‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 5)Chapitre 34 sur 102 · LA CONVOCATION DE^SSEMBLÉES PRIMAIRES · texte numérisé non relu

LA CONVOCATION DE^SSEMBLÉES PRIMAIRES

Séance du lo germinal ai (3o mars 1795, vieux style).

Citoyens,

Lorsque deux Repsentans du Peuple, dont je fais profession d'emer le courage, le patriotisme et les lumières ^»ont venus successivement à cette tribune vou proposer de décréter la prompte convocationles Assemblées primaires, je n'ai pu, dans le preier moment, me défendre d'un mouvement de oie. Je me suis dit: sans doute, on va nous psenter ces lois organiques qui seules peuvent afrmir la constitution démocratique, acceptée p£ le Peuple français; on a trouvé des moyens sirs de fermer à l'instant les

I, MM. Merlin de ThioTiUe et Merlin de Douai. C'esfdans la séance du 8 germinalprécédent qu'ils proposèrent leur décret. ( Note de l'Édàeui)

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plaies des finances, (| ranimer le commerce anéanti par les vexatiq; on a vaincu le Fanatisme, qui égare les fait, et cherche à soulever contre la Philosophie et Liberté le vertueux habitant des campagnes, as doute, les grands artisans de la terreur st^ punis , leurs sectaires condamnés au mépris etla nullité ; les coupables espérances des Royaliste sont détruites; nos armées victorieuses n'ontlus qu'à jouir de leur gloire; et les fondateuide la République vont donner la paix à FEuro}

Cependant, je jette le^eux autour de moi (je veux et je dois vous pan avec la franchise austère d'un Républicain qi s'adresse à des Républicains) : je vois qu'il voureste encore des crimes à punir, des malheurs àéparer, des devoirs de toute espèce à remplir. Vis avez juré de sauver le Peuple : êtes-vous fidèkà votre serment? votre ouvrage est -il consomma Qu'irez -vous dire à vos commettans , lorsque rentrant au sein de vos familles, vous aurez 3pelé dans cette enceinte la législature qui dit vous suivre? Vous leur direz : Nous étions enronnés d'écueils; nos ennemis n'ont pas posé les ?mes au-delà des frontières; ils sont encore début dans l'intérieur. Nous aurions dû les terrassr; mais il fallait du courage. Nous avions des coipables à punir; mais il fallait du courage. Nous a ions à réprimer à la

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fois le terrorisme av de sang, le royalisme avide de vengeances, fanatisme avide de préjugés, et précurseur la royauté. Une surveillance active, une contance ferme, des lois sages et vigoureuses, auraiedompté ces monstres déchaînés contre la RéJ3lique ; mais il fallait du courage; et ce couragious a manqué.

Citoyens, un pare langage convient -il aux Représentans qui onlécrété la République au bruit du canon de l'eiemi, maître d'une partie des frontières du Non Alors, vous aviez des armées à créer, à discip^er, la victoire à organiser, une constitution démratique à donner aux Français; cependant, vous'avez pas manqué de courage. Vous avez créé d armées ; vous avez organisé la victoire; vous aveionné au Peuple une constitution, qu'il a accetée; et, maintenant, quand il vous reste quelque pas à faire pour arriver au but qui vous est inqué, vous parlez de léguer à une législature la gloire de pacifier l'Europe, et vous ne garderieipour vous que l'ignominie d'avoir déposé un frdeau que vous n'étiez pas capables de souteni!

Non, cette lâchet est indigne de vous; non, vous ne joindrez pent votre voix à celle de vos coupables calomniafeurs. Vous achèverez glorieusement l'ouvrage cie vous avez glorieusement commencé : vous sauverez le Peuple, ainsi que

vous l'avez juré. Alors, vous pourrez appeler une législature; alors vous pourrez, sans déshonneur, reparaître devant vos commettans; vous ne rougirez point aux yeux de vos enfans et de vos pères; vous descendrez au tombeau sans remords; et l'équitable Postérité n'aura point à maudire la mémoire des fondateurs de la République.

