‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 5)Chapitre 27 sur 102 · Robespierre · texte numérisé non relu

Robespierre

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niques , l'effet n'en peut être complet dans des théâtres resserrés comme les nôtres; et l'on y trouvait souvent l'ignorance et le délire , lorsque des enfans stupides dirigeaient la Commission d'Instruction publique; et que, devenus déjà des censeurs royaux, ils épiaient, étouffaient avec un soin scrupuleux dans les ouvrages dramatiques tous les germes de raison et de liberté. Lycurgue regardait les banquets civiques comme le principal moyen de resserrer les noeuds qui unissent tous les membres de la cité. Peut-être, au premier aperçu, osera-t-on penser comme Lycurgue; peutêtre, le résultat naturel de ceux qu'on avait établis dans Paris n'aurait-il pas été d'opérer une division générale , comme on l'a redouté un peu légèrement ^ ; peut-être n'est-il pas bien sûr qu'ils

I. Ces repas civiques furent célébrés à Paris dans le courant de messidor 1794, à l'occasion de la victoire remportée à Fleurus par les armées françaises , sous le commandement du général Jourdan.

Voici ce que Barrère dit à ce sujet dans un Rapport qu'il prononça au nom du Comité du Salut public, le 28 du même mois, pour demander la suppression de ces fêtes.

« Une section a commencé à parler de repas civiques : le mot « touchant de fraternité a séduit les citoyens; et des tables com- « munes ont été dressées dans la voie publique. On y buvait à «la Liberté nationale; on avait toutes les formes de l'égalité « naturelle ; et la contagion de l'exemple a fait des progrès ra- « pides. Plusieurs sections ont subitement proclamé la frater- « nité pour le lendemain : de proche en proche, nos places

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fussent payés par Pitt, comme on vous l'a plaisamment affirmé. Il est moins éloquent, mais il est plus vrai de dire qu'ils ne devront être adoptés qu'au moment où Ton n'aura plus à craindre d'augmenter les prix et la rareté des subsistances.

Quant aux arts de littérature , on déclamait avec violence contre ceux des gens de lettres qui ne travaillaient point pour les fêtes nationales, et l'on persécutait avec acharnement ceux qui, depuis les premiers jours de la Révolution, se livraient à ce travail avec zèle et activité.

Dans les arts de peinture , de sculpture et d'architecture , tous les talens distingués se cachaient au fond de leurs ateliers; quelques-uns languissaient dans les cachots; une poignée d'intrigans les calomniait avec bassesse, et consumait en de misérables essais et de futiles décorations les

« publiques se sont transformées en banquets; et !a joie a paru '« briller à la fois dans plusieurs quartiers de Paris. »

Après avoir décrit tout ce qu'offraient d'entraînant ces repas improvisés par l'enthousiasme patriotique, Barrère s'attacha ensuite à en montrer le côté dangereux , et s'éleva fortement contre les funestes conséquences qui pouvaient en dériver. En effet , ces banquets sectionnaires se multiplièrent en peu de temps avec une rapidité qui n'était point naturelle; on vit même par degrés la licence et la grosse joie y remplacer l'allégresse et l'urbanité; et des espèces de saturnales furent bientôt substituées à la décence des repas domestiques.

Mais le Rapport de Barrère produisit son effet; un arrêté de la Commune prohiba ces réunions; et les repas fraternels cessèrent. ( Note de l'Éditeur. )

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sommes qui auraient dii servir à élever des monumens immortels.

La seule fête du lo août 1793, vieux style, a coûté à la Nation douze cent mille livres : de tout cela il n'est resté que du plâtre et des chiffons. Cette somme aurait suffi pour soutenir cent artistes d'un vrai mérite , et pour payer trente chefsd'œuvre en marbre et en bronze, qui, dans vingt siècles, auraient encore embelli les fêtes nationales.

Un seul établissement, fruit de la Révolution, a surnagé sur les débris des arts. Soutenu par les soins de quelques hommes laborieux, et par l'instinct patriotique d'une foule d'artistes célèbres, l'Institut national de musique ^ semble avoir offert au génie une dernière planche dans le naufrage. Il a rendu, il rend chaque jour de grands services

I. Dans la séance du 18 brumaire an II, les artistes de la musique de la garde nationale, ayant à leur tête une députation du Conseil-général de la commune de Paris, furent admis à la barre. L'orateur de la députation était chargé de demander l'établissement d'un Institut national de musique. Chénier appuyant cette motion , prit la parole et dit :

« On sait combien jusqu'à présent la musique nationale s'est « distinguée dans la Révolution ; on sait quelle a été l'influence « de la musique sur les patriotes, à Paris , dans les départemens, « aux frontières. Je demande donc qu'on décrète le principe « qu'il y aura un Institut national de musique à Paris , et que la « Convention chargfe le Comité d'instruction publique des « moyens d'exécution. » On applaudit; et cette proposition fut décrétée. Voyez plus bas le rapport de Chénier sur l'organisation de l'Institut national de musique. [Note de l'Éditeur. )

à la Révolution. En vain quelques hommes, jaloux de toute renommée, ont voulu entraver son organisation provisoire, et le détruire entièrement; la Convention ne laissera pas tomber cet utile établissement , qui doit porter au plus haut degré de perfection un art si estimé des législateurs et des philosophes de la Grèce , un art le plus vraiment populaire, le plus démocratique de tous, dont le charme embellit la poésie même, et dont la puissante énergie enfante et célèbre les victoires.

Des chants républicains et des jeux scéniques: voilà, pour le moment, tout ce qui est organisé, relativement aux fêtes nationales. Ce n'est pas en cinq jours que l'on peut créer de grands moyens d'exécution; mais le Comité d'Instruction publique prépare avec soin un travail considérable sur cette partie, qui rassemble une foule d'institutions particulières, et qui mérite un examen mûri par des études préliminaires et profondes ^

Au reste, n'en doutez pas, Représentans , le sommeil des arts en France n'est pas un sommeil de mort.

Des hommes habiles en tous genres ont échappé au glaive meurtrier du Vandale. Tous ont gémi, tous ont souffert; mais tous ne sont point assassinés. L'harmonieux Lebrun chante encore la

I . Voyez encore le Rapport suivant , et celui sur les fêtes décadaires. ( Note de V Éditeur.)

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Liberté ; le traducteur des Géorgiques exerce datiâ le silence son talent correct et pur; La Harpe et Ducis n'ont pas abandonné la scène tragique; Vien, Renaud, Vincent, n'ont pas jeté leurs pinceaux; Gossec, Méhul, Cliérubini, Lesueur, n'ont pas brisé leur lyre; Houdon, Julien, Paj ou, tiennent encore en main le ciseau qui a fait penser le marbre , plein du génie de Voltaire , de La Fontaine et de Pascal.

S'il existe dans la République des talens plongés dans la stupeur et l'engourdissement, un mot, un signe de la Convention nationale les retirera de cette léthargie passagère , où l'intérêt de leur sûreté même a pu long-tems les retenir; et déjà ces courtes réflexions que vous présente votre Comité vont porter dans leur cœur la première des consolations: l'espérance.

Il est tems que, dans la République, on puisse avoir du génie impunément; il est tems que les talens dispersés par l'épouvante se rassemblent fraternellement sous l'abri de la protection nationale. Alors, mais alors seulement, nous aurons des fêtes et des monumens dignes du Peuple; car le Génie a besoin de la Liberté, et la Liberté a besoin du Génie.

Chénier lit ensuite un projet de décret, et la Convention ordonne l'impression du Rapport.

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