SCENE m
de nous avouer, en toute humilité, qu'elle a assisté à une représentation de Çlrarles IX?
LE CHEVALIER
Eh î pourquoi pas? J'en ai bien fait autant, moi, qui vous parle.
LA VIDAME
Vous , Chevalier ?
LE CHEVALIER
Mais , sans doute. Ne faut-il pas avoir vu la pièce pour fermer la bouche à ceux qui osent la vanter?
Je crois que le nombre en est bien petit.
LE CHEVALIER
Oui, dans l'infiniment bonne compagnie; mais le peuple...
LA VIDA ME
Et vous avez eu la patience de l'écouter?
LE CHEVALIER
Je vous dis que je l'ai vue ; l'écouter, c'est autre chose.
LA VIDAME
Eh bien ! qu'en pensez-vous ?
LE CHEVALIER
Ce que j'en pense ? Que c'est une horreur.
LA MARQUISE
La franchise du Chevalier et celle de la Vicomtesse m'encouragent. J'ai succombé aussi à la tentation de
Œuvres anciennes. I. 2 y?
4i8 LA CRITIQUE DE GHAPxLES IX.
voir la pièce; je l'ai même revue, et, qui plus est, écoutée.
LA VIDAME
Serait-ce une indiscrétion que de vous en demander votre avis, Madame?
LA MARQUISE
J'avoue, en rougissant, qu'il n'est pas le votre, et que la pièce m'a fait grand plaisir.
LA BARONNE
Vraiment, il faut de l'intrépidité pour faire un pareil aveu.
LE CHEVALIER
Oui , voilà de ces aveux qu'on ne devrait faire que sur la sellette.
LA MARQUISE
Puisque j'ai fait l'effort de dire la vérité, j'ajouterai que je regarde cette tragédie comme une des meilleures qui aient été données depuis long-tems.
LE C H EV A. LIER, en ricanant.
Le sujet, surtout, en est très-heureux.
LA MARQUISE
N'est-il pas tiré de notre histoire ?
LE CHEVALIER
Oui; mais, pour l'honneur de la France, il devait y rester enseveli.
LA MARQUISE
Enseveli dans l'histoire ?