Le Dépositaire, comédie de société
4. « La tragédie A'OEdipe mourant n'est point une traduction de la <' pièce de Sophocle, mais une pièce sur le même sujet, où j'ai tâché de " rassembler, autant qu'il m'a été possible , toutes les beautés de VOEdipe •< à Colone , et de ne point le déshonorer par une intrigue oiseuse ou mes- « quine. J'ai retranché ce qui m'a semblé ne pouvoir convenir au théâtre « français; mais, dans ce que j'ai ajouté, mon unique dessein a été d'imi- <■ ter la manière dont ces Grecs pensaient , et exprimaient leurs pensées.
SUR M.-J. G H EN 1ER. vu
y Electre de Sophocle. Il se proposait de reproduire ainsi tout (•e qui nous reste de ce tragique grec , qu'il préférait à tous les autres poètes dramatiques de l'antiquité. L'un de ses plus ardens désirs était de voir un joiu' les talens de nos plus grands acteurs et de nos plus habiles musiciens concourir à représenter les poèmes de Sophocle sur le plus vaste de nos théâtres. Selon lui , ces spectacles pouvaient seuls nous donner quelque idée de ceux de la Grèce, nous en dévoiler tous les charmes, nous en faire sentir tout le prix. C'était dans les tragédies grecques qu'il avait puisé de bonne heure le système qui a présidé à toutes ses compositions dramatiques, et qui en a déterminé l'extrême simplicité. Il a toujours pensé que l'intérêt devait naître, non delà complication romanesque des incidens, mais de la nature même du sujet; non de l'incertitude du dénouement , mais du caractère pathétique ou terrible des situations; que l'art consistait à représenter les j)ersonnages , c'est-à-dire à les animer, à exprimer leurs pensées, leurs passions, leurs vertus, leurs vices; qu'en un mol il s'agissait bien moins d'exciter la curiosité du spectateur, et de le tenir en suspens que de l'émouvoir, de le charmer, de l'attendrir. Il ne nous appartient pas dexaminer si ce système est le plus vrai ; il est du moins le plus sévère : mais il se peul que Chénier l'ait quelquefois poussé trop loin. L'expérience la plus hardie et la plus heureuse qu'il en ait faite ,j c'est dans ce cinquième acte de Fénélon , qui intéresse si vivement les spectateurs, quoiqu'il n'ait rien à leur apprendre. En admirant les traits de génie qui éclatent dans les monstrueuses productions de Shakespeare , Chénier ne concevait pas qu'on pût mettre sérieusement en parallèle avec le théâtre classique des Grecs et
•< Aucune nation ne les a égalés dans le style noble et simple, qui n'est " point le style prosaïque, mais bien le style de la plus belle poésie, puis- « qu'il consiste à peindre toujours par l'expression et par les sons sans ••jamais rien affecter. » ( ?iote de Chénier, trouvée parmi ses manuscrits inédits. )