‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 718 sur 756 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

BOLmQBliOKC» ABIGAIL, VA$HA1|« abiuaIl.

M, de 9aint-Jean ! (SUeae Mtoome f«n M^kam, à

qui elle tend la main.)

BQLINGBROKE.

Lui-même, ma chère enfant; et fl flmt que vous sovez née sou^ une heureuse étoile!... la première rois que vous vçnez à la oour, y trouver deux apiis I... rencontre bien rare en ce pays!...

ABIGAIl, gaiement,

Oui, VOUS avez raison , j'ai du bonheur !... sip'tout aujourd'hui...

MASHAM.

Vous voilà donc décidée à vous présenter diet la dudiesse de NorthumberiandP

LE VERRE D'EAU

Vous ne savez p9$ I J*ai appris qac la place était doQuée,,.

M4904¥f Et TOUS êtes si Joyeuse?

ABIGÀÏIf»

Çe^ qaej'en ai ope autre !««. plw agréable» je crpiStM et qœ Je dois-M

IfASHAM.

Aquidonc?

ABIGAÎL.

Au hasard.

BOLIIfGBBOU.

Gela vaut nuenx !.., c'est le plus commode et le moins exigeant des protecteurs.

ABIOilL.

Imaginec-YQua que parmi les belles dames qui fréquentaient les magasina de M. Tomwood, il y en avait une fort aimable» fort gracieuse t qui s'adressait toujours à moii pour acheter... or, en achetapt de9 diamants... on cause»

BOLINGBaOUE.

Et mte AbigaQ canse tr^-bieoiM

ABIGiÏL.

q me semblait que cette dame n'était pas trèslieureuse ^ans son mépage,.» qu'elle était esclave 4ans son intérieur,«car ^e me répétait spuvent avec un soupir... Ah 1 ma petite AbigaU , que vous êtes heureuse icil vous faites ce que vous vouteiu»»Sioiipetitdirece]a«». moiqQi,enqbaltnée à ce comptoir, ne pouvais le quitter... et ue voyais M, Masham qoe ledimapcbe après la messe quand il n'était pas deservi<^ à la cour... Enfin, un jour... il y a près d'un mois» la belle dame eut la fantaisie d'une toute petite bonbonnière en or, d'un travail exqma.,. proMpie rleq.,» trente gpinées !... Mais elle avaiK oublié sa bourse... et Je dis : On enverra ce bijou à l'bôtel de milady— Mais milady, que cela semblait embarrasser, hésitait à nommer son hôtel , sans dOQte à cause de son mari... à qui elle ne TPUlait pas dire... il y a des grandes dames qui ne disent pas h lenrmarLet Jern^oriai : Gardez, gardez, milady, Je prends tout (fur moi. — Vops daignez donc être ma caution? répondit-elle % avec un sourire charmant..* C'est bien , je reviendrai !... — Mais pas dn tQnt« c^est qu'elle ne revint pas.^^

BOLINGBBOK.Bt riuiU

La grande dame était qne friponne.

ABIGAil,.

J'en eus bien peur,,, car un mois s*était écoulé... M. Tomwood était bien mal dans ses allures, et les trente guinées dont j'avais répondu, je les devais à lui... ou à ses créanciers... C'était là ce qui me désolait « et dont pour rien an monde je n'aurais osé parler k personne... mais J'étais

décidée à vendre tout ce que je possédais.»» mes plus belles robes , même celle-ci qui me va bien , à ce qu'on dit*

BOUNQBaOl^.

Très-bien.

MASHAM.

