ACTE III, SCÈNE IL T
Jj'Amboise, en t'écoutant, je raugis de mes larmes. D'un feu moins triomphant mon cœur fut pénétré Alors que dans Clermont le pontife inspiré, Urbain , des lieux sacrés prêchant la délivrance , Au tombeau glorieux précipitait la France. Jamais le saint Ermite et ses mâles accens , De cet effroi divin n'embrasèrent mes sens, Ix)rsque du Sarrabat les rives prisonnières Virent flotter la croix sur nos saintes bannières; Ou lorsque, dans le choc des combats meurtriers, Ses vœux ouvraient le ciel à nos vaillans guerriers. Sois mon fidèle appui : c'est toi que je veux suivre. Je vois que dans ces lieux je ne saurais plus vivre; Je sais que dans ces lieux j'avais mis mon bonheur : Je sais que d'aujourd'hui tout doit m'y faire horreur; Que son culte est affreux, que c'est une infidèle; Et j'ai tout expié, puisque je fuis loin d'elle. J'offre à Dieu les tourmens qu'elle me fait souffrir. Je fus coupable, ami, si j'ai pu la chérir; Ou plutôt je le suis : elle m'est chère encore. Je rougis de pleurer, je pleure, et je l'adore, Et je sens.... Ne crains rien, tu vois mon désespoir; Mais tu seras content : Bouillon va me revoir.
Ce n'est pas tout.
ÏURENNE.
Comment !
iio AZEMIRE.
u'amboise.
Il faut, mon cher TurennCj D'un espoir insensé désabuser la reine.
TUREJVNE.
Moi!
d'à MB OISE.
L'effort est pénible, il te pourra coûter; Mais qu'il est beau le prix que tu vas remporter ! Pour ne point succomber à de viles tendresses, Songe que Dieu lui-même a reçu tes promesses. Moi, de nos compagnons, détenus dans les fers, Je cours , il en est tems , sécher les pleurs amers ; Aux tentes des chrétiens c'est moi qui les rassemble. Attends-moi dans ces lieux ce soir; et, tous ensemble. Nous irons nous ranger sous l'étendard de Dieu.
TURENNE
Je le veux.
d'à M BOISE.
Maintenant viens m'embrasser. Adieu.
(Il sort.)