‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 4)Chapitre 4 sur 243 · X SUR M. J. CHÉNIER · texte numérisé non relu

X SUR M. J. CHÉNIER

du tems, et qu'elle perd en mémoire ce qu'elle gagne en imagination. Rien de plus imaginaire en effet que l'incident qu'elle mêle ici à un fait dont elle peut n'avoir pas conservé un exact souvenir, puisque, après tout, il appartient à une époque déjà reculée , et à laquelle le narrateur n'était plus de la première jeunesse.

Si madame de Genlis, qui sentira sans doute qu'il est de son devoir de se rétracter, désirait s'éclairer quant à ce fait, qu'elle consulte les journaux du tems, y compris ceux qui combattaient avec le plus de fureur le parti que défendait Chénier; qu'elle consulte aussi les nombreuses éditions qui ont été données de Charles IX.

Ce n'est pas, au reste, la seule occasion dans laquelle cette dame se soit trompée relativement à Chénier. Persuadé qu'elle me saura gré de lui signaler ses autres erreurs, je le ferai, mais dans l'ordre où se présenteront les faits auxquels ces erreurs se rattachent.

Après Charles IX ^ Chénier donna successivement Calas ^ Henri ï^III ^ Féiiélon ^ el Caïiis Gracchus, pièces de genres différens , mais désignées toutes par le nom de tragédie.

A ne considérer que la condition des personnages, Calas ne serait qu'un drame; à ne considérer que le fait qui s'y développe et la catastrophe qui le dénoue , c'est une véritable tragédie. Rempli de scènes pathétiques et touchantes , il est écrit avec une rare élégance ; mais peut-être serait-on fondé à s'étonner que Chénier ait prêté un langage si recherché à des individus qui appartiennent à la classe du peuple. Cela peut avoir nui au succès de cette pièce, si recommandable d'ail-

A L'ÉDITEUR. xi

leurs. Il est peu d'ouvrages qui portent un caractère plus éminemment philosophique et plus éminemment philantropique.

La tragédie de Henri /^///n'obtint pas non plus le succès de Charles IX ; elle ne flattait pas autant la passion du jour. Je n'en regarde pas moins cette pièce comme supérieure à l'autre de beaucoup; et je ne doute pas de la profonde sensation qu'elle produira , quand il sera permis de la représenter de nouveau.

Si l'effervescence révolutionnaire contribua au succès de quelques-unes des pièces de Chénier, ce n'est pas à celui de Fénélon, qui fut donné en 1793. Rien n'est plus en opposition avec les passions véhémentes et despotiques dont était agité le parti à qui restait la victoire que l'esprit d'indulgence et de charité dont est animée cette tragédie : elle amollissait les âmes les plus dures ; elle adoucissait les cœurs les plus féroces ; mais l'impression durait peu. Au sortir du théâtre, la majeure partie des spectateurs, rappelée dans les assemblées tumultueuses dont la capitale était remplie, allait s'y réconciher avec les sentimens les plus opposés à ceux qu'elle avait applaudis avec enthousiasme.

C'est dans Fénélon qu'on voit clairement vers quel but Chénier s'était flatté de pouvoir diriger la révolution, et à quel terme il pensait qu'elle devait s'arrêter.

Illusion ! Au fanatisme religieux en avait succédé un autre, non moins intolérant, non moins sanguinaire. Après une longue série de représentations , Fénélon , accusé de tendre à énerver l'énergie républicaine , fut exilé de la scène pour n'y revenir que lorsque la na-

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