je n*ai été plus dispos , plus Joyeux et plus libre... Pendant cinq années les plus longues de ma vie, riche et ennuyé de phiisUv, J*ai mangé mon patrimoine... Il fallait bien s'occuper... A vingt-six ans... tout était fini !•••

IIASHAII.

Est-il possible?

BOLINGBBOKB.

Je n'ai pas pu aller plus vite I... Pour rétaUbr mes affaires, on m'avait marié à une femme charmante... Impossible de vivre avec elle... un million de dot... autant de défauts et de caprices... J'ai rendu la dot... j'y gagne encore 1... Ma femme brillait à la cour, elle était du parti des M arlborough, elle était whig... vous comprenez que Je devais être tory ; Je me suis Jeté^dans l'opposition ; Je lui dois cela I... Je lui dois mon bonheur! car, depuis ce jour, mon instinct et ma vocation se sont révélés ! c'était là l'aliment qu'il fallait à mon âme ardente et inactive! Dans nos tourmentes politiques , dans nos oragesde tribune , Je respire , Je sois à l'aise, et comme le matelot anglais sur

la mer. Je suis chez moi, dans mon élément, dans mon empire.. . Le bonheur, c'est le mouvement!... le malheur, c'est le repos !... Vingt fois, dans ma Jeunesse inoccupée , et surtout dans nui J'avais eu comme vous Pidée de me tuer.

UASHAM.

Est-il posnble?

BOLINGBBOKB.

Oui... les Jours où il faUait conduire nu au bal !... Mais maintenant Je tiens à rester ! je seraisdésolé départir !... Je n'enaipas letemps... Je n'ai pas un moment à moi... membre de la chambre des communes et grand seigneur journaliste... Je parie le matin, et j'écris le soir... En vain le ministère whig nous accable de ses triomphes , en vain il domine en ce moment r Angleterre et l'Europe... seul avec quelques amis , Je soutiens la lutte, et les vaincus ont souvent troublé le sommeil des vainqueurs... Lord Marlborough.àfai tête de son armée , tremble devant on discours de Henri de Saint- Jean , ou un article de notre journal VEœaminateur. Il a pour lui le prince Eugène, la Hollande et cinq cent mille hommes... J'ai pour moi Swift, Prier et Atterbury... A lui répée, à nous la presse ! nous verrons on Jour à qui la victoire... L'illustre et avare maréchal ve«t la guerre qui épuise le trésor et qui r^nplit le sien... moi, Je veux la paix et l'industrie, qui, mieux que les conquêtes , doivent assurer la prospérité de l'Angleterre. Voilà ce qu'il s'agit de Cure comprendre à la reine, au parlement et au pays.

UASHAM.

Ce n'est pas facile.

BOLINGBBOKB.

Non... car la force brut^e et matéridk, les succès emportés à coups de canon étoordinent tellement le vulgaire, qu'il ne lui vient jamais à l'idée qu'un général vainqueur puisse être un sot, un tyran ou un fripon... et lord Mariborough en est un ! Je le prouveraL.. Je le montrerai glissant furtivement sa main victorieuse dans les coffires de l'État.

MASHAM.

Ah! vous ne direz pas cela...

BOLINGBBOKB.

Je l'ai écrit.. Je l'ai signé... l'article est Ik.. il paraîtra aujourd'hui... Je le répéterai demain, après-demain... tous les Jours... et il y a une v<hx qui finit toi^ours par se faire entendre, une voix qui parle encore plus haut que les clairons et les tambours... celle de la vérité !... Mais pardon... Je me croyais au parlement , et Je vous fais subir un cours de politique, à vous, mon Jeune ami, qui avez bien d'autres rêves en tête».» des rêves de fortune et d'amour.

LE VERRE D'EAU

UkSBLM.

Qni TOUS Ta dit?

BOLINGBROKE

Vous-même !.. Je vous crois très-discret quand vous êtes éveillé , mais Je vous préviens qu'en dormant vous ne Têtes pas.

BOLINGBROKE

Je vous ai entendu vous féliciter en rêve de votre bonheur, de votre fortune, et vous pouvez me nommer sans crainte la grande dame à qui vous la devez.

