ACTE II, SCENE III
NINON
Point de billet?
GERMON
Non.
Il parle, et n'écrit pas. J'ai trouvé sa servante: Jeune brune, aux yeux bleus, fraîche, alerte et fringante. « Monsieur n'est point ici. Bientôt nous reviendrons. « Laissez-moi votre lettre, et nous y répondrons. « — Il faut que la réponse en mes mains soit remise. c( — Faites-nous demander; descendez à l'église: « C'est au chœur, en entrant. — Grand merci; serviteur.» Je descends; j'aperçois, par les grilles du chœur, Un bedeau; je lui dis, d'une voix caressante: « Monsieur, je voudrais voir, pour affaire pressante, « Monsieur l'abbé Brûlard. — Le grand pénitencier ! « On ne l'interrompt pas quand il est à prier. « — Pour un acte pieux. — Vous venez à confesse? « — C'est pour les pauvres. — Soit. Entendez la grand'messe. « — Ecoutez; entre nous, c'est pour ses intérêts. « — Ah! ah! pour de l'argent? — Pour de l'argent. — J'y vais.» A peine le bedeau lui parlait à l'oreille ; Vous n'avez jamais vu complaisance pareille : Notre homme est arivé , son bréviaire à la main , L'œil baissé, marchant vite, et priant en chemin. Il a pris le billet. Quand il s'est mis à lire. Il s'est mordu la lèvre, et m'a fait un peu rire. « Mon enfant, m'a-t-il dit, je ne répondrai pas. ( Mon devoir me retient; j'ai de grands embarras:
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(f Les pauvres et l'église exigent mon service; « Mais j'irai voir madame en sortant de l'office. « Eh bien ! Gourville est mort. Que Dieu lui fasse paix! u II me devait beaucoup. Cher homme! je l'aimais; « Et je veux le servir comme pendant sa vie. « Que de certaines gens madame se défie : « Le notaire Aubertin n'est qu'un original. »
Que dis-tu?
GERMON
Rien. C'est lui. «Janséniste, brutal.
DORLIS.
Pour brutal...
GERMON
« De Gourville il eut la confiance.
« Pauvre ami! Mais Dorlis...
Voyons la différence.
GERMON
« Mais Dorlis est bien pire : un étourneau! »
DORLIS.
Faquin,
GERMON
C'est lui qui parle.
AUBERTIN
Au fond...
« Un fieffé libertin. »