‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 4)Chapitre 73 sur 243 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

SOLIMAN, NARSÈS

SOLIMAN

IM ARSÈs, avec horreur elle fuit donc ma vue?

NARSÈS

Je ne sais; mais enfin, inquiète, éperdue. Seigneur, elle semblait nourrir quelques soucis; Ses yeux même, ses yeux de larmes obscurcis...

SOLIMAN

Non, lespleurs sont pour moi : tu sais ce qu'on m'apprête. Je veux troubler du moins leur exécrable fête ! Tu vois que ces brigands , de ruine affamés , Tiennent de toute part ses sujets enfermés: Fuyons loin d'elle, ami, fuyons loin de ma honte; Courons, de ses dédains faisons-lui rendre compte : Qu'elle pleure à son tour.

NARSÈS

Seigneur, y pensez-vous?

Et quel est donc l'objet d'un si puissant courroux ?

ii6 AZEMIRE.

Faut-il, quand une femme est ingrate ou parjure, Les armes à la main réparer cette injure ? Son joug doit vous peser : sous un joug plus honteux Les chrétiens cependant vous oppriment tous deux. Voilà le seul penser qui doit remplir votre âme, Non Turenne, Azémire, et leur stérile flamme. Eh quoi î l'on vous préfère un indigne rival ! Ignorez-vous ce sexe et son penchant fatal? Cent fois dW lâche amour les caprices coupables Ont fermé son oreille à des vœux respectables; Et jamais, avant vous, guerrier ne s'est armé Pour punir un objet qu'il avait trop aimé.

SOLIMAN

Jamais pareille injure ! Ah ! que doit-elle attendre? Prétends-tu me blâmer? prétends-tu la défendre. Justifier son cœur lâchement dégradé?

Dis-moi , quel intérêt en ces lieux m'a guidé ? Que m'importaient à moi les dangers d'Héraclée , Et votre Gilicie à son tour désolée? Je n'ai vu qu' Azémire, et j'en reçois le prix: Il faut donc que j'apprenne à souffrir des mépris. Pour tant de cruautés il faut de l'indulgence; Et je dois rechercher, non ma juste vengeance, Mais des soupirs perdus , des sanglots impuissans , Ou le pénible honneur de régner sur mes sens! Nourri dans les combats, mais tendre, mais sensible. Je ne connais point Fart de cet orgueil paisible; De nos ardens climats j'ai toute la fureur.

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