Et qui VOUS rend encore pins joliet si c*est possible.

abigaIu

Voili pourquoi j'avais tant de peine i me dédder... Enfin j'étais résolue... lorsque hier au soir, une voiture s'arrête i la porte , une dame en descend, c'était milady,.. « Bien des aQairestrop longues k m'expliquer l'avaient retenue... et puis elle ne pouvait sortir de chez elle à sa volonté.,, et elle tenait cependant à venir elle^mémes'acquiu ter.,. « Tout en parlant elle avait remarqué que j'avais encore des larmes dans les yeux , quoique je me fusse hâtée de les essuyer à son arrivée. Il fallut bien alors lui raconter et ma détresse, et ma po* sition» et l'embarras où je me trouvais... elle avait tant de bonté,,, et moi tant de chagrin I,.. Enfin « je loi parlai de tout, excepté de M. Masham... et quand elle sut que je voulais, ce matin, me présenter chez la duchesse de Norlhumberland.,. c'est elle qui me dit : a N'y allez pas, vous seriez trop malheureuse*»» d'ailleurs la place est donnée... Mais moi • mon enfant , je tiens dans le monde et à la cour une maison assez considérable... 01^ , par malheur, je ne suis pas toujours la maltresse»., nimporte. Je tous y offre une place... voulez-vous l'accepter?... » Et je me jetai dans ses bras en ini disant : « Disposez de moi et dema vie.., je ne vous quitterai plus, je partagerai vos peines et vos chagrins... — C'est bien , me dit-elle avec émotion ) présentei-vous demain au palais» et demandez la dame dont je vous donne le nom» -^ Elle écrivit alors sur le comptob* deui mots que j'ai pris, que j'ai là... et me voici»

MASHAM,

(ren trèi-mngulier»tf

BOLIIIGBIOKB.

Bt cepapier , peuf4»n le voir 9

ABIUAIl , le loi donatnt.

Certafaiement I...

BOLINOBROKE, souriant.

Ah ! ah ! rien qu'à sa bonté, Je l'aurais devinée. (A Abi^au.) Ce mot a été écrit devant vous, par votre nouvelle protectrice ?...

abigaIl.

Oui vraiment»» Est-ce que, par hasard i vous connaîtriez cette écriture?

BOtlNGUfiOKB , froidement.

Oui , mon enfant.. • c'est celle de la reine.

ABIGAIL 9 née joie*

La reine 1... est-il possible?

Il ASHAM , de même.

La reioe vous donne nne place auprès cTeDe... et sa protection !••• et son amitié 1,.. voilà votre fortone assurée à jamais !

B0LINGBR0K.E , pa«ant entra eu deux.

Attendez, mes amis« attendez... ne vous réjouissez pas trop d'avance !

abigaIl.

G^est la reine qui Ta dit, et une reine est maîtresse chez elle I

BOLnfGBROKB.

Pas celle-là... Douce et bonne par caractère , mais faible et indécise, n'osant prendre un parti sans prendre Tavis de ceux qui Tentourent, elle devait nécessairement se laisser subjuguer par ses conseillers et ses favoris , et il s'est trouvé près d'elle une femme à l'esprit ferme, résolu et audacieux, au coup d'œil juste et prompt, qui vise toujours droit et haut!... c'est lady Churchill, duchesse de Marlborough, plus grand général que son mari lui-même, plus adroite qu'il n'est vaillant, plus ambitieuse qu'il n'est avare, plus reine enfin que sa souveraine, qu'elle conduit et dirige par la main... la main qui tient le sceptre.

abigaIl.

La reine aime donc beaucoup cette duchesse?

BOLIIfGBROKE.

Elle kl déteste!... en l'appelant sa meilleure amie I... et sa meilleure amie le lui rend bien 1 abigaIl.

Et pourquoi ne pas rompre avec elle ?... pourquoi ne pas se soustraire à une domination insupportable?

BOLIIIGBROKB.

