ANCIEN RÉDACTEUR DU PATRIOTE FRANÇAIS
ET CONDAMNÉ A MORT LE I**" FRIMAIRE AN 1793, COMME COMPLICE d'une CONSPIRATION OURDIE CONTRE LA RÉPUBLIQUE.
Dans la séance du i^'^ germinal an III (21 mars 1795, vieux style), la mère de Girey-Dupré s'étant présentée, accompagnée d'un citoyen, à la barre de la Convention, pour intéresser à son malheur la pitié de l'Assemblée, et solliciter une pension alimentaire, Chénier prit la parole, et dit :
Citoyens,
Vous voyez devant vous la mère d'un républicain dont le talent et l'énergie ont bien servi la Liberté, et contre les Royalistes, et contre les oppresseurs du Peuple qui ont gouverné par le sang : elle vient vous recommander sa misère honorable. Son fils était l'unique appui de sa vieillesse; et maintenant il n'est plus : les tigres l'ont immolé à l'âge de vingt-quatre ans ; car il était convaincu
du crime d'avoir défendu la Convention nationale et la République contre Robespierre et ses ministres. Il a suivi à l'échafaud les glorieuses victimes de la contre-révolution du 3 1 mai. La gloire de Girey-Dupré est inséparable de leur gloire : il est mort, comme ses amis, en chantant la Liberté, en maudissant la Tyrannie, en faisant des vœux pour la République.
Mère du Patriote Français! sèche tes pleurs, en touchant le seuil de la Convention nationale : elle n'est plus tyrannisée par ces Opimius qui bâtissaient le temple de la Concorde sur le cadavre des Gracques. Elle ne peut rendre la vie aux républicains courageux qui ont péri pour les droits du Peuple ; mais elle peut adopter leur famille et leur mémoire. C'est un devoir; je dirai plus: c'est un triomphe pour elle. La voix de Girey-Dupré, la voix des vingt-deux ' s'élève pour toi du fond du cercueil. Tout ce qu'il y a de grand, de respectable parmi les hommes : l'innocence immolée, la vieillesse malheureuse, la justice qui est le seul guide de la Convention redevenue intégrale , et rétablie dans sa puissance légitime : tout sollicite à la fois la protection nationale en faveur
I. C'est-à-dire les vingt-deux députés connus sous le nonï de Girondins, qui furent arrêtés et proscrits en vertu des décrets du 28 juillet et du 3 octobre 1793. Voyez le Discours précédent. ( Note de l'Editeur. )
CONVENTION U lONALE. 2o3
d'une mère infortunée, ne possède d'autre bien , d'autre héritage que souvenir de son fils , et l'honneur d'avoir porttiuis son sein un martyr de la Liberté.
Je propose le décret sunt.
La Convention nationadécrète ce qui suit:
Il sera payé , par la sorerie nationale , à
compter du j^^ vendémia dernier, à la mère
de Girey-Dupré , auteur < Patriote Français y
une pension annuelle de dze cents livres.
Cette motion fut renvoyée au mité des secours publics , pour en faire le rapport sous troiturs; et, dans la séance du 19 floréal de la même année, le «uté Bernard, rapporteur du Comité des secours , proposa, aom de la Commission, de faire payer par la Trésorerie natale à la citoyenne veuve Gi rey-Dupré la somme de quinze as livres, à titre de secours- Cette proposition fut décrétée.
2o4 CONVENTIONATIONALE.
DISOURS