‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiquesChapitre 48 sur 145 · I. La Harpe · texte numérisé non relu

I. La Harpe

i68 'les nouveaux SAllNTS.

« Un moment; patience; ils viendront les vengeurs;

« Dieu ne laissera plus régner l'esprit immonde:

« Tout est damné : la France, et l'Europe, et le monde.

« Excellente moisson pour les anges maudits !

«Que je sois seulement portier du paradis,

«Je prétends dire à tous, comme un suisse inflexible^

« Vous venez pour entrer? mais Dieu n'est pas visible ;

«Bonsoir; allez rôtir; c'est pour l'éternité:

«Le bail est un peu long: j'en suis bien enchantéi

«J'emporterai de plus ma férule, et pour causes.

« Je prétends avec Dieu causer sur bien des cboses ,

« Et régenter là haut les habitans du ciel ;

« Car je fus ici-bas régent universel ,

«Au mercure, au lycée, en pleine académie;

« Modèle en prose, en vers, tout comme en modestie.

« Aimez- vous l'enjoûment, les grâces, le bon ton?

«Lisez mes deux quatrains sur Voltaire et Tonton.

« Les vers de Colardeau sont doux, mais un peu vides :

«Voulez-vous des vers pleins? prenez mes héroïdes.

«Lebrun franchit la lice à bonds précipités;

«Dans mon lyrique essor je marche à pas comptés.

aDucis a fait pleurer sur les malheurs d'OEdipe;

« Barmécide ^ paraît : le chagrin se dissipe.

«Du parterre dix fois j'ai calmé les douleurs;

« Nul auditeur ne peut me reprocher ses pleurs.

« Thomas , Garât , Champfort , prosateurs misérables :

j. Les Barmvvidcs y traj^eclic de La Harpe , jout'e en 1779-

«Mes éloges, voilà des écrits admirables; « Car j'ai loué par fois : on peut vanter les gens , « Quand ils sont enterrés au moins depuis cent ans. «Pour mes contemporains, sans user d'artifice^ «J'ai dit du mal de tous; car j'aime la justice. «L'indulgence est un crime; et je suis sans remords. «Avant Dieu j'ai jugé les vivants et les morts.»

Il vous en adviendra quelque mésaventure. O Grand Perrin Dandin de la littérature, De votre tribunal président éternel ; Le public, président du tribunal d'appel. Par de nouveaux arrêts pourra casser les vôtres; Et l'on vous jugera , vous qui jugez les autres. Long-tems, jaloux poète, aux enfans d'Apollon Vous avez cru fermer les sentiers d'Hélicon; Aujourd'hui, nouveau saint, il faut que l'on vous donne Les clefs du paradis , pour n'ouvrir à personne ! Pierre les gardera, si vous le trouvez bon. D'un bel ange autrefois l'orgueil fit un démon. Quel exemple pour vous ! Jusque dans la vieillesse On tient par habitude aux péchés de jeunesse : Vous fûtes grand pécheur; souvenez-vous-en bien; Et devenez plus humble afin d'être chrétien.

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