‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 4)Chapitre 161 sur 243 · LE CHANCELIER DE L'HOSPITAL, L'AMIRAL DE COLIGNL · texte numérisé non relu

LE CHANCELIER DE L'HOSPITAL, L'AMIRAL DE COLIGNL

l'amiral.

Illustre Chancelier , de qui la voix propice Fait au sein des combats respecter la justice , Soyez toujours l'oracle et l'appui des Français. C'est à vous, l'Hospital, que nous devons la paix: Sans vous nous périssions. Votre prudence active Aux maux des deux partis fut sans cesse attentive; Et vous flattez encor d'un avenir plus doux Tant de bons citoyens qui n'espéraient qu'en vous. Ce palais retentit des chants de l'hyménée; D'un nœud saint et chéri la pompe fortunée,

Affermissant la paix entre deux jeunes rois,

Mêle aux sang des Bourbons le sang de nos Valois.

Quel hymen ! Marguerite , idole de la France ,

Henri , des Navarrois l'amour et l'espérance ,

Pour le bonheur public unissant leurs efforts,

Vont expier le sang répandu sur ces bords.

Eh ! qui peut maintenant, témoin de leur tendresse,

Repousser loin de soi la publique allégresse ?

Les Guises , toutefois , souillant des jours si beaux ,

Se préparent encore à rouvrir les tombeaux.

Croyez-moi , le péril n'est point imaginaire :

Maurevert a commis un crime mercenaire ;

A des pièges sanglans ils ont déjà recours ;

Au sein du Louvre même ils achètent mes jours.

11 faut veiller sur eux : c'est eux que l'on doit craindre ;

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'ils osent tout enfreindre.

Vous-même enfin, Monsieur, s'il est vrai que leur voix

Vous ait nommé jadis l'organe de nos lois.

Ce choix si désiré vient de leur politique :

Ils ont su se plier à l'estime publique ;

Il veulent nous traîner dans l'abîme fatal ,

En voilant leurs projets du nom de l'Hospital.

LE CHANCELIER

Ah ! formez, Coligni, des craintes légitimes.

Je ne puis, quant à moi, leur imputer des crimes.

Et je n'adopte pas vos soupçons inquiets.

Si l'on poursuit vos jours au milieu de la paix.

J'en frémis ; je voudrais le châtiment du traître ;

Mais je blâme un dépit qui s'aveugle peut-être;

Et vous devez savoir que des plus vils complots

Ils ont aussi. Monsieur, soupçonné des héros.

Ah ! je ne prétends pas les excuser sans cesse :

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