Mais nous sommes divisés; les dissensions qui nous déchiraient dans les premiers tems de la session se renouvellent plus violentes; comment sauverons-nous le Peuple avec de pareils élémens? Eh quoi ! n'avez-vous pas une majorité nombreuse, une majorité fortement prononcée pour le bien? Sommes-nous encore dans ce tems horrible où la minorité, armant contre vous toutes les autorités constituées, toutes les sociétés populaires, faisait la loi dans cette enceinte? Les crimes du 1 juin, les crimes nombreux qui ont suivi cette journée déplorable, ne vous ont -ils pas suffisamment éclairés ? Vous avez été opprimés , vous avez été victimes; mais, si tant d'excès ne vous ont pas instruits, si de pareils attentats ne sont pas désormais impossibles , vous deviendrez tous coupables. Que la majorité se fasse respecter, et vous ne rendrez que des lois justes. Que la majorité sente sa force. La majorité, c'est la Convention; la majorité, c'est la Loi; la majorité, c'est le Peuple en-

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tier. Une minorité qui s'insurge est un rebelle ; une minorité qui domine est un tyran.

Je passe maintenant à des considérations plus graves encore, et j'examine, non plus pour votre gloire , non plus pour vous , mais pour la République elle-même, les suites possibles, peut-être infaillibles, qu'entraînerait, dans ces graves circonstances, la prompte convocation des Assemblées primaires.

A quoi bon se dissimuler le plus grand crime des derniers tyrans de la France, l'inévitable résultat du régime de terreur qui a pesé dix -huit mois sur la République?

Oui, l'Aristocratie médite des complots; le Royalisme nourrit un espoir coupable; et c'est encore là votre ouvrage, hommes de sang, qui avez opprimé le Peuple au nom du Peuple. Votre despotisme, vos fureurs ont calomnié la Liberté, que vous prétendiez venger. Si la réaction dans ce moment paraît menaçante aux amis inquiets de l'Égalité, c'est vous qu'il en faut accuser: vous avez voulu donner à l'esprit public cette férocité qui vous caractérise; et, par un effet de la haine générale que vous avez provoquée, l'esprit public, maintenant amolli, semble avoir perdu l'enthousiasme nécessaire pour achever la révolution.

J'ai entendu siffler au théâtre les chants qui ont

guidé nos armées triomphantes; et les hymnes patriotiques sont devenus des cris de vengeance. Vous avez jeté dans les fers une foule de patriotes courageux qui avaient combattu vos mesures atroces; et l'intérêt qu'ils ont inspiré s'est répandu sur tous les compagnons de leur captivité, même sur ceux qui s'étaient fait remarquer par une conduite incivique. Vous avez dressé des échafauds; et non-seulement vous avez aigri toutes les familles, mais vous avez encore appauvri la Révolution; vous avez enlevé pour jamais à la Liberté ses apôtres les plus éclairés, ses défenseurs les plus énergiques. Enfin , vous avez com^ mandé l'athéisme; et le Fanatisme, qui prend des forces à mesure qu'on le persécute, s'est relevé plus puissant que jamais.

Telle est en partie la position désastreuse où l'ignorance et la cruauté de quelques dominateurs ont placé une République triomphante partout, excepté dans son intérieur; une Convention qui fait trembler les rois de l'Europe, et que l'audace d^une faction expirante insulte impunément dans son enceinte.

Et c'est dans de pareilles circonstances, c'est au milieu des éLémens qui nous environnent, c'est quand tous les partis opposés à la République méditent des séditions et des révoltes ; c'est alors, Représentans, que l'on vous propose de

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convoquer sans délai les Assemblées primaires! Mais, pensez-vous que les rois humiliés par vos triomphes, les rois qui n'ont pu vaincre vos armées , ne sentiraient pas ranimer leurs espérances, si vous rendiez un pareil décret? Pensez -vous qu'ils négligeraient les moyens d'éterniser l'agitation qu'ils ont alimentée parmi nos concitoyens? Pensez-vous que leurs agens , parlant d'un roi aux amis de la royauté , rappelant les dignités aux ambitieux, montrant de l'or aux hommes corrompus, ralliant les terroristes par la crainte des vengeances, ne se ligueraient pas pour déchirer le sein de la France, et faire expirer la République naissante dans les convulsions et l'agonie d'une guerre civile?

