DU POEME DE LUCRÈCE
Cachant iiisolemiiient sa tête dans les cieux.
De son horrible aspect épouvantait la terre :
Un homme, un Grec ^ osa lui déclarer la guerre.
Sur elle, le premier, fixant des yeux mortels,
Les dieux, leur vain renom, leur culte, leurs autels,
De leur foudre impuissant l'éclatante menace :
Tout ne fit qu'irriter sa généreuse audace.
Des mains de la nature il fit tomber les fers ,
Franchit les murs brûlans qui ceignent l'univers,
Au sein de l'infini courut chercher les causes.
L'action , le pouvoir, les limites des choses.
De l'Olympe jaloux par lui victorieux.
Les humains désormais égalèrent les Dieux;
L'erreur s'évanouit; et l'absurde fantôme
Tomba sans se défendre aux pieds de ce grand homme.
Ne va pas t'y tromper toutefois: mon dessein N'est pas, cher Memmius, d'empoisonner ton sein; Et, t'ouvrant les chemins qui conduisent au crime. D'entraîner ta raison en un funeste abîme : Mes leçons n'auront point ces sinistres effets. C'est la Religion qui commet des forfaits : C'est elle qui jadis, aux rivages d'Aulide, Exigea pour victime une vierge timide, Et par qui tous les Grecs , également cruels , Offrirent un sang pur à des Dieux criminels.