DE L'ENÉIDE
Le bord fuit , les vaisseaux cachent la iner profonde.
L'aurore, abandonnant le lit de son époux, Répandait sur la terre un feu tranquille et doux. Du sommet de ses tours, aussitôt que la reine Voit blanchir par degrés la lumière incertaine, Un calme affreux lui dit que ses ports sont déserts ; Elle voit ses vaisseaux fendant le sein des mers. Meurtrissant son beau sein dans l'accès de sa rage, S'arrachant les cheveux : « L'ingrat fuit et m'outrage! Dit-elle; ô Jupiter! un étranger sans foi Se rit impunément de mon peuple et de moi; Et mes sujets n'ont point brûlé sa flotte impie ! Cartilage entière... Allez, que le Crime s'expie; Que les vaisseaux soient prêts ; que les feux soient lancés. Que dis-je? Où suis-je? Où vont mes désirs insensés? Didon , subis ton sort : tu veux qu'Enée expire ! Il fallait le vouloir quand tu cédais l'empire. Voilà l'hymen , la foi de ce mortel pieux ! De sa ville embrasée il conserva les Dieux! Sous le poids de son père il traversa la flamme! Je n'ai pu de mes mains déchirer cet infâme. Jeter son corps dans l'onde, égorger ses amis^ Ou lui faire un festin des membres de son fils! Mais tenter les combats, la fortune!... sans doute: Qui ne veut que mourir n'a plus rien qu'il redoute. Sur sa flotte , en son camp , j'aurais porté les feux ; Détruit son fils, les siens, lui, moi-même avec eux.