A PALISSOT
Aux rives d'Argenteuil , dans un calme ennemi. Croirai- je, Palissot, qu'à jamais endormi Tu dédaignes la gloire, et que ton âme oublie Ces tems, ces jours heureux où l'aimable Thalie, Du tombeau de Molière appelée à ta voix, Revivait pour la France une seconde fois? Elle-même guidait tes crayons équitables , Autant qu'à la sottise, au vice redoutables; Des Phrynés, des médians, du peuple des rimeurs,, Tu foulais à tes pieds les jalouses clameurs; Et quand, sous les efforts d'une troupe ignorante, Une seconde fois cette Muse expirante Demande tes secours, implore ton appui; Tandis que , prodiguant le scandale et l'ennui , De mille plats farceurs l'impudence effrénée Triomphe chaque jour sur la scène étonnée; Tes armes dans tes mains languissent sans honneur; Et du goût opprimé tu n'es plus le vengeur ! Tu le seras encor: j'espère x^u'en ton âme
EPIÏRE A PALISSOT. 277
Lii gloire encor, ami, va réveiller sa ilainine. Dans les eaux du Léthé viens plonger à jamais Tant de petits auteurs, tant de petits succès. Des traces de Rochon viens purger notre scène; Dubuisson trop long-temps fit braire Melpomène. Naguère ayant prêché contre le célibat.
Qui le croirait? Thalie a regretté Dorât! D'après Plaute qu'il aime, et qu'il ne comprend guère, Fidèle à ses talens, dont la Garonne est fière, L'auteur de VEgoïsnie ^ enfante , nous dit-on , Une pièce, un chef-d'œuvre^ en beau style gascon. Un auteur provençal^, dont la Muse insipide Dégoûtera de l'art célébré par Ovide, Au théâtre, l'objet de ses premiers travaux, Va tout-à-l'heure encor éclipser ses rivaux. Beaumarchais, sur eux tous remportant la victoire, Voit croître à chaque instant ses lauriers et sa gloire: Fortuné Trissotin, croyant qu'on n'eut jamais Les talens, le savoir, l'esprit,. qu'a Beaumarchais;