‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 4)Chapitre 41 sur 243 · ET SUR LE THFATRE DE I.\ COMEDIE-FRANÇAISE, LE G DU MEME MOTS · texte numérisé non relu

ET SUR LE THFATRE DE I.\ COMEDIE-FRANÇAISE, LE G DU MEME MOTS

Œuvres anciennes, î.

LETTRE

J E VOUS envoie, mon cher ami, la tragédie iV^^zémire. Vous y trouverez des passions et non des coups de théâtre ; vous y trouverez , sinon les mœurs sévères de la scène grecque, du moins son extrême simplicité. Vous me direz peut-être que je n'ai pas trop bien pris mon tems; et j'en conviendrai.

Cette simplicité est si remarquable dans Sophocle et dans Euripide que nos meilleurs poètes, en présentant sur la scène française des tragédies grecques, ont presque toujours gâté leur sujet par une double intrigue , afin de remplir la mesure des cinq actes : mesure indispensable au jugement d'Horace , mais qu'Aristote ne prescrit point , et que la raison ne prescrit pas davantage. Vous savez d'ailleurs, mon cher ami, que les Grecs n'ont jamais connu cette règle. Il ne faut que lire avec

j. M. le chevalier de Pange, homme de beaucoup d'esprit 4;t d'une vaste érudition, est auteur de différentes brochures sur les premiers temps de la révolution. li coopéra d'abord au Journal de la Société de 1789, et ensuite au Journal de Paris. Il est mort v.n 1792. [Nota de l'Editeur.)

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attention leurs ouvrages pour se convaincre qu'on les représentait sans aucune interruption. Si l'on devait regarder comme des entr'actes les endroits où le chœur reste seul en scène , YOEdipe à Colone serait en deux actes. Le chœur ne reste seul que vers la fin de la pièce, depuis le départ d'OEdipe jusqu'au moment où l'on vient annoncer sa mort. Il se trouverait alors que le second acte aurait un peu plus de cent vers, et le premier près de dix-sept cents.

Aristote , ce grand admirateur de la tragédie , qu'il élève même au-dessus de l'épopée, ce critique philosophe, qui a réfléchi si profondément sur la nature des arts, Aristote recommande expressément la simplicité de l'action tragique ^ H avertit les poètes que la fable d'une tragédie ne doit pas être celle d'une épopée ; il blâme Agathon d'avoir resserré tout le plan de Y Iliade dans une seule tragédie^; et, véritablement, cette tragédie d'Agathon , qui ne réussit point chez les Grecs , ne pouvait être , par sa constitution , qu'un ouvrage déraisonnable.

Le même critique demande que la terreur et la pitié soient excitées par le fonds même du drame ,

I. Voyez ia Poétique d' Aristote , traduite par Chénier, chap. VIII , page 5o3 , tome II des Œuvres posthumes.

f Noté de l'Éditeur.) •1. Jbid., Chap. XVIII, page SaS. {Note de l'Éditeur.)

et non par le spectacle. Il veut qu'on puisse ou pleurer ou frémir eu fermant les yeux, et seulement en écoutant la tragédie : ce qui ne peut avoir lieu que par la vérité des situations et par l'éloquence du style. Quand l'effet ne vient que du spectacle, ajoute-t-il, tout le mérite appartient au décorateur, et non pas au poète ^ M. de Voltaire a souvent développé ce principe ; mais , depuis la mort de M. de Voltaire, vous savez combien on a perfectionné la tragédie.

C'est à quoi je n'avais pas songé, moucher ami, en composant Azémîre. Elle fut d'abord représentée à Fontainebleau: j'avais alors vingt-un ans; et, comme il faut encourager les jeunes gens, la pièce fut sifflée d'un bout à l'autre. Jamais , m'at-on dit, pareille aventure n'était arrivée à Fontainebleau. Le rôle de d'Amboise fut plus sifflé que tout le reste. Les huées surtout furent très- longues, quand on en vint à ces vers :

Que diront les Français, que dira ton vieux père, Alors qu'il apprendra, etc.

Quelques personnes, et même quelques prétendus gens de lettres avaient entendu :

Que dira Dieu le père, etc.

1. Voyez la Poétique d'Arislotc , traduite par Chénier , chap. XIV, page 5i3, tome H des OEuvres posthumes.

( Note de l'Éditeur. )

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On convint généralement qne cette idée était bien ridicule; et j'avoue que je suis du même avis. Dans tout cela pourtant deux choses m'é tonnaient : l'acteur qui a rendu admirablement le rôle de d'Amboise joint au mérite si rare d'être toujours énergique et noble le mérite de prononcer nettement; et ceux qui croyaient avoir entendu que dira Dieu le père n'étaient pas soupçonnés de manquer d'oreilles.

La pièce, représentée à Paris, réussit infiniment mieux qu'à Fontainebleau , quoi qu'en ait dit le journaliste de Paris ^ L'absence d'une actrice a longtems interrompu les représentations àiAzémire. La seconde et les deux suivantes, données dans le mois de juillet dernier, ont été beaucoup plus favorablement reçues que la première, quoi qu'en ait dit encore le journaliste dont je vous ai déjà parlé.

D'autres ont été plus indulgens. Parmi les écrivains périodiques qui ont parlé de cet ouvrage , il faut distinguer l'auteur de X Année Littéraire'^ ^ le seul qui ait véritablement rendu compte de la pièce; et, malgré les éloges dont il m'a comblé, c'est dans ce compte même qu'on trouvera les critiques les plus sévères. La plupart m'ont paru

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