‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 2)Chapitre 135 sur 175 · DU POEME DE LUCRÈCE · texte numérisé non relu

DU POEME DE LUCRÈCE

Cachant iiisolemiiient sa tête dans les cieux.

De son horrible aspect épouvantait la terre :

Un homme, un Grec ^ osa lui déclarer la guerre.

Sur elle, le premier, fixant des yeux mortels,

Les dieux, leur vain renom, leur culte, leurs autels,

De leur foudre impuissant l'éclatante menace :

Tout ne fit qu'irriter sa généreuse audace.

Des mains de la nature il fit tomber les fers ,

Franchit les murs brûlans qui ceignent l'univers,

Au sein de l'infini courut chercher les causes.

L'action , le pouvoir, les limites des choses.

De l'Olympe jaloux par lui victorieux.

Les humains désormais égalèrent les Dieux;

L'erreur s'évanouit; et l'absurde fantôme

Tomba sans se défendre aux pieds de ce grand homme.

Ne va pas t'y tromper toutefois: mon dessein N'est pas, cher Memmius, d'empoisonner ton sein; Et, t'ouvrant les chemins qui conduisent au crime. D'entraîner ta raison en un funeste abîme : Mes leçons n'auront point ces sinistres effets. C'est la Religion qui commet des forfaits : C'est elle qui jadis, aux rivages d'Aulide, Exigea pour victime une vierge timide, Et par qui tous les Grecs , également cruels , Offrirent un sang pur à des Dieux criminels.

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