‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 3)Chapitre 212 sur 342 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

OEDIPE, TIRÉSIAS, LE CHOEUR, un enfant.

Aveugle, à qui les Dieux, contre nous irrités,

Ont des temps à venir révélé le mystère,

A qui rien n'est caché, dans les Cieux, sur la terre,

Parlez, Tirésias : vous savez nos malheurs.

Et , vous seul , des Thébains pouvez tarir les pleurs.

Un mal contagieux ravage mon empire :

Delphes a prononcé : pour que ce mal expire ,

Il faut que de Laïus l'assassin criminel

Subisse avec opprobre un exil éternel.

Vous, confident des Dieux, et notre unique asile,

Nommez cet assassin; qu'il parte, qu'il s'exile:

Pour un homme, et surtout pour un homme inspiré,

Secourir les humains est un devoir sacré.

TIRÉSIAS

Hélas!

LE CHOEUR

Faites cesser la publique infortune.

TIRÉSIAS

O vérité céleste, aux mortels importune!

34o OEDIPE-ROI.

Quel tourment de savoir ce qu'on doit ignorer!

A d'injustes regrets pourquoi donc vous livrer?

TIRÉSIAS

Souffrez que je retourne en mon foyer paisible.

Aux maux que nous souffrons restez-vous insensible ?

TIRÉSIAS

Ah! je ne devais point aborder ce séjour.

OE D I p E.

Songez que ces remparts vous ont donné le jour.

TIRÉSIAS

Si vous saviez l'objet de vos vœux téméraires!

Des Tlîébains supplians exaucez les prières.

TIRÉSIAS

Infortunés Thébains, qu'osez-vous souhaiter? Pour guérir tant de maux, faut-il les augmenter?

OE D I p E.

Laisserez-vous périr Thèbes qui vous vit naître?

TIRÉSIAS

Je m'en remets aux Dieux : ils feront tout connaître.

Cessez de prolonger ces importuns débats.

TIRÉSIAS

Vous l'exigez... mais non; je ne parlerai pas.

OKBTPE.

Si je ne puis fléchir ce silence implacable,

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