Le i/| juillet 1790. 2. Le 21 septembre
f Notes de l'Éditeur. )
au nom d'une Commission que vous avez nommée, vous présenter quelques réflexions sur cet objet, et remplir avec vous le vœu de la Loi. Peut-être serait-il à désirer que la disposition dont il s'agit fût commune à toutes les fêtes commémoratives de la Révolution; mais, si la Convention, terminant son orageuse session , n'a pu qu'ébaucher à la hâte la législation relative aux institutions nationales, on lui doit au moins cet éloge, qu'alors même, au dernier jour de son existence politique, elle s'occupait encore sans relâche des moyens de consolider cette République qu'elle avait fondée dans sa première séance.
Il faut l'avouer : on a déjà commencé à perfectionner en France l'exécution des fêtes nationales; mais le plus grand obstacle que l'on trouve à l'entier développement des moyens en ce genre, c'est le manque absolu des monumens publics destinés aux jeux et aux cérémonies populaires. Sous la tyrannie oligarchique, on dépensait beaucoup pour faire peu; on prodiguait les grands mots et les petites choses. Il en a plus coûté à la Nation en chiffons, en plâtre et en charpente, qu'il ne lui en aurait coûté pour élever des édifices somptueux et utiles. Tout était provisoire en ce tems ; et l'on semblait regarder la République elle-même comme provisoire. Il était pourtant à la mode de citer les Romains ; les Romains , qui , non ^conlens de
faire de Rome un centre de gloire , ont imprimé partout des traces colossales, et peuplé la terre de monumens grands comme eux ! Des motifs que vous sentez parfaitement, et qu'il est inutile d'expliquer, nous ordonnent d'ajourner ce luxe national et ces vastes entreprises jusqu'à l'époque de la paix et de la restauration des finances: époque que rendront prochaine la sagesse des législateurs, l'activité du Gouvernement, et le courage des armées. En attendant, nous devons rendre justice au Directoire exécutif, dont les soins ont imprimé aux dernières fêtes un caractère majestueux. Il s'empressera sans doute de donner encore plus de solennité à cette première olympiade de la République française ; et cette journée excitera profondément sans doute cet enthousiasme national qui, dans la Grèce surtout, terre natale des Arts et de la Liberté , inspira de si grandes actions, et produisit de si grands hommes; cet enthousiasme national, qui fait la force des gouvernemens et la véritable puissance des lois; car les lois républicaines ne sont respectées que quand la République est chérie.
Eh! dans quel tems fut-il jamais plus nécessaire d'exciter, de rallumer l'amour de la République qu'en ce moment où les débris de deux factions opposées se disputent encore avec acharnement l'empire et l'impunité; qu'en ce moment où la
haine répond à la haine ; où le crime est repoussé par le crime; où l'opinion publique, flottante et comme voilée d'un nuage de sang, ne sait sur quelle base s'asseoir au milieu des passions qui l'agitent sans cesse, en usurpant son nom respectable? Que dis-je! Quel est aujourd'hui dans le sénat, dans les camps, dans la République; quel est l'ami connu de la Liberté dont le nom ne soit pas périodiquement outragé ? Il y a quelques jours, vous le savez tous, on répandait, on criait dans Paris une nouvelle, et quelle nouvelle! la grande trahison du général de l'armée d'Italie; et, dans le même instant, le général de l'armée d'Italie, réfutant la calomnie par la victoire, ajoutait deux succès décisifs à sa campagne déjà si glorieuse.
Quelquefois, sans doute, les écrivains de la Royauté louent des Républicains ; mais c'est une nouvelle perfidie. Pourquoi, en effet, ce partage singulier d'éloge et de blâme, de dénigrement et , de flagornerie entre des hommes qui ont également servi la Liberté? Pourquoi opposer avec tant d'affectation Pichegru à lourd an. Hoche à Buonaparte, Carnot à Barras? Ce n'est pas qu'ils aiment les uns plus que les autres ; c'est qu'ils se souviennent de la maxime des tyrans: c'est qu'ils veulent diviser pour régner. Et pensez -vous de bonne foi qu'ils regardent comme des hommes
de sang ceux qui, dans les premiers jours de la Convention nationale, ont dénoncé Robespierre; qu'ils regardent comme des terroristes les victimes du 3i mai et les auteurs du 9 thermidor; ceux qui, le i^^ prairial, à la tête des citoyens, ont délivré la Convention nationale envahie; ceux qui, le 2 prairial, ont porté à la tribune la proclamation contre les rebelles; ceux qui ont prononcé les premiers à cette même tribune ces mots: V exécrable trente -un mai; ceux qui ont appelé les premiers la Constitution de 1793 un code sacrilège d'anarchie ; ceux qui ont réclamé , qui ont obtenu le rappel des soixante-treize détenus et des vingt-deux mis hors de la Loi ; ceux enfin qui , après la victoire de vendémiaire, demandaient l'abolition de la peine de mort? Pensez-vous qu'ils regardent sincèrement comme des complices de Rabeuf les mêmes hommes qui dénonçaient au Conseil, il y a près de six mois, Rabeuf et Richer-Sérisy, qu'un tribunal venait d'acquitter? Non : ces calomnies sont trop grossières; et ceux qui les renouvellent chaque jour sont ceux qu'elles trompent le moins. D'ailleurs , haïssent-ils les vrais hommes de sang? les prisons de Lyon vous répondent : ils auraient adoré Carrier lui-même s'il était devenu royaliste; ils auraient vanté Joseph Lebon comme ils ont vanté ses complices. Ce n'est pas le crime qu'ils détestent , c'est la République. Et
