DERNIER HYMNE D'OSSIAN
Xloule tes flots d'azur en ces rians bocages, Torrent! viens de Lutha visiter les vallons; Penchez-vous, 6 forêts des monts!
Du séjour de Toscar ombragez les rivages , Quand le midi brûlant y darde ses rayons.
En inclinant son front, la fleur à peine éclose Dit : « Souffle du printems! permets que je repose: Ki. Ce matin belle encor, le soir va me flétrir. « Ma tête, qui déjà se penche languissante,
« A besoin de se rafraîchir « Dans la rosée humide et caressante
ce Dont la nuit vient de me couvrir.
« Le chasseur qui m'a vue en ma beauté naissante,
« Le chasseur reviendra demain; « Ses yeux me chercheront au sein de la prairie , « Par mon éclat fragile un moment embellie :
« Ses yeux m'y chercheront en vain. »
l^'io CHANTS IMITÉS D'OSSIAN.
Ainsi les voyageurs , quand l'aurore vermeille
D'une lueur timide aura semé les cieux,
Près du toit d'Ossian viendront prêter l'oreille
A ses accens harmonieux.
Ossian dormira : leur oreille attentive Ne retrouvera plus ni sa harpe plaintive, Ni sa voix , des héros célébrant les malheurs. « Qu'est devenu celui qui chantait la victoire , « Le fils du grand Fingal, l'héritier de sa gloire? »
Diront-ils en versant des pleurs.
Viens donc , 6 Malvina ! que ma tombe isolée Sous tes mains à Lutha s'élève quelque jour; Viens conduire l'aveugle en la douce vallée Oii ton père Toscar a fixé son séjour. Malvina ! les accens de ta voix noble et tendre A mon oreille encor ne sont point parvenus; Tes pas harmonieux ne se font plus entendre; Dans Selma désormais seront-ils inconnus?
LE FILS d'alpin.
Ossian! j'ai vu les collines;
De Toscar j'ai vu le palais; La chasse avait cessé dans les forets voisines; Les feux n'échauffaient plus la salle des banquets ; Un silence imiiiobile habitait les montagnes. J'ai crié Malvina dans l'épaisseur du bois; 3'ai vu, l'arc à la main, ses aimables compagnes Revenir l'œil baissé, sans répondre à ma voix;
LE DERNIER HYMNE D'OSSIAN. 4iï
Une morne douleur voilait leur front timide. Ainsi des astres de la nuit, Dans les flancs d'un brouillard humide, L'éclat léger s'évanouit
os SI AN.
Sur les monts, étoile charmante.
Tes feux n'ont pas brillé long-tems :
Souvent dans l'onde caressante La lune pâle et décroissante Réfléchit ses rayons tremblans.
Jeune étoile, ainsi ta lumière S'éteignit avec majesté; Mais, en achevant ta carrière.
Tu laisses la colline entière Dans le deuil et l'obscurité.
A travers la nuit effrayante, Les météores menacans Font jaillir leur clarté sanglante.
Sur les monts , étoile charmante , Tes feux n'ont pas brillé long-tems.
Approche, fils d'Alpin! Les aquilons mugissent; La tempête s'élève aux accens de ma voix; Les sombres flots du lac frémissent ;
Mène l'aveugle au fond des bois.
Ton œil ne voit-il pas un chêne sans feuillage Courber ses longs rameaux penchés sur les vallons? Son tronc noueux, robuste, et vainqueur de l'orage,
Couronne la cime des monts.
Conduis -moi près de lui; muette et détendue, A ses rameaux sèches ma harpe est suspendue; C'est ici : je l'entends ; mais ses cordes en deuil Ne rendent qu'un bruit sourd et les sons du cercueil. Est-ce le vent , ma harpe , est-ce une ombre légère Qui forme en te touchant ces lugubres accords ? Oui , de mon fils , d'Oscar c'est l'ombre solitaire : L'amant de Malvina vient visiter ces bords!
Le besoin de chanter m'enflamme :
Apporte -moi ma harpe , apporte , fils d'Alpin ! Des chants signaleront le Barde à son déclin;
Des chants exhaleront mon âme.
Mes aïeux vont m'entendre en leur palais d'azur ; Je reconnais leur voix, qui déjà m'encourage; Au sommet du Mora je les vois tous assis ; Us m'écoutent, penchés sur le bord du nuage.
Et tendent les bras à leur fils.
Un pin, couvert de mousse et courbé sur les ondes,
Y baigne ses rameaux tremblans ; La fougère, élançant ses feuilles vagabondes.
Se mêle à mes longs cheveux blancs.
Renais, force de mon génie!
Tel qu'un rayon du jour, que la douce harmonie