‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 3)Chapitre 189 sur 342 · ACTE IV, SCENE IIL 3o · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IIL 3o

jMcme en la détestant, Rome a pris l'habitude. De peur que le sénat ne décide entre nous, Faut-il vous immoler l'honneur de mon époux? Dans cet humble sénat César tient la balance : Je le sais; toutefois dois-je attendre en silence Que d'un vain tribunal les Romains détrompés Revendiquent leurs droits si long-temps usurpés? Je tente avec douleur une sévère épreuve; Mais de Germanicus ne suis-je point la veuve? Ainsi que mes enfans n'ai-je pas tout perdu? Germanicus enfin nous sera-t-il rendu?

Ne prétendait-on pas , en divisant l'armée , Du chef qui la guidait flétrir la renommée ? Il n'est plus ; et Pison fut son persécuteur. Un ami de Séjan se rend accusateur; J'en ai rougi : n'importe : une main ennemie D'un pareil défenseur me gardait l'infamie. Je ne puis que gémir des abus du pouvoir. Vous séparer d'un père , et remplir mon devoir.

CNEIUS.

D'un père! ah! quel que soit le sort qu'on lui prépare, Que l'exil , que la mort, que rien ne m'en sépare. Pour vous, qui, sous l'empire, exigez des Romains L'antique austérité des camps républicains, Savez-vous quels ressorts divisaient en Syrie Les soldats de Tibère et non de la patrie? Pison dirigeait-il ses propres étendards ? Un héros, cher au peuple, et du sang des Césars,

3o4 TIBERE.

Germanicus aimait la liberté romaine:

Jugez si de Tibère il méritait la haine.

Ah! des dissensions que l'on vit éclater

Le vrai motif un jour peut se manifester.

Je forme des soupçons qui vont trop loin peut-être;

Mais, quand tout se dira, craignez de reconnaître

Que mon père, en luttant contre Germanicus,

A rempli de César les ordres absolus.

Page 1