‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 749 sur 756 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

BOLINGBROKE ; ABIGAIL, lortant pt 1« porte du fond I droite.

ABIGAÎL.

Ah! Milord! vous voilà 1

BOLINQBROKE.

Oui... je m'occupais du ministère.

ABIGAÏL

Lequel?

BOLINOBUORe.

Le mien... quand j'y serai... ce qui ne tardera pas.

ABIGAÏL

Au contraire !... nous en sommes plus loin que jamais!

BOLINGBROKE

Que me dites-vous?

Laissez-moi me rappeler... D'abord, pendant que j'étais dans le boudoir de la reine... à travailler avec elle et à parler de Masham... (vivement ) qui ne risque rien... n'est-ce pas ?

BOLINGBROKJB.

Prisonnier sur parole, chez moi, dans le plus bel appartement de l'hôtel.

ABIGAÏL

Et pour la suite...

BOLINGBROKE

Rien à craindre , si nous l'emportons...

ABIGAÏL , naïvement.

"Tlh ! vous me faites trembler !

BOLINGBBOKB, fitemâot.

Et moi aussi !... Achevez donc!

ABIGAÏL

Eh bien ! sont arrivés chez la retne... milidy... milady... une grande dame qui est dévote...

BOLINGBROKE

Lftdy Abercrofflbie?

ABIGAÏL

C'est cela... avec lord Devonshire ex Walpole.

BOLINGBROKB.

Des amis de la duchesse...

ABIGAÏL

Qui venaient d'eux-mêmes...

BOLINGBROKE

C'est-à-dh^ envoyés par elle.

ABIGAÏL

Annoncer à la reine que la disgrâce de la surintendante produirait les plus flcbeux effets... que le parti wigh était furieux... et qu'à la séance de ce soir le bill pour les Stoarts serait rejeté.

BOLINGBROKE

Et la reine, qu'a-t-elle répondu?

ABIGAÏL

Elle ne répondait rien... incertaine... indécise... cherchant autour d*elleun avis, et de teaps en temps me regardant comme pour savoir le mien.

BOLINdBROKJU

Qu'il fallait donner.

ABIGAÏL

Est-ce que je m'y connais?

BOLINGBROKE

Qu'importe?... demandez à la moitié des conseillers de la couronne!.... Enfin, qn'est-il arrivé?

ABIGAÏL

La reine hésitait encore, lorsque lady Abercrombie lui a parlé à voix basse...

BOLINGBROKE

Qu'a-t-elle pu lui dire ?

ABIGAÏL

Je l'ignore !... J'étais bien près cependant*, et je n'ai rien entendu qu'un nom... celui de lord Evendale... et celui de Masham !... (vtrament.) Oh ! celui-là, j'en suis sûre... Etla reine jusque-là froide et sévère , a dit , d'un air de bonté : ITen parlons plus , qu'elle vienne ! je la reverral.

BOLINGBROKE, aree colère.

La duchesse ! rentrer dans ce pahds dont Je la croyais pour jamais bannie...

ABIGAÏL

Et dans mon trouble , tout ce qui m'est venu à l'idée a été de vous écrire sur-le-champ : Venez! pour vous apprendre ce qui se passait et ce qui a été convenu.

LE VERRE D'EAU

BOUNaBEOU.

Avec qui?

ABlGAlL.

Entre la reine et ces meMieurs , an sujet de cette réconciliation.

BOLINGBROKB , arec impatience.

Eh bien !

abigaIl.

Eh bienl... il a été convenu que la duchesse, qui a donné hier sa démission de surintendante, viendra aujourdliui remettre à la reine sa clef des petits appartements. (Montrant u porte* droite.) Cette clef qui lui permettait d'entrer chez la reine à toute heure, etsansétre vuel...

BOLIffOBROKB , avec impatience.

Je le sais.

ABIGAÎL.

La reine refusera de la reprendre ; la duchesse alors voudra tomber aux pieds de sa majesté , qui la relèvera... et elles s'embrasseront, et le biil passera, et le marquis de Torcy, aujourd'hui même..*

BOLINGBRORE.

0 faiblesse de f(nnme et de reine !... et au moment où nous tenions la victoire.

abigaIl.

Y renoncer à jamais!

BOLINGBBOKE.

l<lon... non, la fortune et moi nous nous connaissons trop bien pour nous quitter ainsi f... je TainaiiB^uéesisouvent qu'elle me le rend parfois... mais elle me revient toujours I... Cette réconciliation... cette entrevue*. • à quel moment?

Dans une demi<heure !

BOLINGBROKB.

Il fautque je parle à la reine !•••

ABlGAÎL.

Elle est renlermée avec les ministres qui viennent d'arriver... C'est pour cela qu'on m'a renvoyée.

BOLINGBROKJS , aa frappant la tète.

Mon Dieu!... mon Dieu, que faire?... U faut pourtant ^e je la voie, que je sache comment s'est tout a coup éteinte cette haine attisée par moi, et qu'à tout prix je rallumerai! Mais pour tout cela une demi-heure!...

abigaIl, loi montrant la porte du fond, à gauche, qui •*ouvre.

Quel bonheur !... c'est la reine !

BOLIIf GBROKE , respiranU

J» savais bien qu'entre la fortune et moi le dernier mot n'était pas dit... Laissez-nous, AbigaIl, laissez-nous... Veillez à l'arrivée de la duchesse , et quand elle paraîtra , venez nous avertir!...

ABlfiAlL.

Oui, Milord !••• Que Dieu le protège !...

(AbigaIl tort parla porte du fond, à droite.)

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