DES GÉORGIQUES
Solem quis dicere i'alsuiu Audeat , etc. ( Chant I. )
IN 'allez pas du soleil négliger les présages : Que de fois il annonce, et les sanglans orages, Et les calamités, et les jours odieux.
Que le sombre avenir cache à nos faibles yeux î
D'un farouche assassin lorsque le bras impie Trancha du grand César la glorieuse vie. L'astre du jour pâlit; et lunivers tremblant Se crut à cette fois plongé dans le néant. De signes menaçans quelle suite effrayante ! Tout dans ces jours cruels nous glaçait d'épouvante; Tout disait nos malheurs: et la terre, et les eaux, Et les cris importuns des sinistres oiseaux. Bientôt avec fureur Etna rompant ses chaînes , Armé de tous ses feux, vint fondre sur nos plaines.
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Le Germain vit les cieux chargés de combattaiis; L'Apennin s'agita par de longs tremblemens; De lamentables voix durant les nuits gémirent; Et de spectres hideux nos forêts se remplirent. Que dis-je? des Romains partageant les douleurs, Dans nos temples sacrés l'airain versa des pleurs. La terre ouvrit son sein; les animaux parlèrent!... Au milieu de leurs cours les fleuves s'arrêtèrent; L'Eridan furieux, couvrant tout de ses eaux, Engloutit les forêts, les plaines, les troupeaux; Le prêtre, consterné, dans le sein des victimes Ne lit que des malheurs , des combats et des crimes; Le Tibre avec effroi roule des flots sanglans; Les loups dans nos cités poussent des hurlemens. Jamais en un ciel pur, en des jours sans orages, La foudre ne causa de plus fréquens ravages; Et jamais la comète, ardente au haut des cieux, N'effraya les humains de regards plus affreux.
Pour la seconde fois les plaines d'Emathie Virent des ennemis ayant même patrie; Deux fois le ciel voulut que ces champs inhumains S'abreuvassent du sang des malheureux Romains.
Loin de ces tems marqués par nos guerres civiles. Un jour, le laboureur, dans ces champs trop fertiles, Courbé sur la charrue, ardent à ses travaux. Entendra se heurter les armes des héros.
DES GEORGIQUES. /^i[\
A ses pieds rouleront les cuirasses immenses,
Et les casques pesans, et les dards, et les lances.
Il se retracera nos barbares aïeux;
Et leurs grands ossemens étonneront ses yeux.
Généreux fils de Mars, toi que Rome révère,
Et que ses citoyens reconnaissent pour père;
Et toi surtout , Vesta , dont les puissans regards
Veillent au Capitole, et gardent nos remparts.
Conservez-nous César, o Dieux de la patrie!
Rome, pour vivre encor, a besoin de sa vie.
Pour laver d'Ilion les parjures sermens.
Notre sang et nos pleurs ont coulé trop long-tems.
Et cependant, hélas! le ciel impitoyable
Semble envier César à notre âge coupable!
Le ciel avec douleur voit ce jeune héros
Méditant chaque jour des triomphes nouveaux.
Dans un tems où la flamme, et le fer, et les crimes,
.\ux barbares humains ont paru légitimes!
Déjà plus d'abondance au milieu des guérets; Le travail ne fait plus germer l'or de Cérès. La guerre a tout détruit : nos plaines délaissées De ronces , de chardons , sont au loin hérissées. A ses champs arraché, le triste laboureur Change sa faux paisible en glaive destructeur. De rivaux, animés d'une égale furie, Le Danube et l'Euphrate inondent l'Italie. Voisins contre voisins, cités contre cités:
/jr4 IMITATION DES GÉORGIQUES.
Tout combat; tout est sourd à la voix des traités.
Ainsi, lorsque, des yeux dévorant la carrière, De généreux coursiers franchissent la barrière , Déjà, pour retenir leur vol impétueux.
Le guide, en s'agitant, roidit son bras nerveux; Et cependant le char, dans sa fougue rebelle, N'écoute plus le frein , ni la voix qui l'appelle.
IMITATION
DtJ