‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiquesChapitre 45 sur 145 · DE LA CINQUIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA CINQUIÈME ÉDITION

iT^LUSiEURS personnes semblent me reprocher d'avoir écrit cet opuscule comme quelques-uns ont écrit leurs odes et leurs dithyrambes, sermone pedestri. La satire peut s'élever sans doute en proportion du sujet qu'elle traite; mais, quand elle fait parler des personnages comiques, il est simple et convenable qu'elle emploie le style de la comédie.

Les maçons qui voudraient rebâtir le temple de Jérusalem sont évidemment de ce nombre. Il est pourtant vraisemblable qu'ils ne trouveront pas le mot pour rire en tout ceci; mais du moins est-il constaté que le public rit volontiers à leurs dépens, ce qu'il fallait et ce qu'il faut encore démontrer.

^ Une guerre terrible s'alluma, vers le commen-

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cément du dernier siècle, entre la foi qui ne raisonne pas et la philosophie qui croit peu. Parmi les successeurs des pères de l'église florissaient , comme on dit, l'abbé Desfontaines, l'abbé ïrublet, l'abbé Hayet, l'abbé Patouillet, l'abbé Guyon , l'abbé Nonotte, l'abbé Fantin, l'abbé Sabathier, l'abbé Dinouart, l'abbé Lacoste , et beaucoup d'autres abbés, archidiacres, diacres, sous diacres, sacristains, mnrguilliers, bedaux, porte-dieu , les flambeaux de leur siècle, d'ailleurs vivans tous de la boite à Perrette^ et par conséquent fort dés intéressés sur la question. Du coté des philosophes on ne compte, il est vrai, que Bayle, Fon tenelle. Voltaire, Montesquieu, Fréret, Buffon , J. J. Rousseau, Helvétius , d'Alembert, Diderot, Condorcet, Raynal. Les deux armées ne sont pas d'égale force, on le sent bien: la seconde renferme peut-être un peu plus de talents; mais la première a beaucoup plus de foi sans contredil. A l'époque actuelle cependant la foi est peu communicative; et les miracles sont fort rares d'où l'on peut conclure que la cause de la philosophie n'est pas encore désespérée.

Un journaliste très-orthodoxe , mais qui n'esi pas crédule en tout, n'a voulu croire qu'à une seule édition de cet édifiant ouvrage ; la troisième venait de paraître au moment où il écrivait. H est donc impossible d'être de son avis, par la

LES NOUVEAUX SAINTS. i "ir

raison qu'un et deux font trois : c'est, du moins, jusqu'à présent, une vérité mathématique. L'opinion contraire, quoique soutenue par des ^ens très - habiles , de la force du journaUste, n'est, comme on sait, qu'une vérité théoiogique.

Un second prétend qu'il n'est pas mort; comme si l'on pouvait s'en rapporter à lui sur un pareil fait; mais, par une contradiction remarquable, quoique vivant, il menace de ressusciter. Si les paris sont ouverts, je parie contre. Il fixe ce grand événement à l'époque où je donnerai une tragédie nouvelle qu'il nomme Don Carlos. Alors. .. ! on sent tout ce qu'il y a d'esprit, de raison, et de justice, à décrier plusieurs mois d'avance un ouvrage dont on ne connaît pas un seul mot. Le folliculaire s'étonne beaucoup d'être gratifié d'une belle auréole : il ne s'attendait pas à devenir un saint. Un saint! pourquoi pas, citoyen Geoffroi? Vous avez lu la Bible. L'âne de Balaam devint prophète. Pouvait-il raisonnablement s'y attendre? Il est vrai qu'une fois mort il ne prédit pas sa résurrection.

Le reproche d'athéisme que m'adressent d'honnêtes gazetiers exige une réponse un peu plus sérieuse. Les cinq ou six personnages dont il s'agit n'ont rien de commun avec Dieu ; et le Dieu des jongleurs n'a rien de commun lui-même avec le Dieu des philosophes. La pièce est uniquement

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dirigée contre une poignée de prêtres ambitieux, avides de trésors et d'empire, contre des Tartufes plus ou moins intéressés , plus ou moins subalternes, mais qui tous ont déclaré la guerre à la raison humaine. S'il faut les combattre avec courage , s'il faut déclarer franchement qu'une religion dominante est un grand fléau, il est juste de rester en paix avec les tolérans, quelle que soit leur opinion. Les opinions sont le domaine de la conscience : on ne doit ni les interdire ni les commander, encore moins les persécuter ou les payer.

Et in terra pax hominibus bonae vokintatis.

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