ACTE III, SCÈNE V. i^t
La fierté de Pliilippe, en mes veines transmise,
A la rébellion ne sera point soumise;
Et votre fils, chargé d'un emploi glorieux.
Ne fera point rougir le front de ses aïeux.
Mais , si j'ai bien conçu l'autorité suprême ,
Un monarque, un héros, déjà grand par lui-même,
Devient plus grand encore en sachant pardonner ;
Et toujours la clémence est l'art de gouverner.
Qu'un prêtre, un Spinola soit cruel par faiblesse;
Que des droits de l'Eglise il nous parle sans cesse;
Ne puis-je , au moins pour vous , réclamer ceux des rois ?
Et votre peuple aussi n'a-t-il donc pas ses droits?
Partout l'opinion réveille enfin le monde;
Partout l'esprit humain sort de la nuit profonde,
Et des tyrans sacrés rompt lentement les fers.
A des rayons nouveaux quand les yeux sont ouverts ,
Quand la raison publique, en tous lieux élancée,
Mûrit, éclaire, échauffe, agrandit la pensée;
D'un illustre monarque illustre successeur.
Des préjugés vieillis Philippe défenseur
Voudrait-il étayer leur empire débile.
Et sur un trône oisif s'endormir immobile?
Le vulgaire des rois, redoutant le danger,
A ces grands mouvemens peut rester étranger;
Mais, vous, de l'Univers ne trompez point l'attente;
Présidez à leur marche incertaine et flottante;
Qu'à vos nobles travaux un fils associé.
Aux plaines du Brabant, pacifique envoyé,
i4Qt PHILIPPE IL
Parmi tant de cyprès y sème enfin l'olive,
Y porte avec l'oubli la clémence tardive,
Lave par des bienfaits ce sol ensanglanté.
Et fasse aimer un nom trop long-temps redouté.
Eh quoi ! l'infant d'Espagne ouvertement conspire ! Roi trahi ! prince aveugle î et malheureux empire ! Mon ouvrage avec moi périra tout entier. Si Philippe, en mourant, laisse un tel héritier. Comment vous flattez-vous de quelque obéissance? Avez-vous, imprudent, calculé ma puissance? Dans Naples , dans Milan , mon empire est assis ; Venise, Emmanuel, Farnèse, Médicis, Reposent sous l'abri de mes vingt diadèmes; Rome, dont j'ai toujours chéri les lois suprêmes, Du fond du Vatican réclame mon soutien ; Jaloux de mes grandeurs, Charles, Maximilien, Savent que la Belgique ouvre à mon espérance Les portes de l'Empire et celles de la France; De l'Anglais qui me craint les ports me sont ouverts ; Son trident orgueilleux, qui pesait sur les mers, Respecte mes vaisseaux; et l'océan paisible Respire enorgueilli sous ma flotte invincible. Ce pouvoir, chaque jour, agrandi, cimenté. S'étend, partout vainqueur, et partout redouté, Du pied du Mont-Gibel et des bords de l'Afrique Aux îles de l'Asie, aux mers de l'Amérique; Et le soleil, en vain désertant nos climats,