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pouvez-vous en douter, quand vous voyez cette faction coupable unir ensemble, par un rapprochement monstrueux, l'immortel 10 août et l'horrible '2 septembre? Ah! que certains hommes obtiennent la célébrité dans un salon, l'immortalité dans un journal ; que les valets de Céthégus s'appellent eux-mêmes Cicéron : tout cela n'est t[ue ridicule ; mais que l'on en soit venu au point de décerner presque des couronnes civiques aux conspirateurs de vendémiaire : voilà ce qui peut alarmer les Républicains, sans qu'on ait le droit de les accuser d'une frayeur pusillanime! A Dieu ne plaise que l'on provoque de nouvelles ri-
gueurs
Ce qui doit immortaliser la victoire du 1 3 vendémiaire, c'est la clémence de la Convention nationale. La lâcheté seule est cruelle; et les proscripteurs de toute espèce n'avaient alors aucun crédit dans le sénat. Que les tribunaux imitent cette clémence; mais que les hommes qui ont besoin de pardon n'aient pas l'air de vouloir punir ceux qui leur ont pardonné. Dans les commencemens d'une république, encore plus que dans les tems ordinaires , tout ce que la sûreté de l'État peut permettre d'exercice à l'indulgence est un devoir du Gouvernement; mais que, du moins, dans ces sanctuaires de la Loi , où devrait siéger la Vérité, inséparable de la Justice, on n'ait pas
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l'audace sacrilège d'honorer publiquement la conspiration royaliste de vendémiaire, conspiration dont l'existence ne peut être contestée, j'ose le dire , que par les conspirateurs eux-mêmes. Bientôt, en suivant cette route, il faudrait faire le procès de la Convention nationale, des membres du Directoire exécutif, de nos généraux victorieux; il faudrait chercher les nouveaux Patriotes dans les rangs de l'armée de Condé, chercher les chefs de l'État parmi les généraux transfuges, choisir entre Lafayette et Dumourier, et célébrer pompeusement, non plus la fondation, mais la destruction de la République , la mort des Républicains et le retour de la Royauté.
Partagez, Représentans, je ne vous dirai point pardonnez cet élan d'indignation légitime qu'on aurait tort de prendre pour une digression. Ce n'est pas telle ou telle cérémonie, c'est le but, c'est le résultat d'une fête nationale qui méritent de fixer l'attention du Corps législatif. Puisse donc l'époque où nous allons fêter la fondation de la République devenir l'époque où la République ne sera plus outragée ! Que l'anarchie soit punie; l'anarchie avide de sang et de rapines, qui ramènerait le despotisme d'un seul par le despotisme de tous, et ouvrirait une porte triomphale à la Royauté. Que l'assassin, quel qu'il soit, sous quelque prétexte qu'il tue, soit frappé du glaive
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de la Loi; mais que les hommes dont le cœur est «sclave ne nous forcent pas à rétrograder vers l'ancienne servitude. Et vous, personnages toujours élevés sur les tréteaux du crime! vous dont \ les noms, dans tous les tems, se trouvèrent sur la liste des proscripteurs, et jamais sur celle des proscrits! condamnez-vous désormais au néant qui vous réclame, et craignez que le génie accusateur n'immortalise votre infamie. Puissions-nous ne plus entendre dévouer à la haine et à l'opprobre les immortelles journées qui ont établi ou consolidé la Liberté française! Puissent se maintenir les grandes destinées du Peuple qui s'est fait libre! Puisse enfin s'élever paisiblement, sous l'abri de la Constitution de l'an III, la gloire de la Convention nationale fondatrice, et des armées conservatrices de la République!
Voici le projet de résolution.
Le Conseil des Cinq-Cents, considérant qu'il importe d'ordonner sans délai les apprêts de la fête du i^'^ vendémiaire, époque de la fondation de la République, déclare qu'il y a urgence.
Le Conseil, après avoir déclaré l'urgence, prend la résolution suivante :
ARTICLE PREMIER
Le i*^^ vendémiaire prochain, la fête de la fondation de la République sera célébrée au Champ
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de la Fédération, par des courses à pied et à cheval, par des jeux militaires. Le Directoire exécutil fera décerner des prix aux vainqueurs.
Avant que les courses et les jeux militaires corn mencent, le président du Directoire exécutif proclamera, en présence du Peuple, le premier article de la Constitution. Ensuite, il couronnera de lauriei le drapeau de chaque armée de la République
Le soir, le Conservatoire de musique exécutera, dans le Jardin national des Tuileries, dee symphonies militaires et des hymnes républicains
lY.
Le Palais-National, la place, la rue, le pont dt la Révolution, les Tuileries et les Champs-Elysées
seront illuminés.
La fête sera terminée par des danses et un feu d'artifice qui sera tiré sur la rivière.
La lecture de ce projet de résolution élève des murmures On réclame l'impression du rapport d'une part , et de l'autre l'ordre du jour. Cette dernière proposition est mise aux voix . et adoptée. Une longue agitation succède.
DISCOURS