ACTE IV, SCÈNE 1. 34i
« Peut, je crois, attirer quelque soupçon sur lui :
« On a moins de chaleur en parlant pour autrui.
« Vous ne comprenez pas quel intérêt l'anime ?
«La France, dont jadis il mérita l'estime,
«^ L'accuse de pencher en secret pour Calvin :
« Le jugement public ne saurait être vain.
« Vous craignez qu'avec vous je ne sois pas sincère !
« Le fils le plus chéri peut redouter sa mère !
« L'ambition souvent inspire des sujets ;
« Mais moi, si je vous trompe, où tendent mes projets?
« Mon éclat vient de vous; mes destins sont les vôtres;
« Vos intérêts les miens; je n'en puis avoir d'autres.
« Jugez-nous maintenant. » Ce discours la frappé.
Long-tems de me répondre il semblait occupé;
D'un silence plus tendre il éprouvait les charmes;
Il pleurait : à ses pleurs j'ai mêlé quelques larmes.
J'ai calmé lentement son esprit combattu ,
Vantant sa piété, la première vertu.
Des éloges flatteurs son oreille est éprise :
Je l'ai cent fois nommé le vengeur de l'Eglise,
Son enfant le plus cher, son plus ferme soutien ;
Et des embrassemens ont fini l'entretien.
LE DUC
Mais osez-vous compter sur cette âme incertaine , Qu'un mot peut émouvoir, et qu'un instant ramène.
LA REINE-MÈRE
Je conçois votre doute; et, pour nous garantir Des dangereux effets d'un nouveau repentir, Je viens d'avoir recours à mes agens fidèles. J'ai fait semer partout que le chef des rebelles , Pour d'utiles forfaits renonçant aux combats. De Charle et de moi-même a juré le trépas ;
Qu'il a dans Orléans fait son apprentissage ; Que d'un second Poltrot il voudrait faire usage. Cependant j'ai , sur l'heure , envoyé près du Roi Des serviteurs zélés , dont je connais la foi ; Et , par eux informé de ce bruit populaire , Vous sentez à quel point va monter sa colère ; Il est extrême en tout : je réponds du succès.
LE CARDINAL
Ainsi l'on vous devra le salut des î'rançais.
LA REINE- M ÈRE
Qu il agisse aujourd'hui ; demain qu'il se repente : J'y consens. Mais vers nous c'est lui qui se présente. Il paraît égaré.