ACTE II, SCENE IL 3/ii
Du meurtre Je Laïus je vous croirai coupable.
Ah! puisqu'il est ainsi, puisqu'il faut révéler Des horreurs qu'à jamais j'aurais voulu celer. Vous-même avez porté les lois qui vous condamnent ; Sortez de ce palais que vos crimes profanent; Fuyez , roi des Tliébains ; terminez nos revers : C'est vous que , sur le mont redoutable aux pervers , A signalé du dieu la voix terrible et sainte; De ces murs désolés vous qui souillez l'enceinte; Vous, qu'au salut de tous il faut sacrifier; Vous, qui du grand Laïus êtes le meurtrier.
CBDIPE.
Moi!
, L E C H OE U R
Grands Dieux î
ŒDIPE
Qu'as-tu dit, prophète sacrilège?
TIRÉSIAS
J'ai dit la vérité; sa force me protège.
A m'accuser ainsi qui t'a donc excité?
TIRÉSIAS
Vous, imprudent, vous-même: en vain j'ai résisté.
OE D I p E.
Réponds; déclare enfin le nom de l'homicide.
TIRÉSIAS
Voulez-vous me tenter, ou me rendre timide?
Mettre un terme à nos maux , voilà mon seul dessein.
Je l'ai dit; de Laïus vous êtes Fassassin.
D'horreur et de courroux tout mon cœur se soulève!
Et que sera-ce encor, malheureux, si j'achève?
OE D I p E.
Qu'importent tes discours? ils ne sont qu'un vain bruit.
TIRÉSIAS
Dans le lit nuptial le crime vous poursuit.
Tremble. Il est des vengeurs de mon pouvoir suprême.
TIRÉSIAS
Apollon plus puissant se vengera lui-même.
OE D I p E.
Ah! Grêon veut régner, et voilà mon forfait.
TIRÉSIAS
Créon ne vous nuit point; vous seul avez tout fait.
Gloire, empire, trésors, science de la vie, Sans donner le bonheur, vous irritez l'envie! Ai-je envahi l'Etat? m'a-t-on vu sans pudeur Par la ruse ou la force assurer ma grandeur? Thèbes m'a fait son roi; ma puissance vient d'elle; Et Gréon, cet ami que j'ai cru si fidèle.