IMITATION DE L'ENÉIDE
Flambeau de l'univers , toi dont l'éclat me blesse ,
Soleil ! et toi , Junon ! témoin de ma faiblesse ;
Toi , pour qui , dans la nuit , des cris mystérieux
Troublent de nos cités les murs silencieux,
Hécate! et vous encor, vengeresses du crime,
Dieux d'Elise mourante ! exaucez la victime !
Si vainqueur , de la mer, il doit toucher le port ,
Si Jupiter le veut, si c'est l'arrêt du sort.
Là, sans cesse attaqué par un peuple implacable.
Mendiant des secours, que du moins le coupable,
Vagabond, loin des bras d'un fils idolâtré.
Soit des Troyens mourans chaque jour entouré;
Que, d'une injuste paix subissant l'infamie.
Quand il croira jouir du trône et de la vie.
Il tombe avant le tems ^ sans gloire et sans tombeau :
Tels sont mes derniers vœux. Vous, peuple encor nouveau!
Voulez-vous honorer les cendres d'une reine?
Exercez contre lui vos enfans à la haine ;
Point de paix : que ma race ait la sienne en horreur ;
Du fond de mon cercueil qu'il me sorte un vengeur;
Qu'il poursuive Ilion par les feux et le glaive;
Qu'aujourd'hui, qu'à jamais, une guerre sans trêve
Arme flot contre flot, cité contre cité,
Et s'éternise enfin dans la postérité! »