Je ne parlerai pas de vos têtes: il était doux, il était glorieux pour Sydney d'être conduit à l'échafaud sous un parlement qui couronnait Charles II; mais, au nom de la Patrie, qui vous réclame; au nom des maux dont je ne vous ai tracé qu'une faible esquisse, et que vous devez tous réparer; au nom du sang des Républicains qui a coulé sur toutes les frontières; au nom même du sang de vos collègues, de vos frères, de vos amis morts sur l'échafaud pour la cause de la Liberté , restez à votre poste , puisqu'il est encore périlleux. Ne partons point avec l'ignominie d'avoir avoué publiquement notre insuffisance

et notre lâcheté. L'immense majorité de la Convention nationale est juste ; elle veut la République, la Constitution démocratique, la punition des coupables, l'oubli des égaremens passagers. Qu'elle ait le courage de sentir qu'elle est la majorité; qu'elle soit ferme et calme; et tous les bons citoyens qui sont liés à sa destinée lui répondent du salut de la République.

Je demande aussi que la Convention nationale décrète qu'il n'y a lieu à délibérer sur la proposition faite de convoquer les Assemblées primaires, quant à présent.

Cette motion est décrétée.

<i\i CONVENTIOIN JNfATlONALE.

RAPPORT

AU NOM DES COMITÉS DE SALUT PUBLIC, DE SURETE GÉNÉRALE ET DE LÉGISLATIONS

suit LE DÉSARMEMENT DES PRÉ-THERMIDORISTES.

Séance du 21 germinal an III (10 avril 1793, vieux style).

Citoyens -Représent ANS,

Les amis de la Terreur et les partisans de la Royauté, depuis long-tems coalisés, et composant une même armée, ont voulu dissoudre la Représentation nationale, et rétablir une domination sanguinaire. Votre courage les a vaincus ; mais il faut consommer le 12 germinal. Il serait d'une extrême imprudence de prolonger les périls qui environnent la Patrie, et de laisser encore le Peuple Français courir les chances d'un nouveau combat entre la Justice et le Terrorisme; entre la République et la Royauté. Tel est l'esprit du décret que vous avez rendu hier sur le

I . Chénier fut nommé membre du Comité de sûreté générale dnns la séance du i5 germinal an III (4 avril 1795, vieux style). [Note de l'Éditeur.)

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ilésarmenieiit des hommes cruels qui ont couvert la France de sang et de larmes. Vos Comités de Salut public , de Sûreté générale et de Législation, tiennent vous proposer, par mon organe, les moyens qu'ils ont crus les meilleurs et les plus prompts pour opérer ce désarmement.

Quant à la seconde partie de votre décret, les comités réunis vous demandent quelques jours encore pour reconnaître et pour signaler les hommes prévenus d'avoir participé aux provocations qui ont déterminé la révolte du 12 germinal. Déjà vos comités sont chargés de vous présenter un rapport détaillé sur cette vaste conspiration , qui s'étendait d'un bout de la République à l'autre, et menaçait de saper tous les fondemens de la société civile, en rétablissant le despotisme des hommes de sang, et en livrant une seconde fois nos malheureuses contrées au déUre atroce d'une poignée de scélérats stupides \

A la suite de ce rapport important, nous vous présenterons les mesures répressives que nous croyons nécessaires pour achever la révolution du 9 thermidor, et consolider le triomphe complet des principes dont le respect fonde les Républiques, et dont la violation commence le despotisme.

Du reste, il ne faut pas s'étonner si, dans ce

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