ACTE IV, SCENE I
Je frémis à vos yeux de mou obéissauce.
Le prince m'aime encore , et j'aimai son enfance :
Je voudrais moins d'éclat, sire, et plus de repos»
Du repos ! en est-il au sein des noirs complots ?
Lorsque, dans mon palais, un fils qui me déteste,
Méditant la révolte, aspirant à l'inceste.
Dévore ma couronne et calcule mes jours,
Quand il m'ose avouer ses coupables amours ,
Quand la rébellion n'a rien qui l'épouvante?...
Gomès, avec d'Egmont la Reine était présente?
Oui, sire.
Elle a connu...
GOMÈS
J'ai rempli mon devoir:
Je n'ai pu sur la Reine et n'ai rien dû savoir.
Elle aussi me trahir! à ce point criminelle! Non. Sans doute elle ignore... On parlait devant elle : Elle sait tout. Eh bien! elle a tout combattu; Et l'on n'est point perfide avec tant de vertu. Féria, que partout ma garde soit doublée; Commandez , Médina , si la ville est troublée ; Lerme , qu'Elisabeth se présente à mes yeux , Dès que l'inquisiteur aura quitté ces lieux .-^ Allez; de mes motifs n'instruisez point la Reine.
i5o PHILIPPE IL
Vous, d'Albe, attendez-moi dans la chambre prochaine. Gomès, voyez le prince; il doit compter sur vous. Grands , du secret fatal vous me répondez tous ; Suivez d'Albe, et veillez au salut de l'empire. Approchez, Spinola, vous que le ciel inspire.
( Il reste seul. )
SPINOLA
Quoi! vous avez déjà besoin de notre appui! Vous n'avez pu sans doute oublier qu'aujourd'hui Le pontife de Dieu vous trouvait moins facile.
A la religion je fus toujours docile:
Sous son pouvoir suprême abaissant mon pouvoir,
J'ai défendu ses droits.
SPINOLA
C'était votre devoir.
Vous n'êtes rien sans elle : un roi sage l'honore.
Je l'ai fait respecter; aujourd'hui jô l'implore. Nos communs ennemis ont corrompu mes jours.
SPINOLA
Dieu règne sur les rois: méritez son secours. Je conçois quel motif à ses pieds vous ramène.