Voyez , pour plus de détails, tous les journaux du lems
3r6 CONVENTION NATIONALE.
Sans vouloir ici appuyer, trop légèrement peut être , les plaintes formées par quelques pétitionnaires contre des individus dont la conduite peut et doit être examinée, il est trop vrai, comme on vous l'a dit, que, dans la commune de Marseille , les assassins tiraient à mitraille sur les pri sonniers du fort Saint-Jean; il est trop vrai qu'à Tarascon on avait dressé un amphithéâtre pour voir commodément égorger des victimes, et qu'on y avait fait un spectacle de l'assassinat.
Dans risle, petite commune voisine d'Avignon, Prade^ gendarme et père de cinq enfans, est assailli par une troupe de forcenés; on le trame à l'autel de la Patrie; les poignards sont levés sur lui. Son épouse accourt, croyant fléchir des bourreaux; elle s'élance; et, à l'instant même qu'on immole son mari, un coup de sabre lui coupe le bras qu'elle lui tendait pour lui faire au moins ses derniers adieux.
Pardonnez, Représentans, pardonnez s'il est du devoir pénible que je remplis aujourd'hui de mettre votre sensibilité à d'aussi fortes épreuves; mais je ne puis me dispenser de vous répéter encore ce qu'on vous a dit tant de fois : c'est au
ils font mention des crimes affreux commis à Avignon en novembre 1791 , sous le règne sanguinaire de ce Jourdan, surnommé le coupe-téte , et qui, en 1794 , fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire. [Note de l'Éditeur.)
110m de riiumanité, de la justice, de la Convention nationale elle-même que ces bandes de scélérats, chantant leur hymne de vengeance , souillent de sang l'asile des prisons, le foyer domestique, et jusqu'à la couche nuptiale ! Ils coupent l'arbre de la Liberté; et ils osent parler de république, de souveraineté du Peuple! Couverts de sang et de forfaits, ils se disent les vengeurs de leurs pères, les vengeurs des Patriotes immolés! Eh! n'entendez-vous pas ces vrais Patriotes , victimes du despotisme révolutionnaire ; ne les entendezvous pas s'écrier du fond du cercueil :
(c "Vous qui vous dites nos vengeurs, nos enfans , vous êtes des émigrés , vous êtes des Royalistes! Nos fils ne sont pas des assassins; nos fils sont à la frontière; et ils y versent pour la Patrie le sang généreux qu'ils ont puisé dans nos veines. Vous tuez, et vous périrez à votre tour, mais par le glaive de la Loi. Ceux qui veulent le règne de la Justice, le règne de la Loi : voilà nos enfans. Les amis, les soutiens de la République: voilà nos vengeurs. »
Rassurez -vous. Ombres vertueuses! voix des tombeaux, taisez-vous! Le i3 vendémiaire a lui: il a vu renverser les coupables espérances des Royalistes, devenus assez audacieux pour être ouvertement les agresseurs de la Représentation nationale.
3i8 COJSVENTION NATIONALE.
Encore quelques jours; et la Constitution républicaine va donner un frein à toutes les passions, un centre à toutes les opinions, une égide à tous les opprimés.
Lyon, relève tes remparts dévastés! Rhône, Durance, n'arrosez plus de sang l'olivier qui croît sur vos rives! Vaillans frères d'armes, reposezvous de vos fatigues sous les lauriers dont vous avez couvert toutes les frontières de la France! Belle et puissante République! jouis enfin de la paix, fruit de quatre années de victoires; et, après avoir étonné l'Europe par l'ascendant des vertus guerrières, sers-lui de modèle par une sage administration ! Et toi, Convention nationale! Vous tous, mes amis, mes collègues, fondateurs et solidaires de la République! que cette Constitution soit pour nous l'arche d'alliance où nous viendrons déposer toutes les haines qui nous ont trop divisés durant cette orageuse session!