MASHAM.

Moi?

BOLINGBROKE

A moins que ce ne soit la mienne !.. auquel cas je ne vous demande rien !.. Je comprendrai...

MASHAM.

Vous êtes dans Terreur ! Je ne connais pas de grande damel H est quelqu'un. J'en conviens, qui , sans se foire connaître , m'a servi de protecteur... un ami de mon père... vous peut-être?...

BOLINGBROKE

Non vraiment..

MASHAM.

Vous êtes le seul cependant que Je puisse soupçonner. Orphelin et sans fortune, mais fils d*un brave gentilhomme tué sur le champ de bataille. J'avais en l'idée de demander une place dans la maison de la reine : la difficulté était d'arriver à sa majesté, de lui présenter ma pétition; et un Jour d'ouverture du parlement. Je me lançai intrépidement dans la foule qui entourait sa voiture; J'y touchais presque lorsqu'un grand monsieur, heurté par moi , se retourne et, croyant avoir affaire à un écolier , me donne sur le nez une chiquenaude.

BOLINGBROKE

Pas possible!

MASHAM.

Oui, Monsieur... Je vois encore son air insolent et ricaneur... Je le vois. Je le reconnaltrab entre mille, et si Jamais Je le rencontre... Mais dans ce moment la foule, en nous séparant, m'avait Jeté contre la voiture de la reine, à qui Je remis ma pétition... elle resta quinze Jours sans réponse. Enfin Je reçois une lettre d'andience de sa majesté!... Vous Jugez si Je me hâtai de me rendre au palais , paré de mon mieux , et à pied, pour de bonnes raisons... J'étais près d'arriver, lorsqu'à deux pas de Samt-James, et vis-à-vis d'un balcon où se tenaient de belles dames de la cour, un équipage qui allait plus vite que moi m'éclabousse de la tête aux pieds, moi et mon pourpoint de satin , le seul dont Je fusse propriétaire... et pour

comble de fatalité. J'aperçois à la portière de la voiture... ce même individu, l'homme à la chiquenaude... qui riait encore... Ah! dans ma ragef Je m'élançai vers lui, mais l'équipage avait disparu, et furieux, désespéré. Je rentrai à mon modeste hôtel , ayant manqué mon audience.

BOLINGBROKE

Et votre fortune!

MASHAM.

Au contraire ! Je reçus le lendemain, d'une personne inconnue, un riche habit de cour, et, quelques Jours après , la place que Je demandais dans la maison de la reine. J'y étais à peine depuis trois mois, que J'avais reçu ce que Je désirais le plus au mottde , un brevet d'enseigne dans le régiment des gardes.

BOLINOBROKB.

En vérité! El vous n'avez aucun soupçon sur ce protecteur mystérieux.

MASHAM.

Aucun!... il m'assure de sa constante faveur, si Je continue à m'en rendre digne... Je ne demande pas mieux... ce qui me parait seulement gênant et ennuyeux... c'est qu'il me défend de me marier...

BOLUfGBBOKB.

Ah! bah!

MASHAM.

Craignant sans doute que cela ne nuise à mon avancement

BOLINGBROKE , riant.

C'est là la seule idée que cette défense ait fait naître en vous?

MASHAM.

Oui «sans doute.

BOLINGBROKE » de mêmt.

Eh bien! mon cher ami, pour un ancien page de la reine et pour un nouvel officier dans les gardes , vous êtes d'une innocence biblique...

MASHAM.

Comment cela?

BOLINGBROKE, de même.

C'est que ce protecteur inconnu est une protectrice...

MASHAM.

QueUeidée!

BOLINGBROKE

Quelque grande dame, qui vous porte intérêt..,

MASHAM.

Non, Monsieur... non, cela n'est pas possible I

BOLINGBROKE

Qu'y aurait-il d'étonnant?... La reine Anne, notre charmante souveraine, est une personne fort respectable, et fort sage, qui s'ennuie royalement.. Je veux dire autant que possible !... mais à sa cour, on s'amuse beaucoup !... toutes nos

lad^s ont de petits protégés, de jeunes officiers fort aimables, qni , sans quitter le palais de Saint- James, arrivent à de& grades sapérienrs.

