TRADUCTION LIBRE
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yj DÉESSE, 6 Vénus, mère de nos aïeux,
Unique volupté des mortels et des Dieux!
C'est toi , de l'univers , toi qui régis l'empire :
La matière, à ta voix, et s'anime et respire;
Des hivers par toi seule oubliant les rigueurs,
La terre, tous les ans, couvre son sein de fleurs;
Ta présence adorée écarte les nuages ,
Et fait fuir à grands pas les vents et les orages ;
Neptune désarmé te sourit; et les cieux
Se dorent des rayons qui partent de tes yeux.
Dans la saison des fleurs , et sitôt qu'en nos plaines Ont soufflé des zéphyrs les fertiles haleines, Tout le peuple des airs, plein de vie et d'amour, S'empresse par des chants à fêter ton retour;
DU POËxME DE LUCRÈCE. 407
Le fier taureau , pour suivre une amante chérie , Des fleuves débordés affronte la furie; Tes feux embrasent tout: les plaines, les déserts. Les bois harmonieux, les fleuves et les mers. Tout respire a la fois ta divine tendresse; Tout brûle; et l'univers se repeuple sans cesse.
Ahî puisque la nature est toute sous ta loi, Puisque rien, 6 Vénus, ne peut être sans toi, Puisqu'enfin de toi seule un coup d'œil favorable Dispense l'art de plaire et ce qui rend aimable, Viens ; de tes feux chéris viens consumer mon cœur, Et répands sur ces vers ton charme séducteur ; Sur ces vers, oii, guidé du flambeau d'Epicure, Je tâche de m'ouvrir le sein de la nature. Si l'heureux Memmius te doit tout, c'est pour lui, Déesse, pour lui seul que je chante aujourd'hui.
En tous lieux cependant que Bellone endormie N'élève plus sa voix, des muses ennemie. Tu peux calmer sans doute et la terre et les mers, Si le dieu de la Thrace , esclave dans tes fers , Te laissant désarmer ses regards homicides. Souvent couvre ton sein de ses baisers avides. En ces momens. Déesse, où, l'attrait des plaisirs Te cédant toute entière à ses fougueux désirs. Les transports mutuels de la plus vive flamme
4o8 DÉBUT
A vOvS deux corps unis ne laisseront qu'une âme, De ce ton si puissant que toi seule connais Au nom de tes Romains demande-lui la paix. Pourrions-nous, en des tems où gémit la patrie, Nous livrer sans réserve à la philosophie ? Memmius de son nom doit soutenir l'éclat, Et donner tous ses soins au salut de l'État.
Je veux, 6 Memmius, qu'attentif et docile Tu puisses me prêter une oreille tranquille : Autrement, vains efforts; et mes discours perdus Se verraient dédaignés , faute d'être entendus : Suis-moi donc pas à pas. L'origine des choses. Et l'essence des Dieux, et les premières causes; Par quels soins merveilleux la nature produit; Et comment chaque chose augmente et se détruit : Voilà ce qu'en mes vers je veux, d'une main sûre. Graver pour Memmius et la race future.
Surtout laissons les Dieux, en pleine oisiveté, Savourer à longs traits leur immortalité. Sans douleurs, sans périls, riches de leur richesse, Ont-ils quelque commerce avec notre faiblesse? Songent-ils aux mortels? et nous flatterions-nous D'attirer leurs bienfaits, d'appeler leur courroux?
De mensonge enivrés sous un joug imbécile, Autrefois les humains courbaient un front servlle; J'^t la religion, ce fantôme odieux,