Il faut que les crimes soient punis; mais quel homme ne serait pas criminel si l'erreur pouvait passer pour un crime? Quel homme, après tous les mouvemens d'une révolution, aurait assez peu réfléchi pour conserver encore l'orgueil de l'infaillibilité ? Oui, nous avons tous commis des erreurs; et l'erreur est le lien commun qui unit tous les hommes. Un grand peuple, après de nombreuses crises révolutionnaires , doit élever un
temple à l'Oubli; et nul ne peut se dispenser dy sacrifier devant l'autel du Repentir et devant l'autel du Pardon. Pénétrons-nous bien de cette vérité; et ne poursuivons plus que le crime.
Je vous prends tous à témoin, Représentans! Oui, rassemblés ou isolés, dans quelque lieu que chacun de nous respire, fut-ce hors du territoire français, dans le bonheur ou dans l'infortune, n'importe: tous nos vœux, tous nos efforts, tous nos travaux, toutes nos facultés, tendront à empêcher en France le retour de la Royauté, le retour de l'anarchie populaire, et à faire prospérer glorieusement cette Constitution républicaine que nous avons présentée au Peuple Français, et que le Peuple Français vient d'accepter.
Un jour, quand les années auront mûri la République, les membres de cette Convention calomniée , attaquée , assassinée par toutes les factions, resteront debout comme ces chênes épars dans une foret dépeuplée où l'on a porté l'incendie; un jour, l'équitable Postérité viendra sur ces bancs où nous avons vu des hommes forts; elle viendra encore écouter les conseils de leur sagesse et de leur éloquence. Les Français et les étrangers contempleront avec respect cette enceinte auguste, pleine alors de grands souvenirs; et ils diront : « Ici siégeait la Convention nationale. Aucune assemblée, dans aucun siècle, n'a
porté plus loin l'enthousiasme de la Liberté. Elle a commis de grandes fautes; mais elle a eu de grandes destinées. Elle fut opprimée par des tyrans oppresseurs du Peuple; mais elle se releva de sa chute : elle les vainquit , et délivra le Peuple avec elle. Elle essuya de longs malheurs; mais elle sut les mettre à profit. Elle soutint la guerre contre une partie de l'Europe; mais, par la victoire , elle conquit une paix glorieuse et utile. Elle fut long-tems agitée par des révolutions successives; mais elle fit une sage constitution; mais elle fonda , mais elle maintint , mais elle sauva la République. »
Les applaudissemens unanimes qui ont fréquemment interrompu ce rapport se renouvellent et se prolongent. Le rapporteur propose le projet de décret suivant :
La Convention nationale, après avoir entendu ses Comités de Salut public et de Sûreté générale , décrète :
ARTICLE PREMIER
Les maires et procureurs de communes qui
n'ont pas dénoncé les auteurs et complices des
assassinats commis dans plusieurs parties de la
République par les compagnies de Jésus, les
compagnies du Soleil et autres associations roya*
listes, sont destitués.
Les juges de paix et accusateurs publics qui
n'ont pas poursuivi devant les tribunaux les auteurs et complices de ces massacres, sont pareillement destitués.
Les maires et procureurs de communes, juges de paix et accusateurs publics qui se rendraient à Tavenir coupables d'une pareille négligence, seront punis de deux années de détention.
Les Représentans du Peuple en mission dans les départemens , et le Comité de Législation pour les départemens où il n'y a pas de Députés en mission, sont chargés de destituer sans délai les autorités constituées qui sont dans le cas déterminé par les deux premiers articles. Ils sont chargés pareillement de faire traduire sur-le-champ devant les tribunaux les auteurs et complices des assassinats mentionnés dans le présent décret, pour y être jugés conformément au code pénal.
Le présent décret sera envoyé par des courriers extraordinaires aux Représentans en mission.
Le projet de loi est adopté avec quelques amendemens.
OEuvres anciennes. V. 2 1
3'i'2 CONVENTTOIN NATTONALE.
DISCOURS