IIASHABI*

Monsieorl...

BOLIlfGBBOKB.

Fortone d'autant plus flatteuse qu'elle n*est due qu'au mérite personnel.

MASHAU*

Ah 1 c'est une indignité... et si je savais.. .

BOLINOBBORE^ allant •*aMeotr prêt de la Uble à gaucho.

Après cela... je peux me tromper, et si réellement c'est quelque grand seigneur ami de votre Sre... laissez venir les événements... laissez^veos re ! Ah ! si on vous ordonnait de vous marier... Je ne dis pas... mais on vous le défend... il est dair que ce n'est pas un ennemi... au contraire... et hâ obéir n'est pas si difficile...

MASHAM, debout près du fauteuil oè art aub Bolingbroke.

Mais si vraiment., quand qb aime quelqu'oB... quand on est aimé—

BOtlNeBBORE,

J'y suis!... Follet de vos rêves! la personne k qui vous pensiez tout à l'heure en dormiAt?

MASBAII.

Oui , Monsieur... la plus aimable, la plus ji^lie fille de Londres, qui n'a rien... ni moi non plus... et e^t pour elle que je déaire lea honneurs ei la richesse... j'attends, pour l'épouser , que j'aie ftà\ fortune.

Vous n'êtes pas encore très-avancéf fit elle de son côté?

MASHAM.

Bien moins encore I... orpl^eHne comme moi, demoiselle de boutique daps la Gt^, çhe* ^n riche Jq^dlUer,*. ipattre Towwood..^

BOMI«aBEQ|L««

Ah! mon Dieu!

MASHAM.

Qui vient de faire l)anqueroute.t^ elle se trouve sftos plftçe et saqs re^urce.

BOLINGBEOKE ^ ae leraaU

C'est la petite AbigaH.,

MASHAM.

Vous la connaissez?

BOtlNGBBOl^E.

Parbleu , du vivant de ma femme.. • je veux dire quand elle vivait pr^ de moi... j'étais nn abopné assidu des magashis de Tomwood... ma femme aimait l)eaucoup les diamant^ , et moi , la bijoutière... Vous aviez raison, Masham, une fille charmante, naïve, gracieuse, spirituelle...

MASHAM.

Eh I mais, à la manière dont vous en parlez... est-ce que vous en auriez été amoureux?...

BOLmCBBOKK*

Pendant huit jours ! et peut-être plus ! ai je n*^ vais pas vu que je perdais mon tenpps... et je n>B ai pas à perdre... maintenant surtouL.. Mais j'ai gardé à cette jeune fille... une amitié véritable, et voici la première fois que j'éprouve on regr^.* non d'avoir perdu ma fortune, mais de l'avoir â mal employée... je serais venu à vott-e aide... je vous aurais mariés... Mais pour le présent, des dettes, des créanciers qui sortent de dessoiB terre... et pour l'avenir pas même l'espérance... les biens de ma famille reviennent tous à Richard Bolingbroke, mon cousin, qui n'a pas envie de me les laisser... car, par malheur, il est jeune, et, comme tous les sots, il se porte à oierveille... Mais nous pourrions peut-être à la çoor.,, chercher pour Âbig^iUM*

MASHAM.

C'est ce que Je di^ai^*- une pl^içe de demoiselle de comps^ie, près de quelque grande daiqe qftj ne 3oit ni impérieuse, ni bautainett*

BOLINGPROKB, aecouant \à ^tef

Ce n'est pas aisé \ trouver.

MASHAM.

J'avais pensé à la vieille dpchesse de Morthumiierl^d • qqi f dit-on , cherche une lectrice.

BOLINGSaO^p.

Cçla vaut nû^ux.,, elle n'est qu'ennuyeuse è périr,

MASpAM.

^t j*avai$ conseillé h Abigall de se présenter che^ elle ce piatin ; mais Hdée sevie de venir aa palais de la rei^e la reqdait toqte trep^lagie^

BOWNfiBROI^

N'importe— l'esppir de YPps j tropvert elle y viendra^-t et teQei;*f tene^,. loonsieur IVilQcier des gardes, que vous disais-je?... la voicif

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