Gela , mon enfant , est plus difficile à vous expliquer*.. Dans notre pays... en Angleterre. Masham vous le dira, ce n'est pas la reine , c'est la majorité qui règne ; et le parti whig, dont Marlborough est le chef, a non-seulement pour lui l'armée, mais le pariement!...La majorité leur est acquise; et la reine Anne , dont on vante le règne glorieux , est forcée de subir des ministres qui lai déplaisent, une favorite qui la tyrannise et des amis qui ne l'aiment pas. Bien plus... ses intérêts de cœur, ses désirs les plus chers l'obligent presque à faire ki cour à l'altière duchesse, car son frère, le dernier des Stuarts, que lanation a banni , ne peut être rappelé en Angleterre que par un bill du pariement, et ce bill , c'est encore la majorité , c'est le, parti Marlborough qui peut seul Tappuyer et le faire réussir... La duchesse Ta promis... aussi tout cède à son influence. Surintendante de la reine, elle ordonne, règle,

dédde, nomme à tous les emplois, et on ^oix fait sans son aveu excitera sa défiance, sa jalousie, son refus peut-être. Voilà pourquoi, m» amis , la reine me parait aujourd'hui bien hardie, et hi nomination d'Abigall bien douteuse e&core!

abigaTu Ah! a'il en est ainsi... si cela dépend senlenent de la duchesse , rassurez-vous... j'ai quelque espoir!

If ASHAM.

Et lequel?

abigaIl.

Je suis un peu sa parente.

bolingbrokb.

Vous, AbigaIl?

abigaIl.

Eh! oui vraiment., par mésalUanoe ! mcoisin à elle, un GhurchiD, s'était brouillé avec sa noble fiimille en épousant ma mère!

MASHAlf.

Est-il possible?... parente de hi dudie»e. abigaIl.

Parente bien éloignée... et jamais je ne m'étais présentée devant elle, parce qu'elle avait refîné autrefois de recevoir et de reconnaître ma mère... Mais moL.. pauvre fille... qui ne lui demanderai rien , que de ne pas me nuire... que de ne pas s'opposer aux bontés de la reine.

BOLIIIGBROKJI.

Ge n'est pas une raison... vous ne la coamtoa pas... Mais cette fois du moins je puis vous servir, et je le fend... dussé-je m'attirer sa hahie ! abigaIl.

Ah! que de bontés!

MASHAV.

Gomment les reconnaître jamais?

boungbrokb.

Par votre amitié*

abigaIl.

G'est bien peu !

BOLIIIGBROKB.

G'est beaucoup!... pour moi homme d'élar... qui n'y crois guère... (vivement.) Je crois à fai

vôtre et j'y compte!... (Lear prenant U maÎQ.)

Entre nous désormais... alliance offensive et défensive!

abigaIl, toimant.

Alliance redoutable!

boliiigbrorb.

Plus que vous ne croyez peut-être , et grâce au del , la journée sera bonne ! deux succès à emporter !... la place d'Abigall... et une autre aflUre qui me tient au cœur... j'en attends et j'en cherche les moyens... Ah! si Abigaîl était nommée! si elle était reçue parmi les femmes de sa majesté ,

LE YERRE D'EAU.

tons mes messages parviendraient en dépit de la ducliesse»

MASHAM , TiTemonU

N'est-ce que cela?... je puis tous rendre ce service.

BOLINOBBOKE.

Est-il possible!

MASHAM.

Tons les matins à dix heures, et les voici bientôt. Je porte à Sa Majesté, pendant son déjeuner,

( prenant le journal for la uble à droite) la Gazette du

monde élégant et des gens à la mode, qu'elle parcourt en prenant son thé ; elle regarde les gravures, et parfois me dit de lui lire les articles de bals et de raouts.

BOLINGBBORE.

A merveille !... quel bonheur que la royauté lise le journal des modes... c'est le seul qu*on

lui permette. .. (GlmaDt une lettre sous la coorerture

du journal.) La lettre du marquis au milieu des vertugadins et des Dalbalas. Et pendant que

nous y sommes.. • (Tirant un journal de ta poche.)

abigaIl.

Que faites-vous?

boungbbokb.

Un numéro du journal r Examinateur que je glisse sous la couverture. Sa Majesté verra comment Ton traite le duc et la duchesse de Marlborough... elle et toute sa cour en seront indignées... mais ça lui donnera quelques instants de plaisir... et elle en a si peu I... Voilà dix heures, allez, Masham... allez 1

MASHAM , sortant par la porte à droite.

Comptez sur moi!

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